La saison 2011-2012 des Canadiens, passée sous le joug de Pierre Gauthier, avait été misérable. Les partisans montréalais pouvaient espérer que l'arrivée de Marc Bergevin à la tête du club allait faire oublier le rendement exécrable de Gauthier. Après le sprint de 48 matchs en saison régulière ainsi qu'un bref passage de cinq parties en éliminatoires, le moment est approprié pour dresser le bilan de Bergevin après un an à la barre de l'équipe.

Je serai conséquent avec mes écrits passés, puisque j'avais souligné que le noyau de joueurs qui a permis au Canadien d'obtenir une place en séries a été mis en place par monsieur Gauthier, j'évaluerai davantage les jeunes qui ont percé l'alignement cette saison, ainsi que l'apport des athlètes amenés dans le giron tricolore par le nouveau directeur général.

Bergevin est entré en poste le 2 mai dernier, trois jours plus tard, il procédait à l'embauche de Michel Therrien pour remplir le poste d'entraîneur-chef. L'étape suivante pour le DG recru a été la préparation du repêchage.

Grâce au sacrifice qui restera marqué dans la mémoire collective des amateurs du CH comme le fiasco signé Pierre Gauthier, Bergevin pouvait obtenir le troisième meilleur élément de la cuvée amateur 2013, l'une des plus généreuses en termes de talent depuis une dizaine d'années.

L'architecte du club a ajouté un centre de premier plan à sa formation en mettant la main sur Alex Galchenyuk.

Le directeur général a ensuite greffé trois vétérans à son équipe afin de solidifier la charpente de celle-ci : Brandon Prust, Colby Armstrong et Francis Bouillon.

L'espoir renaissait à Montréal, les partisans avaient hâte à l'ouverture du camp d'entraînement en septembre.

Puis, le lock-out est venu tout gâcher.

Seul point positif : la nouvelle convention collective a donné un outil salutaire à Bergevin, le rachat par amnistie, qui a permis de mettre de côté Scott Gomez.

La nouvelle philosophie s'est imposée d'elle-même
La saison écourtée a bouleversé le calendrier, et du même coup, l'évaluation que les observateurs avaient faite du Tricolore.

À l'instar de plusieurs autres clubs, le Canadien a posé des gestes audacieux dans le cadre d'une campagne compressée qui s'est étonnamment avérée être l'occasion de tenter des expériences.

Pensons à l'exclusion de Gomez, à la mise au rancart de Tomas Kaberle, à l'arrivée de Brendan Gallagher et d'Alex Galchenyuk, ainsi qu'aux nombreux jeunes défenseurs qui ont obtenu une chance de se faire valoir en cours de saison.

Gallagher a été impressionnant, ses 15 buts, assortis de treize mentions d'aide, pour 28 points en 44 rencontres lui ont valu de se retrouver parmi les trois joueurs en nomination pour le trophée Calder.

Si Gallagher pouvait compter sur un gabarit plus solide, il représenterait le joueur tant recherché par le CH. Il a de la fougue, il dérange ses adversaires, il peut marquer et distribuer des rondelles.

Le hic, il mesure moins de cinq pieds, dix pouces et ne fait pas osciller la balance au-delà des 185 livres…

Il peut mettre le feu aux poudres, mais il devra pouvoir obtenir de l'aide et surtout de la protection de la part de ses coéquipiers. Ce fut par moment quasi indécent de voir les adversaires abuser Gallagher le long des rampes, principalement en zone neutre, sans devoir répondre de leurs actes

Le petit ailier est une bombe en territoire offensif, il applique de la pression sur la défensive adverse, mais il doit pouvoir disposer d'espace en zone médiane afin d'atteindre la ligne bleue ennemie.

L'émergence de Gallagher a enlevé un peu de pression à Alex Galchenyuk et ce dernier a profité cette situation pour connaître une excellente première année chez les professionnels. Neuf filets et 18 passes pour un total de 27 points, en plus du meilleur différentiel de l'équipe (+14), en 48 matchs et on se rappellera surtout que la recrue a été trop couvée en n'étant utilisée en moyenne que douze minutes par rencontre!

Le meilleur est à venir dans son cas! Peut-être que le CH aura enfin un vrai premier centre lors du retour du hockey à Montréal en septembre prochain!

Le volet « Défenseur Académie » a également connu un certain succès. Nathan Beaulieu et Jarred Tinordi ont bien paru lorsque le coach a fait appel à leurs services. Greg Pateryn n'a pas mal fait, lui non plus.

Beaulieu n'était pas prêt à faire le saut, mais il a pu acquérir une expérience non négligeable. Quant à Jarred Tinordi, il a un très bel avenir devant lui et le Canadien est déjà un meilleur club avec le géant dans l'alignement, comme en fait foi sa présence lors de cinq matchs éliminatoires.

Bref, le CH était en audition. Et toutes les vedettes en développement l'ont réussie.

