BORNES ÉLECTRIQUES

Le procès de Tania Pontbriand fait actuellement couler beaucoup d'encre et alimente d'innombrables conversations. Cette ex-enseignante d'éducation physique est en effet accusée d'avoir eu des relations sexuelles avec un jeune homme âgé entre 15 et 17 ans au moment des faits. Selon des faits soulevés lors du procès, le nombre de relations sexuelles entre les deux individus s'élèverait entre pas moins de 200 et 300!

Or, je ne me propose pas de faire l'analyse de ce cas en écrivant ce billet puisque, d'une part, je n'ai pas un portrait d'ensemble de cette situation et, d'autre part, l'accusée demeure innocente jusqu'à preuve du contraire. Je veux plutôt soulever le fait qu'encore une fois, le fait qu'un garçon ait été agressé par une femme soulève une vague de scepticisme au sein de la population quant au bien-fondé de l'accusation.

En écoutant la radio ce matin, j'ai été consterné par certains commentaires que j'ai entendus. En fait, tel que je l'ai soulevé dans un précédent billet concernant les hommes victimes d'abus, notre société conçoit mal qu'un homme puisse être victime d'une agression de la part d'une femme, d'autant plus lorsqu'il s'agit d'une agression sexuelle. L'image de l'homme véhiculée à travers la société est celle d'une montagne de testostérone pensant davantage avec son bas-ventre qu'avec sa matière grise. Ainsi, s'il devient la cible d'une femme désirant avoir des rapports sexuels, cela n'est pas vraiment dommageable puisque, au pire, elle a favorisé son éveil sexuel. De plus, on imagine difficilement qu'un adolescent devenant l'objet du désir d'une femme n'ait pas consenti à avoir des rapports sexuels. En entendant de tels propos à la radio ce matin dans mon véhicule, j'ai été aussi aberré que consterné par ces conclusions et ces jugements que l'on porte envers l'adolescent ayant porté plainte et, dans une perspective plus globale, contre l'homme en général.

Que l'on soit une femme ou un homme, on peut être victime d'une agression sexuelle, et ce, de la part d'un homme comme d'une femme. Nier qu'un adolescent ou un homme puisse être contraint à un rapport sexuel par une femme, c'est se mettre la tête dans le sable et délaisser des individus qui souffrent. Pire, conclure qu'un adolescent soit ainsi éveillé à la sexualité et que cela n'est pas réellement dommageable, c'est entretenir un mythe et isoler davantage les victimes masculines de tels actes. Une agression sexuelle peut entraîner des séquelles très profondes et très souffrantes peu importe le genre de l'agresseur et celui de la victime.

Dans le cas plus particulier de Tania Pontbriand, il se pourrait fort bien que l'adolescent était un individu plus replié et isolé que les autres, en faisant une victime potentielle de choix. Il se pourrait que l'enseignante, si elle a fait preuve d'autorité et qu'elle menaçait le jeune homme, ait contraint ce dernier à avoir des rapports sexuels afin d'assouvir ses fantasmes. Ce ne sont que des hypothèses puisque, comme je l'ai mentionné, je ne connais pas le cas en profondeur et que Mme Pontbriand demeure innocente jusqu'à preuve du contraire. Toutefois, plutôt que de conclure à un service rendu à la sexualité de l'adolescent, il m'est d'avis qu'on doit considérer l'hypothèse contraire selon laquelle il fut peut-être victime de cette femme, au même titre qu'une autre victime d'agression sexuelle.

Une agression sexuelle est un acte non désiré par une victime ayant fait les frais de son prédateur. Le cas de cet adolescent ne fait pas exception à la règle.

Photo : Cyberpresse

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