François Cluzet, que l'on a pu voir récemment dans « Intouchables », revient au grand écran dans le film « 11.6 » alors qu'il tient le rôle d'un voleur de fourgon blindé. Que vaut cette nouvelle production cinématographique française qui arrive au Québec le 5 avril prochain?

Un gars comme les autres qui décide un jour de se venger
 
Basé sur une histoire vraie, 11.6 raconte l'histoire de Toni Musulin (François Cluzet), un homme qui travaille depuis des années comme transporteur de fonds. Tous les jours, il doit risquer sa vie pour livrer à destination plusieurs millions d'euros. Le 5 novembre 2009, il décide de voler 11,6 millions d'euros se trouvant dans son fourgon. Son crime est vite décrit comme la « casse du siècle ». Peu de temps après, il se rend à la police de Monaco, qui l'extrade en France. Là, il est d'abord condamné à 3 ans de prison fermes, mais la décision est infirmée en appel et il doit finalement purger 5 ans d'emprisonnement.
 
Le film de Philippe Godeau propose donc de revivre ces évènements, sans pour autant tenter de répondre à toutes les questions. Car, il faut bien l'avouer, plusieurs questions restent en suspens quand le rideau se baisse.
 
Un anti-héros
 
Le personnage de Toni est tout le contraire du héros ou d'un Robin des bois des temps modernes. Il est renfermé sur lui-même, parle peu, sourit peu et est souvent difficile à saisir. Même son collègue avec qui il partage le fourgon, Arnaud (Bouli Lanners), et sa femme Marion (Corinne Masiero) sont généralement incapables de connaître le fond de sa pensée. Malgré le fait que Toni paraisse toujours calme et en maîtrise de lui, une rage, voire un sentiment de révolte, bouillonne en lui. Il faut dire que l'homme est humilié par son patron depuis des années. Il lui vole des minutes sur sa paye (alors qu'il n'a jamais été en retard en 10 ans de service) et refuse de lui accorder une simple journée de congé pendant l'été.
 
Pour se venger de son employeur, Toni échafaude un plan, certes très simple, mais efficace. Pour ne pas compromettre ses proches, il va tranquillement se distancer d'eux. Bref, il agira seul.
 
Comme mentionné plus haut, ce long métrage ne propose pas de répondre à toutes les questions que l'on pourrait se poser. Il faut souvent se faire ses propres réponses en voyant ce que l'on nous montre à l'écran. Je pense que dans ce film, les gestes, et surtout les silences, sont plus importants que tous les dialogues. À ce propos, François Cluzet se fond complètement dans son personnage. Il offre une prestation déconcertante d'un homme, en apparence, froid.
 
Contrairement à la majorité des films exploitant le thème du vol d'argent, 11.6 ne fait pas du tout dans l'action et la violence. En fait, si vous espériez voir un film d'action, vous allez être déçu. Le réalisateur prend bien son temps pour nous permettre de mieux comprendre ce personnage ambivalent et complexe et l'univers dans lequel il évolue, si bien que l'on pourrait presque dire que le détournement de l'argent et la préparation du crime occupent un espace modeste dans le scénario. En effet, il faudra attendre près d'une heure pour voir Toni passer à l'action. Dans la première heure, les artisans de cette production vont plutôt tenter de nous présenter Toni par ses relations avec son meilleur ami et sa femme, puis par sa façon d'évoluer au travail.
 
Lorsque notre anti-héros décide enfin de passer à l'action, on devient vite étonné par la facilité avec laquelle il dérobe ces 11,6 millions de dollars. On n'entend aucune sirène de police et on n'assiste à aucune poursuite policière endiablée dans les rues d'une ville française. Tout se fait dans le calme et presque dans la nonchalance. À quoi, de toute façon, pourrait-on s'attendre d'un homme qui a de la difficulté à dire plus de deux phrases dans la même minute?
 
Verdict
 
11.6 est tout le contraire du film d'action. Le rythme du film est lent et nous présente un héros qui est tout l'opposé des héros stéréotypés américains. C'est un homme en quête de vengeance qui ne vole pas de l'argent pour s'enrichir, mais tout simplement pour humilier son employeur et l'entreprise pour laquelle il travaille depuis des années. J'en profite pour lever mon chapeau à François Cluzet qui offre une prestation mémorable.
 
Cote : 3,5 étoiles sur 5 

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