BORNES ÉLECTRIQUES

Jonathan Roberge, tu as eu un immense succès avec Fiston cette année. À quoi peut-on s’attendre pour la deuxième saison?
 
Pour la deuxième saison, je continue à faire affaire avec Mathieu Genest pour m’aider avec les textes. Et j’ai aussi un nouveau writer, Pierre-Bruno Rivard, qui venait de gagner « Meilleurs textes d’humour » aux Gala les Olivier pour le spectacle de Maxime Martin. Ça a vraiment cliqué. Il a vraiment mis de très bons gags dans la deuxième saison. Il a vraiment compris le concept qui était de donner des conseils. Plusieurs personnes m’ont envoyé des textes, mais rares sont celles qui ont vraiment compris l’angle de Fiston. Ce qui est important pour moi, c’est « d’expliquer quelque chose à mon fils ». C’est important de garder la ligne conductrice pour le bien du concept.
 
L’ensemble de la série est magnifique. Tu sembles ne rien laisser au hasard. Es-tu un fou du détail?
 
Je suis aussi un maniaque de la facture visuelle et pour la série, je la dois à Jean-Philippe Parizeau et David Gagné. Ils ont fait un travail incroyable. Quand je fais un projet, les gens paniquent des fois parce que je vérifie tout. Rien ne doit être laissé au hasard. Des fois, juste un cadrage, c’est ça qui met tout en valeur. Tout est calculé : si je bois une bière durant la capsule, du vin ou un café, comment je mange un biscuit, le type de dessins sur le frigo, une plante en arrière, la cafetière dans un plan, mon habillement selon le thème, etc. Dans l’inconscient des gens, ça fait une différence. Tout est important pour donner le ton.
 
Les gens ont pu te découvrir dans Contrat de gars, qui était une série plus provocatrice et disons, plus vulgaire. Fiston a un angle complètement différent. On découvre une autre facette de toi. Comment le projet est-il né?
 
À la base, c’était un livre que je voulais écrire. J’ai toujours rêvé d’écrire un livre. Je pense que ça aurait pu être un bon roman, car quand ma blonde est tombée enceinte, j’ai réalisé que tous les livres pour les papas donnaient des conseils de « marde »! Mais solide! Alors c’est venu du fait que je voulais donner des vrais conseils à mon fils. J’avais déjà écrit quelques textes sur le sujet, lesquels j’ai donc adaptés au Web.
 
Il y a quand même eu un clash entre Contrat de gars et Fiston. Est-ce que Fiston était un projet plus personnel contrairement à l’autre, qui était plus osé et risqué?
 
Contrat de gars, c’était davantage une folie d’artistes quand même bien écrite. On travaillait très fort sur les textes. Tout le monde pense que c’est n’importe quoi, mais non. C’était énormément de travail. Y avait de quoi derrière. Mais Fiston, c’était dans l’idée de laisser de quoi comme artiste. Au courant d’une carrière, c’était quelque chose que j’avais le goût de laisser. Mettons que je suis un artiste pauvre toute ma vie, qu’est-ce que je laisse à mon fils? Comme artiste, on veut toujours laisser quelque chose, on veut faire sa marque. J’ai comme mixé les deux. Ma vie, c’est de créer, alors je me suis dit que j’allais créer de quoi pour mon fils. Lorsqu’il aura 15 ans, il va se dire : « fuck mon père est cool! »
 
Fiston, c’est un concept si simple mais tellement efficace. Parle-moi de la réalisation.
 
Premièrement, oui, c’est vraiment tourné dans ma cuisine…
 
Ok, tu as vraiment une belle cuisine pour un pauvre!
 
(Rires) Merci! C’est une très belle cuisine. Je la paye cher aussi (rire en coin). Donc, c’est tourné chez moi et c’est fait très simplet. Même si le projet avait été développé pour la télé, j’aurais voulu que ce soit toujours un plan de caméra sur un gars dans sa cuisine. Il fallait que ce soit comme un gars qui se filme lui-même pour son fils. Ça n'a pas été créé dans l’optique que ça ne coûte pas cher, c’était juste ça le concept. J’aurais pu filmer dans le salon, mais la cuisine, c’est plus familial. Je peux mettre des dessins de mon fils sur le frigo, c’est plus vivant comme pièce. L’idée aussi que le père se place au bout de la table, prépare ce qu'il a le goût de dire, on voit qu’il fait l’effort d’essayer d’être crédible pour son fils. Quand j’écris les textes, je me dis toujours que le « fiston » a un an ou deux. Que le personnage laisse une vidéo en se disant que s’il meurt, il va avoir au moins laissé ça.
 
L’animation aussi crée une belle dynamique dans les capsules. C’est vraiment un bel ajout. Est-ce que c’est toi qui fais tous les dessins?  
 
