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Ce que vous devez savoir à propos de la mort de Prince

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28/04/2016, par Denis Pedneault, dans Divertissement - Musique

Depuis le 21 avril dernier, plusieurs articles sont parus pour souligner la mort de Prince. Cependant ceux-ci ont surtout parlé de ses prix, de ses albums et des différents accomplissements qui ont marqué sa carrière. Aucun de ceux que j’ai vu défiler ne mettait vraiment en lumière ce qui faisait de Prince un artiste si exceptionnel et permettant à la population de réaliser pleinement ce que la perte de cet icône représente pour le monde de la musique. J’ai donc pris l’initiative d’écrire moi-même un article en hommage à cet homme exceptionnel. Et pour l’occasion j’ai demandé la collaboration spéciale de mon frère David Pedneault qui a étudié en musique et qui, comme moi, admirait cet artiste qui aura marqué le monde artistique. Après la lecture de cet article, non seulement vous en aurez appris plus que vous ne l’auriez peut-être cru sur la musique mais vous comprendrez pourquoi certaines personnes pleurent aujourd’hui la mort d’un phénomène. Et peut-être serez-vous aussi désormais plus critiques envers les « soi-disant » artistes d’aujourd’hui qui jouent les grosses têtes...

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Ce n’est pas dans mes habitudes d’écrire sur les arts et spectacles et peu de gens savent que la culture physique n'est que l'une de mes passions. Dans ma famille la musique occupe une place importante et croyez-le ou non, avant d'étudier la kinésiologie, j'étudiais en arts… Je mets donc mes écouteurs, mes albums de Prince et je me lance! Que justice soit faite.

Ceux qui se demandent pourquoi suis-je autant attristé et affecté par la mort subite de Prince ne savent tout simplement pas que ce dernier n’était pas qu’un simple chanteur, c’était ce que j’appelle un « vrai » artiste. À mes yeux, ce qui définit l’essence d’un artiste est l’acte de création. Prince refusait de suivre la masse et a toujours écouté son instinct et suivi sa propre voie. Non seulement il a créé son propre style mais il se réinventait constamment en expérimentant sans cesse les looks, les sons et les styles de musique tout en restant fidèle à lui-même. Chaque album était différent mais comme le dirait mon frère; « du Prince, ça reste du Prince et ça ne ressemble à rien d’autre ».  

Même si son excentrisme provocateur, pour ne pas dire déstabilisant, était parfois mal perçu d’une certaine partie du public, son intensité et sa sincérité étaient palpables et c’est pourquoi ça ne l’a pas empêché de produire près de 40 albums (39 pour être précis) et d’avoir une carrière couronnée de succès. Il est d’ailleurs le seul artiste a avoir tenu simultanément les numéros 1 pour un film, un single et un album. En effet en 1984, le film de Prince intitulé Purple Rain était numéro un au box office alors qu’au même moment la trame sonnore du film et le single When Doves Cry étaient les album les plus vendus. Beaucoup de gens ignorent que plusieurs chansons écrites et composées par Prince ont été popularisées par d’autres artistes; Nothing Compares 2 U (Sinead O’Connor), How Come You Don’t Call Me Anymore (Alicia Keys) et Kiss (Tom Jones) en sont des exemples. Il a aussi souvent écrit pour ou en collaboration avec des artistes comme ce fut le cas pour Love Song qui se retrouve sur l’album Like a Prayer de Madonna et sur laquelle il fait les back vocals. Ainsi, comme c’est le cas pour d’autres personnalités qui ont marqué le monde de la musique, plusieurs artistes doivent leur son, leur style et une partie de leur succès à l’influence de Prince, même si certains d’entre eux n’en sont même pas conscients.

