Que serait l'univers des hommes forts au Québec et à l'étranger sans l'apport de Louis Cyr? Même si tout le monde en a déjà entendu parler, il faut toutefois avouer que peu connaissent véritablement ses exploits et encore moins sa vie privée. Heureusement, Daniel Roby (« Funkytown » et « Peau blanche ») s'est donné la tâche de faire connaître la vie de l'homme fort à tous dans sa nouvelle œuvre : « Louis Cyr, l'homme le plus fort du monde ».

Une histoire vraie
 
Sans grande surprise, Louis Cyr, l'homme le plus fort du monde est un film biographique. On suit le parcours de cet Hercule moderne de sa jeunesse jusqu'à sa mort. En fait, pour être exact, le long métrage commence en 1878 (Louis Cyr a vu le jour en 1863) à Lowell, dans le Massachusetts. Comme beaucoup de Canadiens français, la famille Cyr avait immigré aux États-Unis dans l'espoir d'avoir une vie meilleure.
 
Les premières minutes nous montrent le jeune Cyr (Antoine Bertrand) travailler à l'usine. Il n'est pas encore totalement conscient de sa grande force. Après avoir soulevé une roche de plus de 500 lb, il est approché par un promoteur. Sa force pourrait lui rapporter gros. D'abord réticent, il décide finalement de quitter sa famille pour parcourir l'Amérique du Nord avec sa nouvelle compagne, Mélina Comtois (Rose-Maïté Erkoreka), dans l'espoir de gagner sa vie honorablement.
 
Pendant les 2 h 10 min que dure le long métrage, on va en apprendre plus sur la carrière professionnelle et les exploits de l'homme fort, mais également sur sa vie privée. On va notamment nous révéler qu'il entretenait une relation difficile avec sa fille Émiliana (Éliane Gagnon) qu'il ne voulait pas voir devenir une bête de cirque comme lui, mais plutôt une femme cultivée, comme sa mère.  

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Une reconstitution historique de qualité
 
Ce n'est pas la première fois que le cinéma québécois s'essaie au film d'époque. Cependant, on a parfois reproché à certaines productions du passé de ne pas avoir la même « magnificence » que le cinéma américain. Inutile de mentionner que les budgets ne sont pas les mêmes...
 
Dans Louis Cyr, l'homme le plus fort du monde, j'ai été content de voir qu'aucun compromis n'avait été fait sur la qualité des décors et des costumes. On ne se gêne pas pour nous éblouir avec des images spectaculaires. Même si on se doute qu'elles sont faites par ordinateur, les images nous montrant, par exemple, Londres du 19e siècle n'ont rien à envier à celles des autres mégaproductions américaines aux moyens infinis ou presque.
 
Lorsque Louis Cyr se produit en spectacle, il le fait devant une foule qui nous semble nombreuse et crédible. Ce petit détail peut paraître anodin pour plusieurs, mais pour ma part, j'ai été content de voir que les artisans du film n'ont pas eu peur de faire appel à des dizaines de figurants et à des effets spéciaux de qualité (le film a quand même bénéficié d'un important budget de 8 millions de dollars). Louis Cyr était un homme de scène et lui retirer cette dimension aurait enlevé de l'authenticité au long métrage. Si on fait un récit biographique, autant le faire comme il faut. Sinon, on tombe vite dans un film aux allures de séries B. Évidemment, on se doute que l'œuvre de Daniel Roby est tout le contraire d'un film de seconde classe.
 
Du point de vue de la bande sonore, Louis Cyr, l'homme le plus fort du monde peut notamment compter sur la participation de Jorane. Très inspirée, elle accompagne merveilleusement le récit, tout en respectant le style de l'époque.
 
Antoine Bertrand dans la peau de Louis Cyr
 
Qui d'autre qu'Antoine Bertrand aurait pu jouer le rôle de l'homme le plus fort au monde? Il incarne à merveille un homme puissant, mais qui, à l'intérieur, est également très humain. Courageux, il n'a pas peur de défier n'importe qui. Par contre, cela ne fait pas de lui un vantard ou un être ignoble. Louis Cyr demeure un être digne et modeste qui voue un grand respect aux gens qui ont étudié. N'ayant lui-même pas beaucoup d'éducation, il admire profondément son épouse qui se passionne pour la littérature. À un certain moment, on en vient même à ressentir de la compassion pour ce colosse.
 
Louis Cyr, l'homme le plus fort du monde se concentre davantage sur les exploits du champion. Ceux-ci bénéficient d'une mise en scène exemplaire (comme tout le reste du long métrage, d'ailleurs). Chaque fois qu'il tente de battre un nouveau record, on retient notre souffle, comme si on était en face du vrai Louis Cyr. Et quand il accomplit un exploit, on a presque envie de bondir de notre fauteuil pour l'acclamer. Est-ce que j'ai dit qu'Antoine Bertrand est excellent dans son rôle?
 
Le récit examine également la vie privée du Samson canadien. Toutefois, celle-ci est beaucoup moins approfondie. Les problèmes personnels auxquels il a dû faire face tout au long de sa vie sont abordés, mais j'aurais aimé en connaître un peu plus sur l'homme. Peut-être que cet aspect n'a pas été traité plus en profondeur parce que les biographies sur Louis Cyr sont muettes à ce sujet...
 
Verdict
 
Grâce à la réalisation soignée de Daniel Roby, à la performance brillante d'Antoine Bertrand et à la bande sonore magnifique de Jorane, Louis Cyr, l'homme le plus fort du monde peut se vanter de faire partie des meilleurs films biographiques des dernières années. Espérons que le public québécois soit du même avis et envahisse en grand nombre les cinémas de la province. 
 
Cote : 4 étoiles sur 5
 
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