BORNES ÉLECTRIQUES

Après avoir été sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs de Cannes en 2012 où il a remporté le prix CICAE, « Le repenti », une coproduction Algérie-France, arrive enfin chez nous. Que vaut le nouveau film de Merzak Allouache?

Accorder le pardon juridique (mais pas moral)
 
Le film met en scène Rachid (Nabil Asli), un jeune jihadiste qui, profitant de la loi algérienne de pardon et de concorde nationale, quitte ses « frères » dans les montagnes et revient dans son village natal. Il est invité à se rendre au commissariat où il doit remettre son arme. Ses anciens crimes sont oubliés et il bénéficie d'une amnistie. Il est maintenant un repenti et peut repartir à zéro.
 
Le commissaire de police lui trouve un emploi dans un café de la région. Alors qu'il se rend dans une pharmacie, pas trop loin de son lieu de travail, il reconnaît un visage familier. En effet, il semble connaître le pharmacien. Un peu plus tard, il décide de le contacter pour lui apprendre une effroyable nouvelle. Même si Rachid a été « pardonné » par les autorités, sa conscience, elle, n'est pas encore en paix avec son passé…
 
De la sobriété à l'état pur
 
Dès les premières minutes du long métrage, je dois avouer avoir été ébloui par la sobriété de cette production. Que ce soit la réalisation, les décors ou encore le jeu des personnages, tout est fait dans la simplicité. Mais attention! Ça n'a rien à voir ici avec l'amateurisme.
 
Tout cela contribue plutôt à présenter une œuvre personnelle, franche, sans fla-fla (qui n'a rien à voir avec les superproductions de l'heure), nullement sentimentalisme et hautement réaliste. On se rapproche même souvent du documentaire tant tout cela nous semble vrai.
 
Ainsi, le réalisateur a préféré tourner son film avec une caméra à l'épaule. Le récit est aussi exempt de bande sonore, ce qui permet de se rapprocher encore plus des personnages.
 
Les acteurs sont, du début à la fin, d'un naturel déconcertant. À aucun moment on ne sent qu'ils sont en train de dire des lignes apprises par cœur. Je leur lève mon chapeau!
 
Une histoire complexe
 
Je dois néanmoins préciser que j'ai tout de même trouvé la première moitié un peu aride. Le début est bien expliqué grâce à un texte projeté à l'écran avant le début du film. On comprend aussi très bien ce que fait Rachid.
 
Cependant, c'est quand on nous montre le pharmacien que les choses se corsent. En fait, on doit attendre à peu près 45 minutes pour bien comprendre son rôle dans l'intrigue. On devra attendre un autre 20 minutes pour voir les choses véritablement se mettre en place.
 
Il faut dire que le film de 87 minutes prend une voie scénaristique que l'on n'a pas forcément l'habitude de voir au cinéma. On nous brouille volontairement les cartes presque jusqu'à la fin. Au final, le long métrage est tout sauf prévisible.
 
D'ailleurs, Le repenti est tellement imprévisible que jusqu'à la dernière seconde, je me suis demandé comment il allait se terminer. La fin assez subjective conclut certes le film abruptement, mais ne déçoit pas.
 
Verdict
 
Le repenti est une œuvre riche, personnelle et complexe sur le pardon. Tourné presque à la manière d'un documentaire, ce long métrage de Merzak Allouache transpire de vérité. Bref, c'est un film à voir si vous voulez être dépaysé l'espace d'un court moment.
 
Cote : 4 étoiles sur 5

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