Si vous retournez un album de Prince, à l’endos de la pochette vous pourrez lire l’inscription « produced, arranged, composed and performed by Prince ». Prince tenait autant à son identité que son intégrité et ne se contentait pas que de chanter ses propres compositions, il tenait aussi à les interpréter! Mis à part les parties où il collaborait avec d’autres artistes comme The Revolution ou The New Power Generation, il enregistrait une par une les pistes de la majorité des instruments et des voix de ses chansons et les mixait lui-même par la suite dans son studio. Et en tant que multi-instrumentaliste accompli il ne faisait pas que « se débrouiller » avec ces instruments. C’était entre autre un virtuose de la guitare, de la basse, des percussions et du piano. Certaines personnes passent leur vie à perfectionner des techniques particulières comme le slap bass (caractéristique au Funk) mais il les maîtrisait avec une habileté déconcertante. C’était le genre d’artiste qui par sa simple prestation vous infligeait une dose d’humilité et, comme mon frère aime le dire, vous forçait à dire « merde, il faut que je retourne pratiquer ». Dans un monde où bien des gens qui y ont font fortune non seulement ne jouent d’aucun instrument de musique mais souvent n’écrivent même pas leurs propres textes, Prince mérite un respect incomparable.

Lorsque vous écoutez un album de Prince, vous entrez donc littéralement dans sa tête et dans son univers. Hier soir encore, mon frère me citait une phrase qui résume bien cette liberté presque totale d’expression qui faisait de Prince un artiste si différent des autres; Prince lives in Prince’s world. C’est d’ailleurs ce besoin d’autonomie artistique qui l’a un jour poussé à quitter Warner pour devenir The artist formely known as Prince et même un symbole (The Love Symbol). Il ne pouvait tolérer de se sentir esclave et n’est revenu par la suite que sous ses propres conditions.

Combien d’artistes peuvent être définis par une simple couleur? En effet Prince s’était littéralement approprié la couleur pourpre (purple). Il en a fait son emblème et la seule vue de cette couleur évoque maintenant son image. Obsédé par cette couleur, il allait jusqu’à exiger que sa loge contiennent du pourpre! Prince avait aussi son propre symbole () et sa propre façon d’écrire ses textes. Si vous ouvrez un de ses livrets vous constaterez qu’il prenait plaisir à remplacer certains mots ou sons par des homophones; un œil () pour dire « I », la lettre « u » majuscule (U) pour « You », le chiffre deux (2) pour dire « to », etc.

Mais comme mon frère se plaît à le souligner, à l’instar des autres grands showmen tels que James Brown et Michael Jackson, ce n’est que lorsqu’on a la chance de les voir sur scène qu’on réalise tout le respect qu’on doit à quelqu’un comme Prince. Et moi et mes frères nous comptons d’ailleurs privilégiés d’avoir eu cette chance lors de son passage au Centre Bell en 2011. Je crois que vous ne serez pas surpris si je vous dis que nous avons été marqués à vie. C’était en effet un artiste incomparable qui pouvait non seulement chanter et jouer de la guitare tout en dansant mais qui pouvait également troquer son instrument pour un autre ou nous surprendre avec un grand écart s’il le voulait! Prenez quelques secondes pour essayer d’imaginer ce que vous ressentiriez si vous assistiez à tout cela et que saviez que le gars sur scène a 53 ans!!!

Certains se démarquent par leur voix hors du commun, leur talent particulier au piano ou à la guitare ou encore par leurs talents de danseur… Prince était bon dans tout et même dans la cinquantaine, ses prestations à des émissions comme Saturday Night Live faisaient encore jaser! Il se donnait corps et âme pour son public et était réputé pour donner des spectacles interminables et improvisés selon les désirs de ce dernier. Ce n’était pas qu’un chanteur flamboyant au registre vocal incroyable qu’on avait devant nous, c’était un phénomène et nous assistions à une véritable célébration de la musique à l’état pur. Son but à chaque représentation était tout simplement d’éblouir et de satisfaire son public. 

