BORNES ÉLECTRIQUES

Avec « les deuxièmes » Zviane nous propose un portrait intime sur les relations humaines et la place du sexe dans celles-ci. Voici notre critique de cette excellente bande dessinée.

Jouer du Milhaud et faire l’amour

Les deuxièmes racontent l’histoire d’un homme et d’une femme qui se retrouve dans la maison d’un ami en Europe. Dehors, il pleut des cordes, ce qui les oblige à rester à l’intérieur. Que vont-ils faire pour passer le temps ? Jouer un peu de musique, faire l'amour, discuter et encore faire l'amour, mais d'une façon toute à fait nouvelle...

Pour les adultes

Le titre du livre est concis, mais beaucoup plus évocateur qu’il n’y paraît. Puisqu’ils sont amants, chacun est le « deuxième » partenaire de l’autre puisqu’ils ont chacun un amoureux quelque part avec qui ils ont une « vraie » relation.

Les deuxièmes est une bande dessinée destinée clairement aux adultes. Tout d’abord, parce qu’il y a plusieurs scènes de sexualité assez explicites. Celles-ci ne tombent toutefois jamais dans la vulgarité et ont une réelle importance pour l’intrigue. Zviane confiait elle-même qu’elles n’ont pas été conçues pour exciter sexuellement le lecteur. Pour ma part, je peux dire que c’est vrai. Il y a quelque chose de très beau dans ces quelques scènes, mais jamais on n'a l'impression de regarder du porno en BD. 

En fait, je pense que
Les deuxièmes s’adresse à un lectorat plus âgé tout simplement parce qu’il aborde le thème du couple. Il est préférable d’avoir vécu une relation amoureuse pour mieux comprendre les thèmes de cet ouvrage.

Même s’ils sont d’abord amants, les protagonistes de l’histoire se fréquentent pour autre chose que simplement le sexe. Certes, le sexe est une partie intégrante de leur liaison, mais je crois qu’il y a quelque chose de beaucoup plus fort qui les unit. D’ailleurs, le couple aura droit à une merveilleuse discussion sur le propos.

En parlant des dialogues, on peut dire qu’ils sont assez brefs. Tout comme le chalet dans lequel ils se trouvent, ils sont épurés et vont à l’essentiel. En revanche, cette économie de mots n'empêche pas au récit de nous émouvoir. Bien au contraire. 

De plus, on pourrait même dire que ces dialogues ne sont peut-être pas aussi importants que dans d’autres œuvres. Beaucoup de planches ne contiennent pas de bulles. Les dessins parlent souvent d’eux-mêmes. À ce propos, Zviane a un beau coup de crayon et ne laisse rien au hasard. À premières vues, les dessins semblent simples, mais plus on les regarde et plus on découvre tous les petits détails enfouis. 

La musique avant tout

Dans Les deuxièmes, Zviane nous montre tout l’amour qu’elle a pour la musique. L’auteure, qui détient un baccalauréat en musique, a inséré plusieurs références musicales. La plus importante est, sans aucun doute, celle à Darius Milhaud et sa suite pour deux pianos Scaramouche. En effet, pendant une scène, le tandem va jouer cette suite. Je ne vous apprends rien en vous disant qu’on ne peut réellement entendre le son de cette pièce (le papier ne nous le permet pas encore). Par contre, Zviane a eu l’idée d’intégrer des extraits de partition. Bonne idée, et ce, même si on n'est pas un pianiste de concert. Si je peux y aller d’un conseil, je vous recommanderais de lire ce passage en écoutant réellement la pièce. Vous allez sentir toute sa force dramatique. 

Mais Zviane va encore plus loin. Vers la fin, les personnages ont l’idée de créer une « partition de sexe ». S’inspirant grandement de la musique classique, cette drôle de partition « guide » les amants en leur indiquant les différentes positions qu’ils doivent prendre. Alors que bien souvent faire l’amour est une histoire d’improvisation, ici, ça devient planifier jusqu’à la seconde près. Personnellement, il est rare que j’ai vu un système aussi original dans une bande dessinée. Je lève mon chapeau!

D’ailleurs, le récit tente de nous faire prendre conscience de cette dualité improvisation-planification dans le couple. Sans généraliser, certains couples, en vieillissant, tombent dans la routine et semblent mettre de côté l’improvisation. Est-ce pour autant une bonne chose? Est-ce mal d’improviser? Voulons-nous tout contrôler? Avons-nous peur des imprévus? Si
Les deuxièmes ne répond pas à cette question, il a le mérite de nous en faire prendre conscience.

Verdict


À mon sens, ce serait une insulte de qualifier Les deuxièmes de simple bande dessinée érotique. Zviane signe ici une œuvre magistrale sur les relations humaines, l’amour et l'importance du sexe dans nos vies. Qui sait? Après cette lecture, vous vous poserez peut-être des questions que vous ne vous êtes jamais posées sur votre couple ou sur les relations que vous avez avec les autres.

Cote : 4,5 étoiles sur 5.

Les deuxièmes
Éditions Pow Pow
132 pages

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