Chaque nouvel album de Manu Larcenet est un peu un événement en soi. Après avoir terminé l’année dernière avec la puissante série en quatre tomes Blast, nous étions nombreux à attendre sa prochaine oeuvre. Heureusement, nous n’avons pas dû attendre (trop) longtemps après Le rapport de Brodeck, un diptyque adapté du roman de Philippe Claudel.

L’Autre, le premier tome, met en scène Brodeck, un homme qui doit dresser un étrange rapport sur la mort d’un étranger survenu dans son petit village. Plus étrange encore, Brodeck semble être le seul homme à ne pas avoir été invité au lynchage, car c'est comme ça que cet étranger semble avoir perdu la vie...

En interviewant les villageois, il va essayer de découvrir la vérité. Cependant, il est conscient qu’il ne pourra pas écrire ce qu’il veut dans ce fameux rapport qui sert plus à déculpabiliser les meurtriers qu’à raconter la vérité. Il le sait et il devra être très prudent avec sa plume, s’il ne veut pas subir le même sort que cette pauvre victime. 

Le rapport Brodeck aborde beaucoup la xénophobie. Mais ce n’est pas juste ça. Se déroulant dans une époque proche de la Deuxième Guerre mondiale dans un village probablement allemand ou autrichien, c’est également l’histoire des vieilles blessures qui n’ont jamais vraiment guéri. 

Car le héros de ce récit est un ancien pensionnaire des camps de concentration nazis et les quelques planches portant sur cet épisode de sa vie nous rappellent que s’il y avait un enfer sur Terre, il serait certainement là. D’ailleurs, Larcenet a fait appel à toute sa rage et son imagination pour nous dessiner les gardiens du camp : un croisement étrange entre des monstres et des démons. Ça me donne froid dans le dos juste à y repenser.

Il reste que le récit est assez « réaliste », mis à part ces courts retours en arrière (ou plutôt voyages dans la tête d'un homme traumatisé). On retiendra surtout les merveilleux dessins représentant les animaux de la forêt. Les dessins des oiseaux surpassent tout ce que j’ai vu jusqu’à présent dans une bande dessinée. Ils mériteraient amplement leur place dans un ouvrage sur les études des oiseaux.

Tout comme dans Blast, Larcenet nous prouve que le noir et blanc peut offrir encore plus de nuances et de profondeur qu’un million de couleurs. Chaque petite case est comme un petit tableau que l’on pourrait découper, encadrer et mettre dans un musée. C’est de toute beauté.

Étant donné que l'ouvrage se déroule sur 160 pages dans un format horizontal, le dessinateur peut nous montrer toute l’étendue de son talent. La mise en page lui permet également de nous offrir une histoire « aérée » et qui ne précipite pas le lecteur.

Par ailleurs, beaucoup de cases et de planches sont muettes, ce qui nous laisse amplement le temps de nous imprégner, comme le personnage principal de l’album, de cette nature à la fois si belle et si implacable. 

Verdict 

Manu Larcenet signe avec ce premier tome de Le rapport de Brodeck l’une des oeuvres les plus abouties de 2015. Espérons qu’il puisse garder la cadence avec le deuxième épisode. Mais je ne m'inquiète pas trop. Bref, courez chez votre libraire pour mettre la main sur ce chef d’oeuvre du neuvième art! 

 

Le rapport de Brodeck - L’Autre

Manu Larcenet 

160 pages

Dargaud

 

Cote : 5 étoiles sur 5.

Source(s) image(s):
Dargaud

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