Mort en 2004 à 95 ans, Henri Cartier-Bresson est l’un des plus grands photographes français du 20e siècle. Durant sa carrière, il a notamment couvert la Deuxième Guerre mondiale. Si l’homme a eu droit à un certain nombre de biographies, peu de bédéistes ont eu l’idée de lui consacrer un album. Jean-David Morvan et Sylvain Savoia ont eu envie de rectifier le tir dans « Cartier-Bresson, Allemagne 1945 », le deuxième tome de « Magum Photos », une série de Dupuis consacrée aux grands photographes (le premier tome portait sur Robert Capa).

Comme le laisse présager le titre, cet album prend place durant la Seconde Guerre mondiale. L’action commence en mai 1940, alors que Cartier-Bresson accompagne un bataillon de soldats français dans les Vosges.

Toutefois, il ne restera pas avec eux longtemps. Comme beaucoup de ses camarades, il devient le prisonnier des Allemands qui ne tarderont pas à l’envoyer dans un camp. Heureusement, juste avant son emprisonnement, il a eu le temps d’enterrer son précieux Leica, qu’il retrouvera en 1943, après son évasion.

Cartier-Bresson, Allemagne 1945 se focalise surtout sur les quatre années d’incarcération forcée du photographe. Déjà connu à l'époque pour être un fervent défenseur de la liberté, il n’acceptera jamais sa captivité. Et pour cause, le récit nous montre ses trois tentatives pour se sauver du stalag où il est confiné. Et une chance que la dernière a été gagnante, car les Nazis n’auraient probablement pas supporté un quatrième essai…

D’abord biographique, cet album laisse aussi une grande place aux clichés de Cartier-Bresson. De toute façon, l’un ne va pas sans l’autre. C’est assez difficile d’évoquer la vie d’un photographe sans présenter son oeuvre.

Il faut dire que contrairement à un « vrai » livre, la bande dessinée offre une plus grande liberté artistique. Les auteurs n'ont pas eu de difficulté à intégrer certains clichés de Cartier-Bresson dans les planches, en prenant soin de nous présenter chaque fois le contexte. Nous comprenons mieux pourquoi et comment ces scènes ont été immortalisées.

Le dessin en noir et blanc a d’ailleurs un style très photographique, comme si le crayon de Savoia était le prolongement de la lentille du Leica de Cartier-Bresson. Les couleurs ne nous manquent pas le moins du monde. Ça aurait été même un péché que de tenter de coloriser ces photos.

Enfin, l’éditeur a eu la bonne idée d’inclure un volumineux dossier juste après la bande dessinée. Essentiel à la bonne compréhension du roman graphique, ce dernier comporte plusieurs photos de Cartier-Bresson pleine grandeur, ainsi qu’un dossier riche en détail écrit par Thomas Todd, un spécialiste de Cartier-Bresson. Ce que j’ai aimé faire, c’est de comparer les vrais clichés aux reproductions de Savoia.

Verdict

Quand la photographie rencontre l’histoire et la bande dessinée, ça peut donner de bien belles choses. À mon avis, Cartier-Bresson, Allemagne 1945 en est un parfait exemple. Les historiens, les photographes et les fans de bandes dessinées savoureront chaque page de ce superbe livre.

 

Cartier-Bresson, Allemagne 1945

Jean-David Morvan et Sylvain Savoia

144 pages

Dupuis

 

Cote : 3,75 étoiles sur 5.

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Dupuis

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