Diffusé au Festival de cinéma de la Ville de Québec, « Une jeune fille », le dernier film de Catherine Martin, prend enfin l’affiche dans la belle province ce vendredi. Lisez notre critique.

À la recherche d’un idéal

À la mort de sa mère, Chantal (Ariane Legault) quitte son foyer pour se rendre en Gaspésie avec un objectif en tête : retrouver la plage qui figure sur la photo que sa mère lui a donnée quelques instants avant de mourir.

Malgré des recherches intensives, elle n’arrive pas à trouver l’endroit décrit sur la photographie. À bout de force et après avoir dépensé tout son argent, elle tombe sur Serge (Sébastien Ricard), un agriculteur qui vit seul sur la ferme familial reçue en héritage de son père à sa mort. Laura, sa sœur, détient la moitié de la ferme, mais contrairement à son frère, elle n’y habite plus depuis fort longtemps. En fait, elle souhaite la vendre pour pouvoir offrir à ses enfants un meilleur avenir, croit-elle. Serge s’y oppose fortement. C’est tout ce qu’il a, après tout. À mesure qu’il résiste à la vente de la ferme, il va se rapprocher de plus en plus de Chantal.

Simple, mais très profond

À première vue, le scénario paraît assez simple. Il s’agit, comme on vient de le voir, d’un rapprochement entre deux êtres solitaires et endeuillés par la perte d’un être cher. D’ailleurs, Une jeune fille tourne principalement autour de ces deux personnages. Les quelques autres personnages ont un rôle trop modeste pour qu’ils puissent avoir un réel impact sur le récit.

À l’instar des protagonistes, les dialogues sont peu nombreux, surtout entre Chantal et Serge. On peut presque les compter sur les doigts d’une main tellement ils sont rares. Et lorsqu’ils parlent, c’est seulement pour s’échanger un mot ou deux. Mais on sent que dans le fond, l’adolescente et l’adulte n’ont pas besoin d’en dire davantage pour se comprendre. Et c’est la même chose pour le public. Trop de films nous bombardent de dialogues inutiles, ce qui n’est évidemment pas le cas ici.

Jamais, dans un film, le silence n’a eu une si grande importance. On dirait presque qu’il s’agit d’un troisième acteur qui nous aide à comprendre ce que ressent tel ou tel personnage à un moment donné. Parfois, il nous aide à ressentir la tension, d’autres fois le malaise ou encore la peine.

Parce que si on ne se fie qu’aux réactions des personnages, on pourrait presque dire que Une jeune fille est un long métrage « doux ». Il est vrai qu’il n’y a aucune engueulade, mais ça ne veut pas dire pour autant que les personnages ne ressentent rien. Ils ressentent de la colère et souffrent, comme tout le monde.

Ainsi, bien qu’elle soit moins apparente que dans d’autres productions, l’évolution psychologique est bel et bien présente, tant du côté de Chantal que de Serge. Ils vont être profondément transformés par leur rencontre. Puisque les personnages parlent peu, il faut trouver les signes de cette évolution ailleurs, par exemple dans la direction photo. Si la première moitié du film est déprimante avec ses paysages gris et moroses, la seconde fait graduellement place à la lumière.

À mon avis, Catherine Martin a visé juste en confiant les rôles principaux à Ariane Legault et Sébastien Ricard. La jeune comédienne, très douée, fait preuve d'une grande maturité, alors que l'homme que l'on a pu voir dans La cicatrice maîtrise son rôle sur le bout des doigts. Il n'a pas besoin de voler la vedette pour montrer toute l'étendue de son talent. Bravo!

Verdict

Au final, sous son semblant de douceur, Une jeune fille est un film qui évoque brillamment la solitude, le deuil et l’importance des relations interpersonnelles, et ce, sans jamais brusquer le cinéphile.

Cote : 3,5 étoiles sur 5

Source image : K-Films Amérique 

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