Une saison dictée par les impondérables
Le Canadien a déjoué tous les experts en début de campagne et aussitôt les amateurs ont commencé à sentir l'odeur de la Coupe Stanley. Lors des quarante premiers duels, les joueurs du CH ont bagarré ferme.

Sans être complaisant, il faut avouer qu'ils ont surpris toute la LNH!

Bref, Montréal a étonné. Jusqu'à la blessure qui a mis à l'écart Alexei Emelin. Andrei Markov est un fabuleux défenseur, mais il ne peut pas apporter l'impact physique de son compatriote et l'équipe a connu des difficultés sans son autre défenseur russe.

Qu'à cela ne tienne, la preuve était faite que Michel Therrien pouvait préparer son équipe afin de compétitionner avec les meilleurs. Marc Bergevin a fait quelques gestes en cours de route pour tenter d'améliorer son club.

Erik Cole, qui n'allait nulle part, a quitté Montréal et Michael Ryder a effectué un retour. Ce fut à son avantage. Ce dernier menait la colonne des pointeurs de l'équipe avant d'être blessé, Cole n'a jamais décollé à Dallas, lui.

L'ajout de Davis Drewiske fut un n'importe quoi évident et n'a pas même rempli un besoin au sein d'une brigade défensive qui se cherchait.

Yannick Weber a écopé injustement, encore une fois, avec l'arrivée de Drewiske. Soit, Weber est une énigme, mais le Canadien a tout fait pour gaspiller son talent.

L'absence d'Emelin aura permis à Markov d'évoluer avec P.K. Subban, ce qui a aidé de dernier à comprendre son rôle. Subban avec Josh Gorges était impressionnant, une fois jumelé avec Markov, il est devenu la vedette du club!

Voilà pourquoi Andrei Markov peut-être considéré comme un défenseur numéro un dans la LNH : grâce à sa vision du jeu, il rend meilleur son compagnon d'unité! Il l'avait fait avec Sheldon Sourray, Mark Streit et même Mike Komisarek! Il a répété l'exploit cette année avec Raphael Diaz et Subban.

Subban est l'un de seuls joueurs qui a offert une performance à la hauteur des attentes, tant en saison qu'en séries, chez le Canadien. Cela pourrait lui valoir une prolongation de contrat durant la saison morte.

L'avenir se jouera cet été
L'un des aspects les plus troublants du travail de Bergevin fut son incapacité d'ajouter du poids à sa formation à l'approche de la date limite des transactions. Cette réalité a rattrapé le Canadien en fin de calendrier et lui a coûté une présence en deuxième ronde des séries.

Le résultat a confirmé ce que les observateurs objectifs prévoyaient l'automne dernier : le club montréalais dispose de bons leaders, d'une offensive variée capable de produire dans les matchs serrés et d'excellents jeunes athlètes, mais la défensive est molle et instable et elle plie dangereusement l'échine quand l'adversaire sort la carte de l'intimidation.

Donc, pourquoi ne pas profiter de l'éclosion de certains jeunes pour les refiler des joueurs établis aux autres équipes afin ce colmater cette brèche béante à la ligne bleue?

Brian Gionta et Tomas Plekanec sont sous contrat à long terme, ils comptent sur une très bonne réputation au sein de la LNH. De plus, ils constituent tous deux des éléments qui peuvent améliorer immédiatement des équipes.

Même Max Pacioretty pourrait être un appât pour obtenir un arrière capable de succéder à Markov, qui sera encore plus vieux et plus usé l'an prochain…

Oui, Pacioretty! Le même qui a regardé Gallagher se faire varloper toute la saison sans jamais lever son jeu d'un cran, sans jamais s'impliquer davantage…

Carey Price ne sera pas échangé. Il a appris à être le gardien d'une équipe gagnante dans la LNH cette saison, il ne lui reste qu'à parfaire son apprentissage et à découvrir sa façon de voler des matchs!

Sans mentionner que le Canadien a investi tant d'énergie dans son gardien qu'il serait complètement stupide de la part de Bergevin de larguer Price à 25 ans, alors qu'il atteint à peine son apogée.

Plusieurs amateurs retiendront sa fin de saison honteuse et ses séries tout aussi décevantes, mais il ne faut pas écarter de l'équation les blessures qui ont incommodé Price…

Et je crois avoir suffisamment mis l'accent sur les problèmes en défensive pour expliquer les contre-performances au chapitre des buts alloués!

Peter Budaj n'a d'ailleurs pas été en mesure de faire de la magie non plus lorsque le coach s'est tourné vers lui! Son contrat de deux ans viendra-t-il hanter Marc Bergevin?

On peut se poser la même question avec ceux de Travis Moen et David Desharnais

Je vous reviens demain avec une évaluation plus poussée des joueurs. Qui de Desharnais ou Plekanec devrait être sacrifié? Qui partira cet été? Quels jeunes feront le saut l'an prochain?

Cliquez ICI pour accéder au dossier d'évaluation des défenseurs du Canadien. Et ICI pour celui des attaquants.

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