BORNES ÉLECTRIQUES

Alors que je vous ai expliqué dernièrement, avec profondeur et subtilité, comment marcher lorsque vous vous trouvez en public, il y a un élément que je n'ai pas vraiment abordé. Un élément pourtant si important qu'il pourrait mettre en danger votre propre vie si vous ne suivez pas certaines règles bien simples. Je parle évidemment du (terrible) fait de... traverser la rue.

Mon article sur la marche en public se trouve ICI.

Effectivement, derrière ce qui peut sembler être une tâche plutôt simple et instinctive, retrouve-t-on, en réalité, un labyrinthe de possibilités et d'opportunités, un véritable amalgame de combinaisons possibles, qui font en sorte que cette activité urbaine se transforme (trop) souvent en véritable catastrophe et que les klaxons retentissent aussi fort que votre femme lorsque vous la faites monter au septième ciel. Du moins, je l'espère pour elle.

Voici donc quelques conseils pour vous aider dans votre épopée vers cette terre lointaine qu'on appelle communément : l'autre côté de la rue.

Conseil moderne no 1 : Sachez utiliser le bouton

Lors de votre première arrivée à une traverse pour piétons urbaine, vous rencontrerez très certainement ce que les techniciens en électronique et les physiciens nucléaires appellent un « bouton ». Ce bouton a une fonction et une seule, soit envoyer un signal aux panneaux lumineux qui se trouvent à l'intersection pour ainsi permettre au groupe de piétons qui attendent patiemment leur tour de traverser cette masse grise qui les sépare de leur destination. Mais n'allons pas trop vite pour le moment, restons concentrés sur ledit « bouton ». Une étape à la fois. Il existe plusieurs formes de boutons aux diverses intersections d'une ville. Certains sont gros et métalliques, d'autres sont petits et simples, d'autres sont noirs. Par contre, malgré ces extraordinaires différences, qui peuvent facilement mêler l'esprit, déjà trouble, des individus les plus... simples, ils ont tous deux choses en commun, soit une indication visuelle et un indicateur de pression. Je vous explique, n'ayez pas peur. Souvent, au-dessus du bouton, vous pouvez, si vous plissez les yeux suffisamment pour ajuster votre vision (qui, semble-t-il, est excessivement mauvaise) aperçevoir un symbole. Ce symbole s'appelle une « flèche ». C'est un symbole fréquemment utilisé par la race humaine pour signifier une direction. La tête de la flèche, soit le bout triangulaire, représente la direction dans laquelle le bouton vous permettra de traverser la rue. C'est un concept pourtant simple, mais si vous saviez le nombres de dindes inaptes que je vois chaque jour taper sur le mauvais bouton, comme des singes qui cherchent à comprendre comment fonctionne le distributeur à bananes, vous ne vous étonneriez pas de ces explications. Et donc, si vous voulez traverser à gauche, vous appuyez sur le bouton qui pointe la gauche. Appuyer sur un autre ne SERT À RIEN. Je sais qu'appuyer sur des boutons nous donne une impression de contrôle et de pouvoir dans un monde que nous ne contrôlons pas, mais ici, c'est tout à fait inutile.

Également, la plupart du temps positionné sur le bouton lui-même, un indicateur de pression est installé, généralement une lumière rouge, la couleur du sang, du feu, de l'enfer et de Satan. Cette lumière rouge n'est pas installée pour Noël. Elle est là pour indiquer que le bouton a été pressé et que le signal a été envoyé aux panneaux. Et donc, appuyer une autre fois est inutile. Ça ne va pas aller plus vite, ça ne change rien. Taper sur la machine à bananes trente fois, par impatience, ne SERT À RIEN.

Conseil moderne no 2 : Sachez lire le panneau piétonnier

Alors vous êtes arrivé à l'intersection, vous avez déterminé quel bouton appuyer et vous avez appuyé dessus une fois, tel un homme moderne, intelligent et capable, et maintenant vous attendez votre tour pour démarrer votre épopée sur la plaine d'asphalte. Devant vous, dans la direction où vous voulez vous diriger, se trouve un panneau. Sur cette plaque noire, vous pouvez voir trois choses : une main, un bonhomme qui marche et un décompte numérique. Pour vous situer, si devant vous se dresse une main, orange, qui ne clignote pas, vous RESTEZ sur le trottoir. Devant vous se trouve Gandalf le Gris qui frappe son bâton au sol en vous criant : « Vous ne passerez... PAS!! » Je comprends que vous revenez du travail et que vous êtes terriblement pressé d'aller manger des chips, écrasé devant la télévision, mais je pense que cela peut attendre quelques secondes. Évidemment, s'il n'y a aucune voiture à des kilomètres, ne faites pas les gentils garçons (trop) bien élevés, et traversez. Mais sinon, vous attendez, point. Lorsque la main de Gandalf se transformera, par magie elfique, en un bonhomme blanc qui marche, vous pouvez avancer. Simple, non? Mais attention! Il est possible que ce petit personnage se transforme en une main qui clignote, ou en un décompte numérique! Si l'un ou l'autre est le cas, ça veut dire que, très bientôt, les voitures et les camions fuseront de tous bords tous côtés, et vous devez être de l'autre côté de la rue lorsque cela se produira. Sinon, vous courez le risque d'être frappé, écrasé, détruit, brisé, broyé, déchiré, vos entrailles étirées sur le long de la route, alors que votre femme attendra à la maison le retour de son amoureux, qu'elle croyait capable de traverser une rue tout seul, rendu à son âge.

Conseil moderne no 3 : Sachez que les conducteurs ne lisent pas dans vos pensées

Oui, les voitures sont de plus en plus technologiques. On peut maintenant synchroniser notre téléphone intelligent avec notre voiture, elle peut nous offrir une vaste gamme de fonctions, toutes plus utiles à l'espèce humaine les unes que les autres, mais il y a une chose qu'elle ne sait pas encore faire, soit permettre à son conducteur de lire dans les pensées des piétons qui marchent, si on peut appeler ça marcher, autour de lui. Donc, comprenant ce fait, imaginons qu'à l'intersection où vous vous trouvez, les panneaux de signalisation indiquent à certains conducteurs qu'ils peuvent tourner à gauche, dans la sécurité et le confort d'une promesse de survie certaine. Ne vous dites pas, comme un imbécile : « Ah! comme c'est une intersection à plusieurs voies, je peux traverser au moins jusqu'au terre-plein, puis attendre que j'aie le droit de me rendre jusqu'au bout. Je vais économiser incroyablement de temps! » Parce que le chauffeur, dans sa voiture, derrière vous, qui avance pour tourner à gauche, dans son illusion de sécurité, ne SAIT PAS que vous allez vous arrêter au milieu. Et comme il n'a certainement pas envie de tuer un homme aujourd'hui, il va ralentir en se demandant qu'est-ce que cet inapte va faire. Va-t-il s'arrêter, ou va-t-il se jeter devant ma voiture, comme un fou? Cette attitude est stupide, égocentrique et dénuée de tout sens commun. Donc, ne faites pas ça. Jamais. Vous ne voulez pas ressembler aux chats qu'on retrouve sur le bord des routes, non? Eh bien ne le faites pas, point.

Voilà. Grâce à ces très judicieux conseils, vous avez maintenant tous les outils nécessaires pour traverser la rue comme un grand. Bonne chance!

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Moi

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