BORNES ÉLECTRIQUES

XIII - L’intégrale Tome 1

XIII est l’une des séries les plus populaires de la bande dessinée belge. Créée par le scénariste Jean Van Hamme et le dessinateur William Vance en 1984, la série fête aujourd’hui ses 30 ans. Pour l’occasion, Dargaud a décidé de faire les choses en grand et de sortir cette année une intégrale des 19 tomes du cycle 1 de XIII en cinq tomes. Attention collectionneurs, il s’agit là d’une édition unique à tirage limité! 

J’ai eu la chance de pouvoir lire le premier tome. Celui-ci regroupe les quatre premiers épisodes. Le récit commence ainsi par la découverte, par un couple de retraités, d’un homme inconscient et blessé gisant sur le bord de la plage. Après avoir été soigné par une voisine – Martha, une ancienne chirurgienne radiée de la profession pour alcoolisme –, l’inconnu reprend conscience. S’il est tiré d’affaire, il ne se souvient toutefois plus de rien ni comment il en est arrivé là. Il est amnésique! Encore plus étrange, il ne sait pas pourquoi il a le chiffre XIII tatoué au-dessus de la clavicule gauche ni à quoi sert la clé cousue dans sa chemise. 

De fil en aiguille, il va apprendre qu’il aurait été impliqué dans l’assassinat du président William Sheridan. Pis encore, ce serait lui le tueur! Et comme si ce n’était pas assez, La Mangouste, un redoutable tueur à gages, veut sa peau. 

Bientôt, on va apprendre qu’il n’est pas le seul à avoir un chiffre romain tatoué sur la poitrine. D’autres individus auraient des tatouages semblables. Leur objectif : renverser le gouvernement américain pour y instaurer une dictature. En tentant de découvrir sa véritable identité, XIII devra essayer de stopper ces conspirations.

Même pas une ride

Trente ans plus tard, force est d’admettre que XIII a très bien vieilli, tellement, en fait, que l’on a l’impression qu’il n’a même pas pris une ride ou presque! Même si les adeptes de bandes dessinées récentes remarqueront ici que les couleurs sont moins vives et plus « anciennes », le dessin est toujours aussi plaisant à contempler, et ce, plus d’un quart de siècle plus tard. On apprécie particulièrement le trait élégant et nerveux de Vance. C’est presque comme si le dessin était intemporel. 

Du point de vue du scénario, on a depuis vu plusieurs histoires d’hommes amnésiques, la plus populaire étant sans aucun doute La Mémoire dans la peau. D’ailleurs, il est peut-être bon de préciser que le scénario de départ s’inspire de ce roman paru, faut-il le rappeler, en 1980. 

Malgré cela, on prend toujours un grand plaisir à suivre les aventures de XIII et à tenter d’en savoir plus sur son ancienne vie. Même si on ne sait rien de lui au départ, on s’attache rapidement à ce mystérieux personnage. 

À mon avis, l’une des plus grandes forces de cette vénérable série est de mettre en scène des personnages profonds et complexes, et ce, même s’ils ne tiennent qu’un rôle secondaire. Malheureusement, de nos jours, cet usage tend à disparaître. Dans ces quatre premiers tomes, les meilleurs exemples sont sans aucun doute Martha et Billy Stockton. D’ailleurs, ce dernier aura droit à un tome complet dans la série dérivée visant à explorer justement des personnages secondaires, XIII Mystery.

À la fin de cette première intégrale, on retrouve un beau dossier d’une douzaine de pages expliquant la genèse de la série, notamment la rencontre des deux créateurs. Il y a quelques images et esquisses, mais j’avoue que j’aurais bien aimé en voir plus!

Verdict

Si vous n’avez jamais osé mettre la main sur un exemplaire de XIII, voici enfin votre chance, surtout que l’intégrale est assez abordable ou, en tout cas, pas mal moins chère que si vous deviez vous procurer chacun des tomes séparément. 

 

XIII - Intrégrale Tome 1

Jean Van Hamme et William Vance

Dargaud 

208 pages

Cote : 4 étoiles sur 5

 

 

L’intégrale Noé

Avant d’écrire un film avec son collègue Ari Handel sur le sujet, Darren Aronofsky avait d’abord adapté la fameuse histoire de Noé dans une série de bandes dessinées en quatre tomes. Le dessin était signé Niko Henrichon. Juste à temps pour la sortie du film mettant en vedette Russell Crowe, Le Lombard a eu la brillante idée de publier une intégrale massive de 264 pages comprenant toute la série.

