BORNES ÉLECTRIQUES

Au Québec, plusieurs fermes sont des industries familiales, ce qui signifie que le père transmet son exploitation à ses enfants et ainsi de suite. Mais qu’est-ce qui arrive lorsque personne n’est intéressé à reprendre les rênes? Doit-on vendre? Avec « Le démantèlement », Sébastien Pilote (« Le Vendeur ») explore cette voie, en tentant d’humaniser les choses et de dresser un portrait humain du milieu.

Tout vendre pour ses enfants

Gaby (Gabriel Arcand) est éleveur d’agneaux depuis 40 ans. Il a hérité de la Ferme Gagnon et fils de son père. Au cours de sa vie, il a eu deux filles : Marie (Lucie Laurier) et Frédérique (Sophie Desmarais). Maintenant adultes, elles n’habitent plus le domicile familial. Toutes deux vivent en ville et viennent le voir que trop peu souvent. Gaby est maintenant seul pour s’occuper de sa ferme, surtout qu’il ne connaît personne qui pourrait prendre la relève.

Cependant, le sexagénaire semble vivre une vie plutôt heureuse. Devoir travailler tous les jours de son existence ne le dérange pas. Il ne pense pas encore à la retraite. Un événement va toutefois venir bousculer sa vie.

Marie, qui est en pleine séparation, lui demande de l’argent pour qu’elle puisse racheter la part de maison de son conjoint. Gaby voudrait bien l’aider, mais il ne roule pas sur l’or non plus. Sa ferme lui coûte cher.

Il va alors prendre une décision audacieuse qui surprendra son entourage : démanteler la ferme pour aller vivre dans un petit appartement. En effet, il va offrir au plus offrant tout ce qui lui appartient : sa ferme, mais également son troupeau, son équipement et même sa maison.

Sobriété et émotion

Gabriel Arcand fait preuve d’une grande sobriété. Le rôle de Gaby lui va comme un gant. Dire adieu du jour au lendemain à toute une parcelle de sa vie et de son héritage familial n’est pas une chose aisée. Ça pourrait facilement déchaîner les passions.

Sauf qu’ici, il joue quelqu’un de résigné, qui le fait par nécessité. Il se voit presque obligé d’aider sa fille, même si c’est à son propre détriment. Ça ne lui dérange pas de se mettre à la rue pour permettre à sa fille de continuer à vivre dans sa belle grande maison.

Même s’il ne veut pas le montrer aux autres, au fond de lui, ça lui fait quelque chose de tout donner. Il est triste (qui ne le serait pas?), mais ne le montre que très rarement. Il veut que ça paraisse le plus naturel possible.

Les quelques fois où il extériorise ses émotions, on éprouve un grand malaise, presque comme si on voyait un membre de notre famille verser des larmes. Sébastien Pilote (qui a écrit également le scénario) est un vrai maître dans l’art de « jouer » avec les sentiments et il nous le démontre brillamment dans sa nouvelle oeuvre.

Amour paternel au maximum

Le cinéma traite souvent de l’amour d’une mère, comme si les pères ne pouvaient pas se sacrifier pour leurs enfants. Le démantèlement nous prouve que les hommes peuvent également tout renoncer pour l’amour de leur progéniture.

Il est vrai que dans le cas du long métrage de Sébastien Pilote, c’est un peu trop excessif. Mais c’est aussi ça qui en fait la beauté.

Le démantèlement est surtout un film « intérieur », axé sur son personnage principal. On ne bouscule jamais les choses. Le rythme est lent. Durant sa quête, Gaby va croiser une foule de personnages interprétés par des comédiens talentueux. Difficile de ne pas être touché par Gilles Renaud, qui apporte un peu d’humour, de bonhomie et de franchise au récit.

Et que dire des superbes images de Sébastien Pilote et de ses remarquables qualités de metteur en scène. Les fermes québécoises n’ont jamais eu un aussi beau visage!

Verdict

Bref, grâce au jeu éblouissant et criant de vérité de Gabriel Arcand, Le démantèlement est une merveilleuse fable qui nous montre que l’amour paternel peut, lui aussi, être sans limites.

Cote : 4 étoiles sur 5

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Les Films Su00e9ville

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