Moi, je suis un tripeux de Jared Hass, qui a réalisé entre autres Napoleon Dynamite et Nacho Libre. Je suis aussi un gros fan de Flight of the Conchords. Ce sont des personnes qui mettent des dessins dans leur projet et, moi, ça me fait vraiment rire. C’est parfait les dessins pas beaux. Pour la nouvelle saison, j’ai engagé deux dessinateurs parce que je n’y arrivais plus. Y avait beaucoup trop de dessins, je passais des heures à dessiner. Je crois que pour la première saison, j’ai dû passer 40 à 50 heures à faire des dessins. Ils sont vraiment laids, mais tellement bien faits qu’ils deviennent beaux.
 
La vraie maman, elle, elle pense quoi des conseils que tu donnes?
 
(Rires) La vraie maman, logiquement, ne laisserait jamais donner ces conseils-là, mais la vraie maman adore la série. Elle est très critique, je lui fais lire beaucoup de textes avant de les tourner. Elle aime ce que je fais, mais elle n'est pas fan non plus. Par exemple, Contrat de gars, elle trouvait ça souvent plus con que drôle. Fiston vient plus la chercher.
 
Est-ce que tu as montré les capsules à ton fils?
 
Non, il est encore trop petit et certaines sont un peu rough pour son âge. Je ne lui fais pas écouter, mais il sait que ça existe. Parfois, je travaille dans le salon, je visionne les prémontages et une fois, mon fils m’a dit : « ah! c’est papa à la télé, c’est les vidéos que tu fais pour moi ».
 
C’est quoi la différence entre le papa des capsules et Jonathan Roberge?
 
C’est une bonne question. Je suis beaucoup plus sévère comme papa. Je ne suis pas aussi cool que dans mes capsules. Si mon fils un jour abonne son directeur d’école à des revues pornos comme dans mes capsules, man il sait pas à qui y va avoir affaire (sourire). Je suis papa poule, mais autoritaire. La discipline chez nous, c’est super important, parce que moi, je ne suis pas discipliné et lui, je veux qu’il le soit (rire).
 
Tu sembles être très fier de ton fils. C’est un garçon à papa?
 
Oui, je suis très fier de mon fils, c’est un jeune garçon très allumé, curieux et qui parle vraiment bien. Écoute, à un an, il parlait déjà! Il est impressionnant. Mon fils conjugue les verbes mieux que moi! Les parents ont beaucoup à voir dans l’éducation de l’enfant, mais il y aussi sa propre nature. Tu as beau lui montrer à dessiner ou à peindre, s’il n'aime pas ça, il ne le fera jamais. Je suis content parce que vraiment, il a une fibre artistique ultra développée. Il fait de la musique, il joue souvent avec mon ukulele. Je l’adore.
 
Et tu lui dirais quoi s’il te disait plus tard qu’il voulait devenir humoriste?
 
Je lui dirais… Sois un artisan de l’humour et non un humoriste (rires). La compétition est vraiment forte… Bien oui, il fera bien ce qu'il voudra! Mais… Je vais le laisser faire ce qu’il veut.
 
Dans ton cœur, tu voudrais qu’il fasse quoi?
 
(Rires) Ça va paraître con, mais de quoi en histoire, parce que moi je suis un fan d’histoire. Pour vrai, j’ai même pensé dernièrement, si j’avais assez de sous, retourner aux études en histoire et en archéologie. Ma blonde était enceinte que je rencontrais déjà des gens pour faire des placements d’études pour mon fils. Je mets beaucoup, beaucoup, de sous de côté pour ça. Je lui ai écrit une lettre qu’il ne pourra lire qu’à sa première journée d’université : « Dude faut que tu sois un archéologue ou un historien, sinon je ramasse tout le cash, je le mets dans mes REER et je vais m’acheter un voilier à ma retraite ». Si mon fils devient un archéologue ou un historien, je vais tellement trouver ça hot!
 
Ton père, quand il regarde tes capsules de Fiston, il en pense quoi?
 
Il trouve ça drôle! Vraiment drôle! Notre relation a été houleuse pendant quelques années puisqu’on a tous les deux une tête de cochon. Mon père est photographe, j’ai travaillé avec lui longtemps. Mais on a deux caractères forts, alors les deux on veut prendre le lead. La relation a changé aussi avec l’arrivée de mon fils. Grâce à lui, j’ai réalisé ce qu’on fait avec son fils. Ça m’a permis de comprendre ce que mon père ressent pour moi. À partir de là, nous sommes devenus comme deux meilleurs amis. On est allés en voyage ensemble… On a une super belle relation. Dans la saison 3 de Fiston, y a un concept qui vient carrément de mon père.
 
Alors on peut officiellement annoncer une saison 3 à Fiston?
 
Oui, on peut officiellement dire qu’il va y avoir une 3e saison (sourire). J’ai engagé une armée de writers pour m’aider pour la 3e, car je voulais être sûr que ce soit la meilleure série de tous les fucking temps! Ça va s’arrêter à trois. Je pense qu’après 60 capsules, je vais avoir fait le tour. Même si on me proposait le plus gros des montants, je vais finir ça sur une bonne note. C’est un format gagnant et qui sait, la série pourra peut-être revivre à l’international!
 
 

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