BORNES ÉLECTRIQUES

Ce n'est pas d'hier que les Canadiens ont été habitués à utiliser les postes comme moyen de communication. En fait, ce n'est qu'un an après la Constitution du Canada, en 1867, que le gouvernement créa le Département des bureaux de postes canadiens. Aujourd'hui mieux connu sous le nom de Postes Canada, l'entreprise se voit hantée par de nombreux défis qu'elle peine à surmonter : syndicalisation des employés, problèmes de productivité, modernisation de ses infrastructures et développement des technologies. L'entreprise, ayant pourtant réalisé des revenus de 7,48 milliards de dollars en 2012, se voit faire face à des prévisions pessimistes pour les prochaines années, avec des pertes totalisant plusieurs milliards… Faisant ainsi craindre pire que seulement des chiens pour les facteurs…

L'entreprise a récemment réaffirmé l'importance de la modernisation de ses équipements et du réaménagement de ses processus opérationnels dans sa planification stratégique. Ces investissements permettront, selon Postes Canada, de protéger et d'améliorer leurs services, d'accroître leur compétitivité et de protéger leur viabilité financière à long terme. Malgré des efforts assidus ainsi que des dépenses considérables en ce sens, les résultats ne sont pas au rendez-vous et il semblerait que les efforts de l'entreprise n'ont fait que dissimuler d'autres problèmes, celui des ressources humaines.

Car Postes Canada, c'est le facteur qui passe de maison en maison, distribuant les nombreuses lettres et colis, que ce soit à pied ou en voiture. Dans une ère où l'automatisation des procédés rime plus souvent qu'autrement avec rentabilité, il peut s'avérer difficile pour l'entreprise de faire la refonte de ses procédés, tout en gardant son système de distribution impeccable. Malgré des conditions de travail négociées par un puissant syndicat, l'entreprise se voit aux prises avec des problèmes récurrents de productivité, qui se traduisent plus concrètement par un niveau d'absentéisme très élevé. Par ailleurs, selon une étude de 2004 de l'IEDM, les employés syndiqués de l'entreprise ne travailleraient que 64 % du temps pour lequel ils sont payés, se concrétisant par le fait que l'entreprise doive embaucher plus de personnel qu'il ne le faudrait afin de remplir les charges de travail. Cela a d'ailleurs été un enjeu récent du litige entre les employés et les dirigeants de Postes Canada.

L'entreprise est au fait de ces problèmes de productivité et a tenté plusieurs stratégies pour y remédier. Mais l'a-t-elle fait si stratégiquement? Difficile de dire oui si l'on considère le fait qu'au moins 7 employés de Postes Canada se sont suicidés depuis 2010. Une entrevue anonyme menée auprès d'un employé de l'entreprise, par TVA Nouvelles en avril dernier, lève le voile sur un climat de travail tendu, alimenté par les efforts de réforme de la direction : « Vous n'arrêtez pas de m'écœurer, de me pousser dans le cul. Je n'arrive pas à faire ma job comme avant. La façon de travailler a changé » affirmait-il.

Si l'on regarde concrètement le marché, quelle place reste-t-il pour la populaire enveloppe blanche? Le développement des dernières décennies dans les technologies nous a donné plusieurs méthodes alternatives à l'enveloppe, notamment les courriels, les messages textes, les réseaux sociaux, les paiements électroniques ainsi que les systèmes de facturation en ligne. Selon M. Deepak Chopra, président-directeur général de Postes Canada, l'entreprise devra trouver des produits et services alternatifs dans le domaine de l'électronique, de façon à contrecarrer la hausse de popularité des appareils électroniques tels que les tablettes.

Des économistes ont exprimé des pistes de solution en réponse aux problèmes chroniques de l'entreprise. Selon eux, la libéralisation et la privatisation des services postaux constitueraient une solution idéale pour permettre à l'entreprise canadienne de relever les défis de l'avenir. Leur hypothèse se base sur une étude portant sur une dizaine de pays de la Commission européenne qui ont répondu aux efforts graduels de libéralisation du secteur depuis 1997. On y constate une importante diminution des coûts d'exploitation ainsi qu'une augmentation (représentant parfois même le double) de la productivité de l'entreprise. Tout cela alors que les tarifs ont diminué pour les consommateurs… C'est d'ailleurs le cas de l'Allemagne et des Pays-Bas.

Les récentes nouvelles concernant l'entreprise nous permettent de nous questionner quant à sa gestion. Les nombreux défis auxquels font actuellement face Postes Canada continueront de s'intensifier au fil des prochaines années, ce qui laisse présager des situations conflictuelles grandissantes. Il sera curieux de voir les solutions proposées par les gouvernements fédéraux au cours des prochaines campagnes… Quel rôle aura le facteur au fil des prochaines années?

http://fr.canoe.ca/infos/societe/archives/2013/04/20130401-193905.html
http://argent.canoe.ca/nouvelles/affaires/fin-du-monopole-de-postes-canada-26042011
http://www.lesaffaires.com/imprimer/secteurs-d-activite/gouvernement/le-projet-de-modernisation-de-postes-canada-recoit-l-aval-des-societes-de-credit/516309
http://argent.canoe.ca/nouvelles/affaires/postes-canada-une-premiere-perte-ans-1052012
http://www.ledevoir.com/economie/actualites-economiques/343213/le-defi-de-postes-canada-adapter-l-offre-de-services-a-l-explosion-prevue-du-commerce-electronique
http://www.iedm.org/files/note0511_fr.pdf

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