BORNES ÉLECTRIQUES

Avec le meurtre, la pédophilie fait partie des crimes les plus abjects pour bien des gens. Les médias ont déjà parlé de cas où le voisinage s'était opposé au déménagement d'un pédophile remis en liberté dans leur quartier. Mais comment réagirait une petite ville en apprenant que l'un des leurs aurait agressé un de leurs enfants ? C'est ce sujet difficile qu'a voulu traiter Thomas Vinterberg dans son septième long métrage « La Chasse » (« The Hunt »), qui doit prendre l'affiche au Québec le 17 mai.

L'effet boule de neige
 
Lucas (Mads Mikkelsen) est professeur dans une école maternelle dans une petite municipalité. Dans la quarantaine, il vient de vivre un divorce difficile et tente de reconstruire sa relation avec son fils Marcus (Lasse Fogelstrøm).
 
Un beau jour, une petite fille dont il a la garde, Klara (Annika Wedderkopp), déclare à la directrice Grethe (Susse Wold) que Lucas lui a montré ses parties génitales. Le seul problème, c'est que c'est faux. Immédiatement, toute la communauté est au courant. L'homme, qui était jusqu'alors respecté de ses pairs, est vu comme un pédophile. C'est l'ennemi numéro un. Il devra tout faire pour prouver à tous qu'il est innocent.
 
Une descente aux enfers
 
Ce drame psychologique danois va donc nous permettre d'assister à la descente aux enfers de cet homme comme les autres. Et on peut dire qu'il va souffrir!
 
À certains moments, par les thèmes abordés, La chasse rappelle Doute. Même si la fillette finit par nier les propos malsains qu'elle a tenus sur son éducateur, l'entourage va refuser de la croire et mettre ça sur le dos de la peur et de la honte (sûrement pour la protéger). Mais contrairement à l'œuvre américaine, les personnages du film danois vont être certains qu'il est coupable.
 
Peu à peu, ils vont devenir de plus en plus hostiles à son égard, jusqu'à lui interdire l'accès à l'épicerie du coin. La doctrine « innocent jusqu'à preuve du contraire » ne s'applique pas quand on parle de pédophilie.
 
Une interprétation comme on en voit peu souvent
 
Mads Mikkelsen, qui a remporté le Prix d'interprétation masculine pour le 65e Festival de Cannes en 2012, ne nous a jamais offert une prestation aussi vraie, touchante et sincère. Il incarne avec brio un homme encore fragile, qui essaie de se remettre d'épreuves difficiles, mais qui doit faire face à une épreuve encore plus terrible.
 
Bien souvent, il montre quelqu'un qui semble vivre ce qui lui arrive avec un certain détachement, alors que l'on sait qu'au fond de lui, ça le blesse profondément. Il va quand même décider de se battre, mais comparativement aux superproductions américaines, il ne va pas prendre des moyens incommensurables pour arriver à ses fins. Il va le faire tout en douceur et lentement, sans pour autant jouer à la victime. 
 
Lucas est un héros, mais un héros tout ce qu'il y a de plus ordinaire. C'est d'ailleurs cela qui nous permet autant d'apprécier ce film ; on embarque assez rapidement en s'identifiant à lui et à ce qui lui arrive. 
 
Du point de vue scénaristique, le récit se tient du début à la fin. Ça coule bien et les scènes s'emboîtent bien l'une après l'autre. Les personnages secondaires sont correctement traités et demeurent très crédibles.
 
Je dois cependant avouer que la fin m'a un peu déplu. Je ne dis pas qu'elle n'est pas intéressante, mais disons que la séquence finale aurait pu être un peu mieux travaillée. Bref, elle a un peu de difficulté à bien boucler la boucle et gâche un peu le reste du film qui est pourtant excellent.  
 
Verdict
 
Les évènements décrits dans La Chasse auraient pu survenir dans n'importe quelle municipalité et toucher n'importe qui en contact régulièrement avec des enfants. La plus grande force du long métrage de Thomas Vinterberg est de prendre ce simple fait divers et de le transformer en une œuvre subtile, convaincante et qui est tout le contraire de l'ennui. Au final, La Chasse est un film puissant qui fait réfléchir sur le jugement que nous portons sur les actions des autres.
 
Cote : 4 étoiles sur 5.

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