Encore cette semaine, j’entendais des gens dire que la bande dessinée n’était pas une vraie forme d’art. Qu’elle était destinée à des enfants qui ne voulaient pas se donner la peine de lire ! J’aurais dû leur présenter « L’indicible », le deuxième tome de « Le rapport de Brodeck » de Manu Larcenet, l’une des meilleures suites et l’un des meilleurs albums à avoir vu le jour cette année. Rien de moins.

Comme bien des lecteurs et des critiques, le premier tome m’avait laissé sous le choc. Nous suivions Brodeck, un homme libéré depuis peu d’un camp de concentration et à qui on avait demandé de rédiger un rapport. Mais pas n’importe lequel. Il devait raconter dans ce rapport les circonstances ayant mené à la mort, voire au lynchage de L’Anderer. Cet étranger était venu s’établir dans le petit village reculé de tout de Brodeck.

Ce deuxième album, toujours tiré du roman de Philippe Claudel publié en 2007, dévoile enfin comment et pourquoi ce triste événement est survenu. Le protagoniste nous livre également ses secrets les plus profondément enfouis. Bref, c’est l’épisode des révélations.

Sans surprise, les thématiques chères à l’auteur sont de retour : la peur de l’étranger et de l’inconnu, la solitude et le regret. Manu Larcenet ne se contente pas toutefois de faire un simple copier-coller du premier tome. Maitrisant totalement ses thèmes, il se les approprie, les réinvente.

Oui, par son style, L’indicible est la continuation logique de L’Autre. Cependant, ce second chapitre fait ressortir des sentiments que nous avions peu ou pas du tout éprouvés lors de la lecture du premier chapitre. L’histoire du pauvre Brodeck finit enfin par nous émouvoir. Et que dire du saisissant dénouement, semblable à celui d’un thriller psychologique, qui nous cloue le bec.

Comme toujours, le bédéiste prend son temps. On tourne les pages sans se sentir pressés. On savoure chacune des cases, lesquelles sont aussi savoureuses que le meilleur chocolat qui soit. Mais même après s’être gavé de 168 pages, on ne ressent aucun signe d’indigestion. On en redemande même! Hélas, c’est déjà la fin…

Si le scénario frôle la perfection, c’est, une fois de plus, le fabuleux dessin en noir et blanc de Manu Larcenet qui vole véritablement la vedette. Les personnages à la mine patibulaire impressionnent toujours autant. Ils semblent sortir tout droit de nos pensées les plus noirs. Il nous arrive souvent de frissonner en croisant leur regard sombre.

Il ne faudrait pas non plus oublier la nature. Le bédéiste nous montre une faune et une flore sauvages et indomptables, que l'on voit peu dans le 9e art. Chacune de ses représentations de bêtes et d’animaux semble avoir été faite par le plus brillant des naturalistes. Sérieusement, c’est magnifique.

Verdict

Ce second tome de Le rapport de Brodeck conclut magistralement cette adaptation du roman de Philippe Claudel. Le solide scénario est appuyé par un dessin tout aussi puissant. Est-il trop tôt pour parler de chef-d’œuvre?

 

Le rapport de Brodeck, tome 2 – L’indicible

Manu Larcenet

168 pages

Dargaud

 

Cote : 5 étoiles sur 5

Source(s) image(s):
Dargaud

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