Les émissions de variété sont plus présentes que jamais à la télévision. On y voit évidemment toutes sortes de chroniques et il arrive parfois que l’une s’intéresse à l’activité physique. La semaine dernière, je suis tombé par hasard sur une émission où les animateurs parlaient d’entraînement et je n’en revenais toujours pas à quel point il se peut se dire ou se faire n’importe quoi dans ce genre d’émission… J’entends trop souvent des choses comme « heille as-tu vu hier à la télévision ils ont dit que » et je déteste par-dessus tout les conversations qui commencent par « y paraîtrait que ». J’ai donc pris la décision hier soir d’écrire un court article sur le sujet histoire de mettre les pendules à l’heure.

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Je ne pense pas qu’il y ait de sujets plus nourris en mythes et croyances de toutes sortes que le sont la santé, l’alimentation et l’activité physique. Je ne sais pas pourquoi mais c’est comme ça. Le pire c’est qu’une grande part de la désinformation entourant ces domaines vient justement de la télévision et des revues. Quand je vois tout ce qui se dit dans les médias, je ne suis finalement pas si étonné que les gens ne sachent plus où donner de la tête. Ce phénomène est d’ailleurs l’une de mes plus grandes sources d’inspiration pour mes articles!

Le pire des trois est sans contredit l’activité physique et plus particulièrement tout ce qui touche à l’entraînement. Ce n’est pas pour rien qu’il y a quelques années j’ai entrepris la publication de la série de livre Les exercices qui vous soignent avec mon collègue Roberto Poirier et le Dr Jean Drouin. C’est parce que j’étais fatigué de voir toutes ces aberrations qui se retrouvent dans les livres qui non seulement font honte au sérieux qui devrait caractériser cette science mais m’empêche par le fait-même de fournir des références valides à mes étudiants. Maintenant, si je vous dis qu’en tant que spécialiste il y a un manque de rigueur même dans les sources qui sont supposées être fiables, imaginez la valeur de l’information se trouvant dans une émission de variété! Attention je ne dis pas que « toutes » les émissions sont mauvaises. Comme dans tout il y a des exceptions… mais justement par définition une exception sort de la normalité.

Je regardais donc ces deux animateurs (dont je me garderai de citer les noms) la semaine dernière faire les pitres à la télévision et j’avais franchement honte pour eux… mais ce que je trouvais encore plus souffrant c’était de voir le public ignorant non seulement accepter la situation telle qu’elle était présentée mais embarquer dans la teinte humoristique qu’on donne souvent à ce genre de chronique. C’est en effet une tactique très répandue de se servir de l’humour pour se sentir à son aise dans une zone où on se sent plus ou moins confortable ou compétent. Il faut aussi reconnaître que l’humour est une arme puissante et surtout très payante pour les cotes d’écoute mais pour ce qui est du « service rendu à la société », on repassera car en ayant recourt à la dérision on minimise par le fait-même le côté sérieux de la question.

Il faut comprendre une chose, c’est que ce genre d’émission a plus comme but premier d’attirer les cotes d’écoute que d’informer la population. Pourquoi? Parce que ça prend plus qu’une journée de recherche et surtout plus que 6 minutes (la durée approximative d’une chronique) pour réellement faire le tour d’une question de façon appropriée. On ne s’improvise évidemment pas « expert » dans un domaine simplement en passant quelques heures à éplucher quelques livres ou parcourir des articles et si vous le croyez sincèrement c’est que vous êtes vraiment naïfs. Malheureusement, c’est comme ça que résonnent certaines personnes qui croient qu’il suffit de lire sur un sujet pour en savoir assez pour pouvoir en parler.

Il faut aussi comprendre que, à moins que les animateurs n’invitent un « vrai » professionnel sur le plateau, ce sont des recherchistes qui font de leur mieux avec les ressources et le peu de temps qu’ils ont pour faire une recherche rapide sur le sujet ou du moins trouver quelque chose d’intéressant qui piquera ou satisfera la curiosité du public. Ainsi non seulement les minutes passées à l’écran sont limitées mais la façon dont le sujet sera abordé est aussi choisi et pensé.

Même lorsqu’ils font appel à un expert en la matière, le temps à l’écran est tellement limité et les questions si intentionnellement dirigées qu’on en retire finalement très peu d’information réellement utilisable. Ainsi ce n’est pas l’interviewé qui choisit ce qu’il va dire, même s’il s’y est préparé et qu’il sait ce qui serait pertinent, c’est l’intervieweur qui met en valeur ce qui l’intéresse! Je le sais parce que je suis passé par là à plusieurs reprises et que, même si j’apprécie chaque fois l’expérience parce que j'y fais souvent de belles rencontres, je sais au fond de moi-même que j’aurais aimé en dire beaucoup plus! J’aime mettre mon expertise à la disposition des gens et j’adore partager avec eux la passion que j’ai pour mon domaine d’intervention mais je suis aussi conscient qu’il s’agit plus d’un bel échange entre individus que d’une présentation instructive devant une classe et je crois sincèrement que c’est comme ça qu’il faut le prendre.

Bien sûr ils arrivent parfois à faire de bons coups avec des séances réellement informatives mais ceux-ci sont beaucoup plus rares que les petits coups vite faits destinés à amuser le public. Certains rédacteurs (mais trop peu) ont réellement le désir de baser leur texte sur des informations solides et vérifiables et prennent l’initiative de faire appel aux services d’une personne ressource dans le domaine. Je le sais encore une fois car il m’arrive à l’occasion de recevoir des propositions de révision de textes ou d’entrevues téléphoniques mais elles sont tout de même rarissimes comparativement au nombre de chroniques et d’articles que je vois passer.

Avant de terminer, comprenez bien que je ne dis pas que ces émissions n’ont pas leur place. Il ne faut cependant pas oublier que la télévision est là d’abord et avant tout pour divertir le public. Ainsi, ce qui importe c’est de prendre ces chroniques pour ce qu’elles sont la majorité du temps ; une discussion légère et très ouverte sur le sujet abordé et peut-être une source de stimulation vous incitant à vous renseigner davantage sur ce dernier. Nourrissez donc d’abord votre besoin d’humour et ensuite alimentez votre soif de connaissance en vous renseignant auprès de sources fiables si vous en ressentez le besoin. 

 

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