BORNES ÉLECTRIQUES

Michel Gondry a décidé de s'attaquer à l'une des œuvres les plus poétiques de Boris Vian, « L'écume des jours », dans un film du même nom. Le long métrage doit prendre l'affiche le 28 juin 2013 chez nous.

« Moi aussi j'exige de tomber amoureux ! »
 
Colin (Romain Duris) est un homme qui semble ne manquer de rien. Il est riche et a des amis. En fait, il y a juste un petit quelque chose qui lui manque dans la vie : il n'a pas connu l'amour!
 
Son dévoué cuisinier et avocat Nicolas (Omar Sy) décide donc, pour lui venir en aide, de l'inviter à une soirée pour lui présenter la charmante Chloé (Audrey Tautou). Immédiatement, c'est le coup de foudre entre les deux. Un malheureux événement viendra toutefois assombrir le tableau…

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De l'absurdité à son meilleur
 
Dès les premières secondes du récit, on se rend vite compte que l'on est dans un univers absurde, voire déjanté. On aperçoit une « usine » où des employés écrivent du texte à la chaîne sur des machines à écrire qui circulent sur un genre de convoyeur. Un peu plus tard, on voit Colin se tailler les paupières en biseaux. Le ton est donné.
 
Malgré cette fantaisie, le monde de L'écume des jours se tient et semble avoir ses propres lois, même si certaines sont très loufoques. Les personnages y évoluent librement et semblent ne pas se préoccuper de l'absurdité de leur univers. Dans une scène, par exemple, ils font quelques pas d'une étrange danse comme si ça paraissait normal.
 
Il faut dire que le film est assez musical. Ce n'est pas une comédie musicale et les chanteurs ne chantent pas de longues chansons. Par contre, il est soutenu du début à la fin par une bande sonore très inspirée. La musique joue un rôle important dans l'intrigue. Pour s'en convaincre, on n'a qu'à évoquer le personnage de Chloé, qui semble être l'incarnation d'un blues de Duke Ellington.
 
Des images merveilleuses
 
Visuellement, le long métrage français est une vraie perle. Même si les effets spéciaux sont moins spectaculaires que dans les grandes productions hollywoodiennes, on prend beaucoup de plaisir à le contempler. Il est par ailleurs rempli d'accessoires complètement fous comme un cube rubique en guise d'agenda ou encore un « pianocktail », qui permet de faire des cocktails au gré des notes que joue le pianiste.
 
Très tôt dans le récit, nous sommes donc bombardés d'images absurdes. Heureusement, cela va bien avec le ton général, qui est plutôt léger et loufoque. Cependant, plus on progresse dans l'intrigue et plus le long métrage perd de sa fantaisie. L'absurdité est toujours là, mais occupe une place moins importante.
 
Si le film commence avec un sourire, il se termine avec le versement d'une larme ou deux. Les belles couleurs laissent, en effet, leur place à la noirceur de la mort et au silence de la solitude. Ce changement de ton s'effectue d'une façon plutôt correcte, même si elle surprend un peu. Entre ces deux phases (la transition du comique au tragique), c'est-à-dire au bout de la première heure du film, j'ai trouvé cependant qu'il y avait une légère baisse dans le rythme. 
 
Une belle distribution
 
Romain Duris brille dans son rôle. Étant sûrement l'homme le plus banal de ce drôle de monde, on éprouve beaucoup de sympathie pour son personnage. Audrey Tautou, de son côté, est moins flamboyante dans son interprétation, mais demeure très convaincante. Les deux comédiens forment un couple attachant.
 
À leurs côtés, on retrouve une distribution solide. Omar Sy, dans le rôle du serviteur, est adorable. Gad Elmaleh, qui incarne Chick, le meilleur ami de Colin qui voue une admiration sans faille à Jean-Sol Partre (allusion à Jean-Paul Sartre qui était l'un des amis de Vian), est celui qui offre la prestation la plus nuancée. Alain Chabat (que l'on a pu voir dans Les gamins) fait même une apparition remarquée.
 
Verdict
 
Adapter une œuvre comme L'écume des jours au grand écran n'était pas une chose facile. Si visuellement le film est irréprochable et franchement original, son scénario, lui, n'est pas parfait. Certains pourraient, en effet, lui reprocher entre autres d'avoir quelques temps morts ici et là. Il importe quand même de préciser que le long métrage de Michel Gondry est loin d'être mauvais. Le réalisateur a le mérite, avec son œuvre, de sortir des sentiers battus et de nous offrir quelque chose d'unique qu'on ne voit que très rarement dans les salles obscures.
 
Cote : 3,5 étoiles sur 5

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