Le premier tome de « Wake up America » m’avait laissé une forte impression. Le roman graphique d'Andrew Aydin (scénario) et Nate Powell (dessin) y narrait les premières années (1940-1960) de la vie d’activiste de John Lewis, député démocrate et seul membre encore envient des Big Six, les leaders du mouvement afro-américain des droits civiques, dont faisait également partie le très grand Martin Luther King. Le deuxième tome est paru récemment chez Rue de Sèvres et ça aurait été un crime de ne pas mettre la main dessus!

Ce second volume se concentre seulement sur une petite période, soit de 1960 à 1963. Mais quelles années intenses! C’est là que John Lewis et ses compagnons ont entrepris leurs voyages de la liberté : des voyages en autobus vers le sud des États-Unis pour tenter de mettre en application un arrêt de la Cour suprême qui rendait illégale la ségrégation dans les transports en commun. 

Malheureusement, ils ont souvent été accueillis dans la violence. Étant des adeptes de la résistance non violente, ils n’ont pourtant jamais répliqué par les coups, même s’ils risquaient bien souvent d’y laisser la peau. Par exemple, dans la ville d’Anniston, les résidents ont crevé les pneus de leur autobus et l’ont attaqué avec une bombe incendiaire. Ils espéraient les faire brûler vifs! Quand ils ont pu finalement sortir, ils n’étaient pas au bout de leur peine, car la foule les attendait… pour les battre! 

Comme on vient de le voir, ce deuxième volume de Wake up America est encore plus difficile à lire que le premier. La violence graphique dérange, mais ce qui choque le plus, c’est la barbarie avec laquelle John Lewis et ses amis étaient traités. Faut-il rappeler que ces événements ne sont pas survenus au 12e siècle, mais il y a à peine une cinquantaine d’années?

Tout comme dans le premier opus, c’est John Lewis qui fait la narration. Très lucide, l’homme, même s’il essaie de rester objectif, n’a pas peur de dire le fond de sa pensée sur telle ou telle situation. On a vraiment l’impression qu’on tient entre nos mains un chapitre de son journal intime. Jamais on a le sentiment qu’il nous cache quelque chose. 

En même temps, Wake up America est un merveilleux voyage dans le temps dans l’Amérique du début des années 60. Bien sûr, une majorité du récit se passe dans les États du sud. Cependant, une partie de l’action nous fait voyager jusqu’à la capitale américaine. 

Peu importe où l’action se déroule, Nate Powell n’a aucun problème à mettre en images les protagonistes et les décors avec une précision souvent chirurgicale. L’absence de couleur n’est d’ailleurs pas forcément un défaut, car elle supprime tout ce qui pourrait nous distraire. 

Le dessin va donc à l’essentiel et nous permet de ressentir sans aucun filtre toutes les gammes d’émotions par lesquelles passent les personnages :  la peur, la détermination, le courage, etc. Si un personnage se fait tabasser injustement par les forces de l’ordre, on a presque l’impression de ressentir avec lui les coups de matraque. Troublant.

Verdict

Avec un scénario efficace, une narration fluide et un dessin en noir et blanc qui donne la chair de poule, ce second tome de Wake up America est encore plus puissant et intense que le premier. À lire!

 

Wake up America -2- 1960-1963

John Lewis et Andrew Aydin (scénario) et Nate Powell (dessin)

192 pages

Rue de Sèvres 

 

Cote : 4,75 étoiles sur 5

Source(s) image(s):
Rue de Sèvres

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