Ce qui fait de la mort de Prince Rogers Nelson (son vrai nom) une perte incommensurable, c’est qu’il était l'un des derniers descendants et protagoniste des vraies racines du Funk et du mouvement que James Brown a créé. Prince faisait partie de ce que mon frère appelle « les enfants de James Brown » et était très respectueux de ses racines musicales. Bien des « supposés » artistes d’aujourd’hui ne savent même pas à qui ou à quoi ils doivent témoigner de la reconnaissance pour ce qu’ils font. Le seul artiste qui témoignait autant de respect pour James et qui me vient en tête est MC Hammer. En effet ce dernier faisait régulièrement allusion à James dans ses chansons et ses vidéoclips et il a fait un clin d’œil à Prince lui-même en reprenant le thème de When Doves Cry dans sa chanson Pray. D’ailleurs je me sens ici obligé de faire une brève mais nécessaire incursion dans l’histoire de la musique afin que vous compreniez certaines choses…

Le Funk n’est pas un simple style de musique, c’est une véritable religion. C’est une façon de traiter et de célébrer la musique pour ce qu’elle est. Le but étant purement de faire de la musique pour la musique. Comme vous le dirait mon frère; « le Funk c’est la célébration de la vie et des sens! » Le mélange du « feeling » et du rythme (pour ne pas dire primitif voire tribal). C’est d’ailleurs pourquoi Prince faisait si souvent allusion à l’érotisme et la sensualité.

Le Funk, développé par les afro-américains, est devenu une philosophie de vie et un message d’expression. Michael Jackson et Prince étaient plus que des artistes pop qui ont réussi à créer leur propre empire et atteindre une sorte de paroxysme, ils étaient des messagers. L’une des caractéristiques du Funk est que la voix est considérée comme un instrument (au même titre que les autres) et que tous sont perçus comme des percussions. C’est ce qui rend la musique si rythmique et qui fait qu’une chanson Rock, Soul ou Pop peut être Funky et c’est ce que Prince prenait plaisir à faire. Maintenant vous comprenez pourquoi James Brown, Michael Jackson et Prince parsemaient leurs chansons de « yeah », « hun », « ha » ou encore « good God ». Ces « sons » (si on peut les appeler ainsi) marquent et dictent le rythme de la musique au même titre que le batteur peut le faire avec son instrument.

Si vous écoutez certaines chansons de James Brown ou de Prince, vous remarquerez aussi qu’ils s’adressent parfois à leurs musiciens à l’arrière. C’est parce que l’homme en avant plan est plus qu’un simple chanteur, c’est un véritable chef d’orchestre! Les calls comme « hit me » ou « bridge » sont carrément des ordres qu’ils donnent à leur troupe. C’est ce qui fait qu’une chanson Funk peut durer et durer aussi longtemps que le leader le désire et que les musiciens doivent suivre avec autant de fluidité que de synchronisme. Avec James ou Prince, un spectacle devenait ainsi un vrai party et c’est ce qui fait que ces maîtres de la prestation étaient capables de donner un show incroyable et surtout live sans préparation, sans support électronique et surtout sans lip sync! Malheureusement, rares aujourd’hui sont les « artistes » qui peuvent vous donner une interprétation du tonnerre sur le champ et sans arrangements ni effets spéciaux. Comme James ou Michael, Prince était d’un perfectionnisme difficile à égaler. Et avec eux vous n’aviez pas le droit à l’erreur. Vous deviez être prêt n’importe quand et si vous aviez le malheur de manquer ne serait-ce qu’une note, vous aviez à payer pour celle-ci!

Le Funk a voyagé et évolué à travers les époques et les gens ne savent même pas que bien des styles qu’ils écoutent aujourd’hui comme le rap et le hip hop découlent de son influence. Avant les années 60, le Blues et le Rock étaient représentés par des artistes comme Chuck Berry, Little Richard et Fats Domino. Tout a basculé avec la venue d’Elvis Presley, des Beatles et des Rolling Stones. Soudainement les « blancs » avaient en quelque sorte pris le contrôle du rock et c’est en réponse à ce phénomène que la musique « noire » (Black Music) s’est affirmée et que le Funk est né. À l’aube des années 80, Prince et Michael ont amené le Funk à un autre niveau en le propulsant aux plus hauts sommets de la musique populaire. En effet à une époque où les « blancs » faisaient du Rock et où les « noirs » chantaient des chansons d’amour, ils se sont démarqués en repoussant les limites et en participant à la démystification des stéréotypes raciaux et musicaux et du mythe que le Rock et le Pop « appartenaient aux blancs ».

