Écrit en 1948 par Shirley Jackson, « La loterie » est devenue un classique de la littérature américaine. Lors de sa publication originale dans le New Yorker, la nouvelle a fait couler beaucoup d’encre. L’auteure a reçu pendant des années des lettres de lecteurs. Certains essayaient de comprendre le sens de son histoire, alors que d’autres désiraient seulement lui montrer leur mécontentement. Miles Hyman, le petit-fils de la romancière, a eu l’idée d’adapter ce chef-d’œuvre en bande dessinée.

Chaque année, le 27 juin, dans un petit village américain, tous les villageois se regroupent pour l’événement le plus spécial de l’année : la loterie. Chaque chef de famille pige un petit papier blanc. Sur un seul de ces papiers, on retrouve un rond noir.

Mais contrairement aux loteries ordinaires, personne ne veut piger le carton au point noir. Sans révéler le punch, disons simplement que le grand gagnant reçoit un prix qui va le marquer pour le reste de sa vie.

On comprend facilement pourquoi cette histoire a fait scandale à l’époque (elle a même été censurée en Afrique du Sud). En nous présentant un événement « ordinaire » dans le quotidien de gens tout aussi ordinaires, nous nous identifions assez rapidement à ces derniers.

Sauf que lorsque la finale surgit, tel un énorme tigre caché sous les buissons, nous éprouvons un profond dégoût. Terriblement mal à l’aise, nous nous demandons comment nous avons pu penser être pareil à ces villageois. On va même jusqu’à relire les dernières pages de l’album pour être certain qu’on a bien compris ce qui se passe. On est sous le choc. Littéralement!

Je n’ai pas lu la nouvelle, mais Miles Hyman adopte une approche très lente. Il ne se presse jamais. Peu bavarde, son adaptation se concentre sur les gestes des personnages et leurs visages. Généreux dans son dessin, le bédéiste n’hésite pas à prendre une planche ou deux planches entières pour mettre en scène une seule case.

Son rendu photographique est pour sa part impressionnant. Les personnages semblent sortir de vieilles photos que le dessinateur aurait colorées, un peu comme dans Le Dahlia noir, un autre de ses livres, à cette différence qu’ici, le visuel est moins « ligné ».

Ce style très aéré et réaliste, et toujours au service du récit, donne l’illusion que nous nous retrouvons parmi cette foule à assister à cette drôle de loterie. C’est assez singulier, surtout quand on découvre ce que remporte le gagnant... J’en ai encore des frissons juste à y penser.

Verdict

Sous son apparente banalité, La loterie cache un lourd secret qui, lorsque découvert, a l’effet d’un énorme coup de poing en plein visage. Ne vous fiez pas à sa couverture, cet album n’a rien de gentil ou de sage.

 

La loterie 

Miles Hyman

168 pages

Casterman

 

Cote : 4,5 étoiles sur 5

Source(s) image(s):
Casterman

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