BORNES ÉLECTRIQUES

Mardi soir, peu après 23 h, Pauline Marois jubilait au Métropolis de Montréal. Entourée de ses militants, la députée sortante de Charlevoix fêtait non seulement l’élection de son parti au pouvoir, mais aussi sa nomination à titre de première femme première ministre de l’histoire du Québec. Or, elle ne se doutait pas à ce moment que, le lendemain, elle devrait aussi offrir ses premières condoléances à titre de chef d’État à la suite d'un attentat commis par Richard Henry Bain, le présumé auteur d'un attentat visant Mme Marois et ses sympathisants, ayant fait un mort et un blessé.

Depuis hier matin, la valse de questions est commencée. « Dan, t’es criminologue, explique-moi pourquoi il a fait ça. » « Dan, qui a pu faire une telle chose? » « Dan, si j’ai voté PQ et que je parle français, est-ce que je suis en danger ? » Ce ne sont que quelques exemples de questions qu'on m'a posées depuis la perpétration du crime ayant terminé sur une bien mauvaise note une soirée électorale plutôt enlevante.

Or, le danger est justement là. Conclure hâtivement sur les motifs d’un crime nous égare bien souvent loin de la vérité. Par exemple, à peine quelques minutes après l’ébruitement de l’affaire, certains accusaient déjà les étudiants d’être responsables de l'attentat! Dans une plus large mesure, cela peut aussi nous conduire à la paranoïa. Après tout, que savons-nous du suspect qui fut arrêté peu après la perpétration du crime? Souffre-t-il de troubles mentaux? Était-il intoxiqué? Est-il un anglophone ayant une haine viscérale envers les francophones et ayant voulu s’en prendre à l’objet (Pauline Marois) incarnant la défense de la francophonie dans le milieu politique, réalisant ainsi un fantasme meurtrier? Qui peut répondre avec exactitude à ces questions? Personne pour le moment, alors calmons-nous!

Cela dit, il y a tout de même certains éléments que nous pouvons déjà faire ressortir de cet événement afin d’en comprendre les raisons. Premièrement, l’homme a mis le feu à l'une des sorties arrière du Métropolis afin d’en bloquer l’accès, éliminant du même coup l’un des principaux accès à l’établissement. Les policiers ont également confirmé que de l'accélérant avait été utilisé afin d'attiser plus rapidement le brasier. L'homme d'une soixantaine d'années était également bien armé (on a retrouvé un pistolet ainsi qu’un fusil de calibre lourd de type Kalachnikov sur les lieux). Tout cela m'amène à croire que le crime était prémédité. Ensuite, les propos qu’il a crachés aux caméramans à la suite de son arrestation par les policiers (« Les Anglais se réveillent! On va vous rendre la monnaie de votre pièce! ») me laissent penser qu’il s’agit d’un crime de type haineux à caractère raciste. Cependant, il faut encore jouer de prudence sur ce plan puisque, déjà, certains échos font état que Bain souffre de maladie mentale.

La campagne électorale 2012 aura beaucoup fait parler d’elle. Nouveaux partis, allusions constantes de corruption, résultats surprenants des libéraux, élection d’une première femme à titre de chef d’État, défaite de Jean Charest après 28 ans comme député de Sherbrooke; les sujets de discussion n’auront pas manqué et ne manqueront pas concernant cette campagne. Malheureusement, on s’en souviendra aussi comme étant une pièce de théâtre dont la finale aura été une tragédie.

Photo : Le Soleil

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