Ce qui démarquait Prince de James et Michael, c’est qu’en plus de donner tout un spectacle, il pouvait jouer de n’importe quel instrument et improviser un solo de guitare tout en chantant et en dansant. Prince a en quelque sorte repris là ou Jimmy Hendrix avait laissé dans les années 70. Prince était aussi différent de Michael dans son besoin de faire bande à part, d’explorer et de provoquer. Toujours en respectant la religion du rythme qu’impose le Funk, Prince pouvait passer du Dance au Rock en passant par le Disco, le Techno et le Pop et le tout avec l’âme d’un chanteur Gospel.

À quel point Prince était important pour la survie de Funk et à quel point était-il respectueux et reconnaissant de ses racines musicales? Au point où il tenait à garder près de lui des gens comme Maceo, le trompettiste du groupe de James Brown (The J.B.’s) et de Parliament (un autre groupe qui a marqué l’histoire du Funk). Et lorsque nous avons assisté au concert de Prince au Centre Bell en 2011, Maceo faisait encore partie de la troupe de Prince et il avait 68 ans!!! Le pire c’est qu’il est toujours en vie et qu’il en a maintenant 73… mais qu’adviendra-t-il de tous ces gens qui viennent de perdre un autre de leurs leaders? Qui prendra le flambeau? Et j’aimerais terminer en vous posant une autre question : d’après vous combien de ceux qui aujourd’hui s’autoproclament « artistes » peuvent prétendre pouvoir en faire autant pour le monde de la musique?

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Denis Pedneault

À propos de l'auteur

Denis Pedneault
Denis Pedneault Je suis kinésiologue-kinésithérapeute et culturiste. Depuis plusieurs années, j’agis comme conseiller professionnel, auprès d’une vaste clientèle, en tout ce qui touche le domaine de la santé et du conditionnement physique. Enseignant à la Faculté d’éducation physique et sportive de l’Université de Sherbrooke, c’est avec passion que j’ai su me démarquer au fil des années, en approfondissant et en partageant mes connaissances dans des champs d’intérêt comme l’entraînement, la biomécanique fonctionnelle, la posture, les troubles musculosquelettiques (blessures), la nutrition de pointe et la culture physique. En tant qu’athlète, je pratique la culture physique « au naturel » depuis maintenant vingt ans. J'ai su faire ma marque sur la scène canadienne et internationale, en remportant quatre championnats nationaux et en représentant trois fois le Canada aux Championnats du monde de l’IFBB, où j'ai atteint le podium en 2009, en terminant quatrième. Ma plus grande fierté est surtout d’avoir remporté tous ces honneurs en concourant sans avoir recours à des substances illicites, quelque chose de malheureusement rare dans le domaine. J’ai toujours eu comme objectif personnel de redonner à cette discipline son lustre d’autrefois et de prouver qu’il est possible de la pratiquer de façon saine, tout en performant. Toute ma vie, je me suis fait un devoir de prêcher par l’exemple et selon moi, il n’y a pas meilleure méthode d’apprentissage que l’expérimentation (ou l’expérience) qui permet d’avancer, en mettant à l’épreuve la connaissance (qui doit précéder). Je crois d’ailleurs que c’est une des raisons qui inspirent la confiance et le respect que les gens me portent. C’est un peu ma façon de souligner l’importance du « savoir-être » et du « savoir-faire » en tant que professionnel. J’irais même jusqu’à appeler cela, être « authentique »! C’est en tant que kinésiologue-kinésithérapeute autonome que je travaille chez Excellence Fitness de Sherbrooke comme entraîneur, thérapeute et consultant.