Comme beaucoup de personnes, j’avais appris l’histoire de Noé à la petite école quand il y avait encore des cours de religion. On nous avait expliqué que Dieu avait demandé à Noé de construire une arche pour sauver toutes les espèces de la planète d’un déluge visant à éradiquer les mauvais hommes. 

L’oeuvre d'Aronofsky-Handel reprend donc les grandes lignes de cette histoire. Noé, présenté comme un homme légèrement barbu aux cheveux longs, a des visions d’un déluge prochain. Après avoir rencontré son grand-père qui vit maintenant en ermite au fin fond d’une grotte, Noé comprend qu’il doit construire une arche pour protéger les membres de sa famille d’un cataclysme apocalyptique.

Mais notre bon vieux Noé, même s’il sait déjà comment il va être accueilli, souhaite prévenir les humains de l’imminence de cette catastrophe. Comme on pouvait s’y attendre, nul n’ose croire cet homme, considéré comme un mage. 

Noé se met donc à la tâche avec ses trois fils (Japhet, Cham et Sem), sa femme et une jeune fille qu’il avait trouvé blessée et décidé de prendre sous son aile. Il peut aussi compter sur l’aide de gardiens, des géants qui étaient visiblement d’anciens anges.

Puis, lorsque l’arche est presque terminée, les hommes des autres tribus commencent à croire que Noé avait peut-être raison finalement. Ils veulent une place sur l’arche, mais il est trop tard pour eux. Noé ne peut plus les sauver. Puis, le déluge arrive. Noé et sa petite famille doivent attendre des semaines que les eaux se retirent. Cette période d’attente mettra les nerfs de tous à rude épreuve. La promiscuité n’est jamais bonne à long terme…

Pas une oeuvre religieuse

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, Noé n’est pas une oeuvre destinée aux fervents catholiques ou aux amoureux des religions. Mis à part les quelques citations du livre de la Genèse (qui sont d’ailleurs très pertinentes), l’oeuvre d'Aronofsky-Handel semble presque être une bande dessinée « comme les autres ». 

Bien qu’il soit difficile de réinventer la roue quand on s’inspire de la Bible, les auteurs ont trouvé le moyen de rendre leur récit dynamique. Ils y ont, par exemple, intégré plusieurs scènes d’action et même une scène de combat à grande échelle dans laquelle les gardiens affrontent les hommes. Par ailleurs, à l’instar des meilleurs thrillers, le suspense monte à mesure que l’on progresse dans notre lecture, jusqu'à devenir si insoutenable que l’on tourne les dernières pages à la vitesse de l’éclair. En d’autres mots, même si vous êtes athée, vous aurez beaucoup de plaisir à lire Noé.

Le graphisme contribue également à rendre cette oeuvre très accessible (je déconseille quand même la lecture aux enfants). À ma grande surprise, Noé prend souvent des allures d’oeuvre de science-fiction : planète abandonnée et désertique, costumes fantaisistes, ville au style unique et créatures hors de l’ordinaire. Même si je suis conscient que les dessins ne plairont pas aux puristes, j’ai été charmé par le travail de Henrichon et par sa vision unique de cet univers. 

D’ailleurs, plus d’une fois, le dessin parle de lui-même. En effet, les 264 pages de Noé sont relativement peu bavardes. Les phylactères étant peu nombreux, le lecteur doit souvent se rabattre sur le magnifique dessin pour comprendre ce qui se passe; ce qui n’est pas un mal en soi, remarquez bien. 

Je ne parle que très rarement des prix des albums que je critique, mais permettez-moi de faire une petite exception ici. Plusieurs pourraient critiquer le prix élevé de cette intégrale. En effet, avec un prix de 52,95 $, elle n’est pas accessible à toutes les bourses. Il ne faut toutefois pas oublier qu’elle comporte pas moins de quatre tomes qui, séparément, se débitent à 26,95 $ chacun. Faites le calcul. Vous avez à peu près quatre tomes pour le prix de deux.  

Verdict 

Que vous alliez à la messe tous les dimanches ou que vous ne sachiez même pas qui est Dieu, Noé est une bande dessinée qui vaut amplement sa place dans votre bibliothèque. Son histoire divertissante et son style graphique original vous tiendront en haleine du début à la fin. Bref, vous n’aurez jamais imaginé Noé de cette façon!

 

L’intégrale Noé

Darren Aronofsky et Niko Henrichon

263 pages 

Le Lombard

Cote : 4,5 étoiles sur 5 

 

 

 

Source(s) image(s):
Dargaud
Le Lombard

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