BORNES ÉLECTRIQUES

Pour plusieurs, le milieu agricole est encore un endroit où les hommes se promènent en salopettes sur de vieux tracteurs crasseux et labourent leurs champs du matin au soir sans trop se poser de questions. Or, ça fait un petit moment déjà que l'agriculture ne se pratique plus de la sorte. La technologie est très présente et les agriculteurs jonglent souvent avec des centaines de milliers de dollars, voire plus. C'est un commerce comme les autres. C'est ce milieu qu'a voulu explorer Ramin Bahrani dans son nouveau film « At Any Price ».

De père en fils…
 
Henry Whipple (Dennis Quaid) fait partie des fermiers les plus importants de la région. Son entreprise agricole est une histoire de famille. Ayant hérité de la ferme, il souhaite à son tour transmettre l'exploitation à fils Dean (Zac Efron). Le seul problème, c'est que celui-ci rêve d'une autre vie. Il veut devenir coureur automobile professionnel. Il a d'ailleurs déjà beaucoup de talent, si bien que des gros joueurs de l'industrie s'intéressent à lui.
 
Malheureusement, leur petit monde va basculer lorsque Henry fera l'objet d'une enquête qui pourrait anéantir complètement leur vie. Le monde de l'agriculture est hautement technologique, mais également très réglementé.
 
Tout va bien dans le meilleur des mondes
 
At Any Price a le mérite de nous présenter un milieu agricole sans stéréotype ni cliché. Les agriculteurs sont montrés comme de véritables hommes d'affaires qui gèrent des entreprises de plusieurs millions de dollars. Mais, paradoxalement, ils sont encore très vieux jeu et orientés vers la famille et les apparences. C'est un secteur qui est encore en profond changement. Les vieilles habitudes et traditions se battent contre la modernité.
 
C'est entre autres le cas de Henry. Même s'il a de graves problèmes de communication avec son fils, il fait tout pour sauver les apparences. Il affiche constamment un grand sourire et désire montrer qu'il est constamment sûr de lui et en contrôle de la situation. C'est primordial s'il souhaite garder ses clients et conserver son statut de maître dans la région.
 
Tout pour son fils
 
Avant d'aller plus loin, mentionnons que Henry a un autre fils : l'aîné et sûrement le favori. C'est lui qui aurait dû hériter de l'exploitation. Cependant, il ne semble pas être prêt à prendre les rênes, puisqu'il est parti en Argentine grimper des montagnes. Il ne communique avec sa famille que par cartes postales.
 
At Any Price se concentre donc sur la relation entre le père et le benjamin, et sur l'évolution de celle-ci. Au début, les deux sont diamétralement opposés. L'enfant est rêveur, alors que l'adulte est conservateur. Mais à mesure que l'on avance dans l'intrigue, on assite à un certain rapprochement entre les deux hommes. Toutefois, c'est avec la survenance d'un événement tragique que leur relation va atteindre le summum.
 
En tant que telle, la relation entre les deux protagonistes est moins complexe que dans d'autres films du genre. Malgré cela, je dois avouer que j'ai quand même apprécié comment le réalisateur l'a traitée. C'est tendu, mais souvent très émotif. Il s'agit d'un beau mélange.

Cette relation prend donc une place importante (trop?) et fait de l'ombre à d'autres relations, comme celles entre le père, sa maitresse et son fils, ou encore entre le père et son rival. C'est comme si des scènes avaient été coupées au montage ou s'il manquait tout simplement un petit quelque chose nous empêchant de bien comprendre l'univers dans lequel évolue les protagonistes.
 
Des acteurs convaincants
 
J'ai assez bien aimé le jeu de Dennis Quaid. On a moins l'habitude de le voir tenir ce genre de rôle, mais je dois avouer que j'ai été assez surpris par sa prestation. Il nous offre une performance honnête et originale qui s'éloigne du cliché du gros fermier vulgaire auquel on aurait pu s'attendre.
 
Pour sa part, Zac Efron, que l'on a pu voir dans la saga de Disney High School Musical ainsi que dans le film High School Musical, a, disons, moins la tête de l'emploi. Ce serait cependant bien vilain de juger un acteur par son visage. Il réussit rapidement à prendre sa place dans l'intrigue et nous convainc même qu'aucun autre acteur n'aurait aussi bien joué son rôle.
 
Je ne suis jamais allé dans l'Iowa, aux États-Unis, mais j'ai particulièrement aimé les images de ce film. Ramin Bahrani n'en a pas dressé un portrait trop pittoresque en nous montrant constamment de beaux animaux ou de beaux champs. Les quelques scènes de course sont bien réalisées, même si elles ne sont pas aussi époustouflantes que d'autres productions ayant eu un budget plus élevé. 
 
Verdict
 
At Any Price traite d'un sujet fort populaire au cinéma : la relation père-fils. Au lieu de nous proposer encore une fois la même salade, Ramin Bahrani a voulu prendre un chemin différent en implantant son intrigue dans un milieu peu conventionnel pour le 7e art : l'agriculture moderne. Au final, on a droit à un long métrage plutôt rafraîchissant doté d'une belle histoire interprétée par des comédiens crédibles. C'est seulement dommage que le film ne laisse qu'une toute petite ouverture à certains personnages secondaires. On aurait ainsi eu droit à un film encore plus riche et complexe.
 
Cote : 3,5 sur 5 étoiles

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