BORNES ÉLECTRIQUES

Blast - Pourvu que les bouddhistes se trompent

Blast de Manu Larcenet est sans aucun doute l’une des meilleures séries des dernières années. Le premier épisode a, par exemple, remporté le Prix des libraires de bandes dessinées en 2010. L’ultime tome, Pourvu que les bouddhistes se trompent, vient de paraître chez Dargaud. 

Le bout du tunnel 

Le voyage de Polza Mancini, cet homme de 38 ans obèse et fort comme un boeuf, tire maintenant à sa fin. Toujours interrogé par deux policiers au commissariat, il livre sans gêne les derniers détails de sa triste et sordide histoire. 

Ce dernier tome se concentre donc sur ses liens avec Carole Oudinot et Roland Oudinot, le père de la jeune femme souffrant de schizophrénie. Il est soupçonné de les avoir assassinés tous les deux. 

Sans filtre, le détenu va alors expliquer que Roland avait décidé de l’héberger jusqu'à ce qu’il ne soit plus recherché par les policiers. Si ses relations avec Roland sont majoritairement bonnes, on ne peut en dire autant de celles qu’il entretient avec Carole, lesquelles sont davantage basées sur un rapport d’amour-haine. Malgré cela, il est prêt à faire l’impardonnable pour elle. Il l’aime. 

Sans se remettre en question, le protagoniste va également, lors de ses balades dans la froideur de l’hiver, se livrer à plusieurs réflexions savoureuses, mais aussi terrifiantes. Ce sera l’occasion pour le lecteur d’en connaître davantage sur ce personnage imprévisible et sur sa fameuse quête du « Blast », un instant magique et parfait. 

Synonyme de la descente en enfer du protagoniste, cet album navigue entre le blanc, le gris et surtout le noir. Le bédéiste français confirme une fois de plus qu’il est un grand maître en la matière. Il se fout d’être à la mode. Il crée son propre style.

Les seules touches de couleurs viennent des collages dérangeants de femmes réalisés par Roland, mais aussi des événements vécus par Polza à la fin du récit, dont je vais me garder de révéler ici. Disons simplement que ces quelques cases en couleurs dans ce monde de noirceur et de douleurs ont réellement un impact sur l'histoire et permettent même à Blast de se terminer en apothéose. Rien de moins. 

Verdict 

Pourvu que les bouddhistes se trompent clore magnifiquement cette série amorcée en 2009. Comme les autres tomes, il vous laissera sans mot. Une deuxième lecture (voire une troisième) est assurément nécessaire pour comprendre toutes les motivations de ce protagoniste énigmatique. De toute façon, une fois que l’on a commencé, il est difficile de s’arrêter. Pour ma part, je n’ai jamais lu 200 pages d’une bande dessinée avec autant d'appétit.

 

Pourvu que les bouddhistes se trompent

Manu Larcenet

207 pages

Dargaud

Cote : 5 étoiles sur 5

 

 

Résistances - Le prix du sang et des larmes

Le quatrième et ultime tome de la série Résistances, portant sur la Résistance française durant la Deuxième Guerre mondiale, vient tout juste de paraître chez Le Lombard. Avec Le prix du sang et des larmes, le scénariste Jean-Christophe Derrien et le dessinateur Claude Plumail nous invitent, pour une dernière fois, à découvrir le quotidien de trois Français essayant, tant bien que mal, de survivre et de sortir leur pays de l’occupation allemande. 

Le sympathique trio du premier tome n’est plus que l’ombre de lui-même. Même si toute la France célèbre après avoir enfin vaincu l’envahisseur, les trois protagonistes n’ont pas le coeur à la fête. Et pour cause. André a été assassiné à la Libération, Sonia, son épouse, est portée disparue, alors que Louis, l’amant de Sonia, la recherche désespérément et s’apprête même à mettre fin à ses jours tellement il est déprimé par cette perte.

Ce qui m’avait frappé lorsque j’avais lu le premier tome (et qui me frappe toujours rendu au quatrième), c’est que même si cette série est parrainée par le musée de la Résistance Nationale de Champigny-sur-Marne, il ne s’agit pas là exclusivement d’une oeuvre patriotique ayant pour but de vanter la bravoure et le courage des membres de la Résistance.

Les trois protagonistes sont certes courageux devant les Allemands. Encore une fois, ils n’hésiteront pas à risquer leur vie pour terrasser l’ennemi et faire le plus de dommage possible chez les nazis. Par contre, ils sont aussi humains, ce qui signifie qu’ils ont leurs défauts et surtout leurs faiblesses. L’idée du triangle amoureux n’est pas révolutionnaire, mais elle est appréciée ici. Et comme c’est souvent le cas dans ce genre d’histoire, ça se finit rarement bien… Je n’irai pas plus loin sur ce point pour ne pas vous gâcher la surprise.

Voyage dans le temps

Le prix du sang et des larmes nous fait encore une fois voyager dans le temps (le récit se déroule sur plusieurs années durant la guerre) et dans le monde. Si la majeure partie de l’action se déroule en France, quelques planches nous font visiter la superbe ville d’Alger. Soulignons d’ailleurs l’excellent travail de reconstitution de Plumail. Il excelle notamment dans les environnements, sur les décors extérieurs et nocturnes. Les quelques scènes de foule sont également un vrai délice pour les yeux!

Si vous ne connaissez pas cette série, je vous recommanderais fortement de commencer par le premier tome pour au moins comprendre ce qui unit ces trois personnages. Sinon, les auteurs ont eu la bonne idée d’ajouter un résumé entièrement en textes des trois premiers tomes. Un bon moyen de se rafraîchir la mémoire!

Verdict

Le prix du sang et des larmes porte bien son nom. Il nous montre avec beaucoup d’humanité une partie des malheurs qu’a dû endurer la Résistance française pour libérer le pays du joug des nazis.

 

 

Le prix du sang et des larmes

Jean-Christophe Derrien et le dessinateur Claude Plumail

57 pages

Le Lombard

Cote : 3,5 étoiles sur 5

 

Source(s) image(s):
Dargaud
Le Lombard

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