Lovapocalypse - Critique BD - #adg

Philippe Girard, auteur prolifique de bandes dessinées, a récemment fait paraître son dernier album, « Lovapocalypse », aux éditions Mécanique générale. Il y explore l’adolescence, le rock et l’univers des sectes.

Nouvellement arrivé

Isaak Quèze est arrivé depuis peu dans un petit village du Québec avec son père. Ce jeune homme de 16 ans habitait à Paris jusqu’à la mort de sa mère, il y a de cela quelques mois. Il s’ennuie profondément dans son nouvel environnement qu’il qualifie de « trou de cul du monde ».

Heureusement, il peut compter sur la musique pour s’évader. Isaak est, en effet, un grand partisan du rock. Doué d’une forte imagination, l’adolescent ne cesse de comparer les parcelles de sa vie à un spectacle de rock dans lequel il serait la vedette.

Il croise régulièrement une fille de son âge, Rosalyne. Il est profondément amoureux d’elle, mais ne sait trop comment l’aborder. Chaque fois qu’il tente de lui adresser la parole, ça tourne mal. Finalement, un beau jour, il va réussir à entrer dans sa vie, mais cela ne sera pas sans conséquence.

En effet, tout comme le père d’Isaak, elle fait partie de l’Ordre de la fraternité universelle, un petit groupe qui ressemble étrangement à une secte et qui se prépare pour l’apocalypse. Il va vite se rendre compte que s’il est plutôt facile d’y entrer, en sortir est beaucoup plus compliqué.

En terrain inconnu

L’univers des sectes, surtout vu de l’intérieur, n’est que très peu abordé par le 9e art. Philippe Girard a pris en quelque sorte un pari risqué en abordant ce sujet qui n’est pas « à la mode ». Toutefois, même si vous n’êtes pas un adepte des œuvres traitant des sectes, Lovapocalypse vaut quand même le détour, ne serait-ce que pour son personnage principal plus qu'attachant.

Le bédéiste a décidé de nous faire voir ce monde par les yeux d’un adolescent incrédule et légèrement blasé de la vie qui va se faire recruter. Contrairement à la croyance populaire, il ne va pas se faire recruter parce qu’il adhère aux paroles véhiculées par l’organisation, mais plutôt pour « avoir une chance » avec la personne dont il est tombé amoureux. En fait, même quand il sera un membre à part entière, il ne va jamais réellement croire ce que les membres lui disent.

En lisant cette œuvre, on réalise donc que ces groupuscules ont plus d’un tour dans leur sac pour agrandir leurs rangs. Même si l'histoire se déroule dans les années 1990, on se doute que leurs tactiques (la manipulation amoureuse doit en faire partie) n’ont pas vraiment changé. Elles ont dû seulement évoluer avec l’évolution des technologies. Comme quoi personne n’est vraiment à l’abri.

Dans sa tête

Ce qui est intéressant dans Lovapocalypse, c’est qu’on a souvent l’impression d’être dans la tête d’un adolescent. Même s’il y a relativement beaucoup de dialogues entre les protagonistes, une grande part de l’intrigue avance par la narration faite par le personnage principal. 

Ces multiples comparaisons, parfois candides, au monde du rock (qui sont très originales et superbement amenées, doit-on le préciser) nous aident à mieux comprendre comment il se sent, et ce, même si on n’est pas un adepte de Lennon et Bowie.

Artistiquement, Philippe Girard privilégie un style « texturé » et expressif. Il n’a pas peur de jouer avec les couleurs et même de nous surprendre. Les moments se déroulant dans l’imagination d’Isaak sont les mieux réussis.

Verdict

Avec Lovapocalypse, Philippe Girard nous offre l’une des bandes dessinées les plus bouleversantes de cette fin d’année. Bref, il s'agit d'une œuvre qui nous permet d'apporter un nouveau regard sur le monde méconnu des sectes.   

Cote : 4,5 étoiles sur 5

Lovapocalypse est disponibe depuis le 5 novembre 2013 en librairie. 

Source(s) image(s):
philippegirard.blogspot.ca

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