BORNES ÉLECTRIQUES

Philippe Le Guay nous avait offert, en 2011, l'intelligente comédie « Les femmes du 6e étage » avec Fabrice Luchini. Cette fois, le réalisateur français revient en force avec « Molière à bicyclette », une autre comédie mettant en scène son acteur fétiche dans le rôle-titre.

La réunion de deux vieux amis
 
Gauthier Valence (Lambert Wilson) est un acteur au sommet de sa gloire. Tout le monde le connaît pour son rôle de chirurgien du cerveau dans une télésérie très populaire en France. Il est fameux et semble bien fortuné. Bref, il ne pourrait demander mieux. C'est du moins ce que l'on croit.
 
En fait, Gauthier est en train de monter la célèbre pièce de théâtre Le Misanthrope de Molière. Il se rend à l'Île de Ré, une île française située dans l'océan Atlantique, pour revoir son vieil ami (et aussi lui offrir un rôle), l'acteur Serge Tanneur (Fabrice Luchini, qu'on a pu voir récemment dans le très bon Dans la maison), qui a quitté la lumière des projecteurs depuis quelques années et vit reclus dans une petite maison délabrée dont il a hérité.
 
Serge est réticent à accepter la proposition de son ami. Pour lui, le milieu de la scène est rempli de traîtes sur qui on ne peut se fier. Mais, en même temps, il souhaiterait bien monter de nouveau sur scène pour y jouer dans sa pièce de théâtre favorite. Il propose donc à Gauthier de rester quelques jours dans la région pour qu'ils puissent répéter ensemble la pièce et voir s'il est prêt à faire son grand retour.
 
Répéter, critiquer ou provoquer
 
L'intrigue se concentre en grande partie sur la relation des deux vieux amis. Une partie importante du récit se passe dans la vieille maison de Serge et montre les deux hommes répéter. N'étant pas capables de s'entendre sur la distribution des rôles, il a été convenu qu'ils allaient jouer Alceste et Philinte à tour de rôle.
 
Les premières répétitions se font dans la bonne humeur, mais très vite, une espèce de confrontation apparaît. Ils se gênent de moins en moins pour critiquer la façon dont ils interprètent Alceste qui a, quand même, un rôle plus important que Philinte dans la pièce.
 
Cependant, la critique ne s'arrête pas là et atteint même un autre niveau lorsque les masques tombent et que les deux acteurs se mettent à se quereller et à se provoquer l'un et l'autre sur leur vie personnelle respective. Et comme si ce n'était pas assez, une habitante de la région, l'Italienne Francesca (Maya Sansa), vient brouiller les cartes. 
 
Les scènes de répétition sont, à mon sens, les plus réussies du film. C'est un réel bonheur de voir ces deux égos se lancer des pointes et se défendre entre deux répliques de Molière. Les dialogues sont d'ailleurs toujours bien réfléchis et intelligents. Il arrive même souvent que l'on se surprenne à rire non pas immédiatement (comme dans une comédie « ordinaire »), mais seulement quelques secondes après qu'un personnage a lancé sa réplique, soit le temps nécessaire pour que notre cerveau ait compris la blague! C'est tout simplement brillant.
 
Librement inspiré de Molière
 
On se rend vite compte que les personnages du film de Philippe Le Guay ont été librement inspirés de l'œuvre de Molière. Il ne faut pas chercher midi à quatorze heures pour faire un rapprochement entre l'ermite Serge et Alceste dans la pièce du dramaturge français.
 
Comme je viens de le dire, tout cela est inspiré de façon très libre. Les personnages de Molière à bicyclette ne sont pas de grosses caricatures des personnages de Molière. Ils ont tout de même été traités avec une certaine originalité.
 
Fabrice Luchini est, on s'en doute, au sommet de son art dans cette nouvelle production. Même s'il n'a pas la fougue de son collègue, Lambert Wilson se débrouille également très bien; il réussit à prendre sa place et à tempérer le tout, sans pour autant faire de l'ombre à Luchini. Bref, il existe un bel équilibre entre les deux comédiens.
 
Une intrigue simple, mais qui fait le travail!
 
L'intrigue de Molière à bicyclette est quand même assez simple. Outre les scènes de répétition, on peut voir les hommes faire du vélo et répéter des scènes de Molière (d'où le titre) ou encore se balader en ville.
 
Les rencontres avec des personnages secondaires (outre celles avec Francesca) sont quand même assez rares. Comme je l'ai dit plus haut, le scénario met vraiment l'accent sur la relation amour-haine entre les deux acteurs. Si vous vous attendiez à une histoire complexe remplie de bouleversements, vous risquez donc d'être déçu. 
 
Le film coule assez bien, même si j'ai remarqué un tout petit relâchement au milieux du récit. Heureusement, la fin, quoiqu'un peu prévisible, est touchante.
 
Verdict
 
Fabrice Luchini excelle dans Molière à bicyclette. Il interprète à merveille ce misanthrope qui a voulu quitter le monde des acteurs, mais souhaitant tout de même inconsciemment y retourner. Toutefois, il serait injuste ici de ne pas glisser un mot sur Lambert Wilson qui, par son jeu un peu plus posé et moins intense, permet de tempérer le tout. Même si l'intrigue est assez simple, ce film français demeure très drôle, sans pour autant entrer dans les clichés. Bref, c'est décidément l'une des meilleures comédies intelligentes du printemps, qui rend hommage, à sa façon, à l'œuvre de Molière. 
 
Cote : 4 étoiles sur 5

Ne manquez rien des derniers articles de notre rédacteur en chef adjoint! Suivez Philippe Michaud sur Twitter via @Micph

Commentaires