La célébrité peut facilement monter à la tête des gens. Car qui dit célébrité dit aussi argent, pouvoir et influence. Si certains gèrent tout cela de façon exemplaire, d'autres utilisent leur statut à mauvais escient. C'est ce qu'on appelle être une diva, soit faire preuve de caprices et se croire tout permis simplement parce qu'on a connu la gloire. Le jeu vidéo comprend lui aussi sa part de divas parmi lesquels on compte Phil Fish, dont la dernière crise a mené à l'annulation de la suite d'un excellent jeu.

Pour ceux qui l'ignorent, Phil Fish est le créateur de l'excellent jeu de plates-formes Fez. Ce dernier fut louangé par la critique et a connu du succès au niveau des ventes. Pas moins de 200 000 copies du jeu se sont écoulées sur Xbox Live et, en une 48 heures à peine, le jeu de Fish a trouvé 105 000 preneurs il y a quelques semaines sur PC. Fez a aussi remporté de nombreux prix. Bref, grâce à Fez, Phil Fish est devenu une célébrité des jeux indépendants et, en tenant compte de l'excellence du jeu, ce succès était mérité.

Or, c'est justement à partir de ce moment où l'ego de Fish a enflé de façon démesurée. D'un pur inconnu, le créateur a été jeté sous les feux de la rampe et reconnu pour son talent à travers l'industrie. Malheureusement, Fish n'a pas utilisé sa réputation à bon escient. Je ne parle pas ici de la situation survenue avec Microsoft, par laquelle Fish a dénoncé les frais exigés par la firme pour développer une rustine pour un titre lancé sur Xbox Live Arcade de même que le traitement que la firme réserve aux développeurs indépendants. Ça, d'autres que Fish l'ont aussi fait.

Non, je veux plutôt parler du manque de respect que le créateur de Fez a graduellement affiché non seulement envers l'industrie du jeu vidéo, mais aussi les joueurs. Les frasques de Fish sur Twitter se sont accumulées au fil des mois, le développeur n'hésitant pas à cracher son venin sur quiconque le contredisait ou n'était pas de son avis. Pire, il lui arrivait d'insulter des gens gratuitement. D'espoirs que ceux qui n'étaient pas de son avis ne puissent plus jamais jouer à l'une de ses créations jusqu'à des commentaires souhaitant que certains de ses détracteurs se suicident, Fish a acquis au fil des semaines et des mois la réputation d'une diva à qui on devait accorder chacun de ses caprices.

Dernièrement, la situation a été élevée à un autre niveau alors que Marcus Beer de GameTrailers.com a publiquement reproché à Fish son comportement. Beer, qui n'est pas reconnu pour avoir sa langue dans sa poche, a déclaré que les agissements de Fish lui tapaient royalement sur les nerfs et insinuait que l'industrie n'avait pas besoin de ce genre de personnes.

Il n'en fallait pas plus pour que Fish pique une crise dont peu avaient vu les conséquences. En effet, suite aux remarques de Beer, Fish a déclaré que Fez II était annulé et que cette annulation était pour lui permettre de tout bonnement quitter le jeu vidéo. Fish n'a pas pointé les remarques de Beer comme étant à l'origine de l'annulation de Fez II, mais a plutôt dit que cela découlait d'une suite d'événements malsains. Il ne faut toutefois pas être bien malin pour relier les propos de Beer à l'annulation de Fez II, d'autant plus que Fish n'en est pas à sa première crise de diva.

Comprenons-nous bien, je n'ai rien contre le fait d'être direct, voire même « baveux ». Là où j'ai un problème, c'est lorsqu'on démontre clairement un manque de respect, que l'on crache sur n'importe qui puis qu'on reproche aux autres d'être à l'origine de nos décisions déplorables. J'ai aussi un problème lorsqu'on tente de justifier ses crises existentielles par les comportements des autres alors qu'on considère ceux-ci comme des ordures. C'est ce qu'a fait Fish et pour ma part, il est le seul et unique responsable de ce qui lui arrive. Le fait qu'il inspire autant de mépris et qu'il ne soit plus considéré comme le brillant créateur derrière Fez n'est pas l'œuvre des joueurs, de Marcus Beer ou de quiconque d'autre sauf de Phil Fish lui-même. Et s'il devait revenir sur sa décision et que Fez II revenait à la vie, la réputation de Fish de même que sa dernière crise risquent de faire en sorte que bien des gens bouderont le jeu. Bref, le mal est fait.

À force de cracher en l'air, les postillons finissent par nous retomber sur le nez.

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