Notre fête nationale arrive à grands pas. Pour certains, ça veut dire l'arrivée de l'été, pour d'autres, c'est synonyme de festivités, de feux d'artifices, pour un autre groupe, c'est l'occasion d'exprimer un sentiment de fierté, d'afficher ses convictions politiques et pour d'autres, de célébrer la musique québécoise, simplement. À propos, qu'est-ce que la musique québécoise aujourd'hui? Est-ce que tous les artistes du Québec pourraient chanter à la Saint-Jean? Seraient-ils bien reçus s'ils chantaient leur propre répertoire? Doit-on obligatoirement chanter tam-ta-li-da-li-da-li-di-dam ou tam-tam-ti-de-la-li-dam, faire du folk et parler un peu joual pour être un « vrai » artiste québécois?

Exceptionnellement aujourd'hui, plutôt que de proposer une critique musicale ou faire un décompte, nous allons simplement soulever un questionnement à l'approche de la Saint-Jean Baptiste. C'est un sujet délicat, épineux pour certains, mais ça demeure une réflexion qu'on doit avoir, peu importe notre point de vue « émotif » de la chose ou notre allégeance politique.

Soir de fête

Ce qui est certain, c'est que depuis toujours, ou presque, la Saint-Jean, c'est un soir de fête. Certains se réunissent entre amis sur le bord d'un feu de camp, quelques joueurs de guitare d'occasion y allant des chansons qu'ils connaissent, après 365 jours d'attente. D'autres se réunissent dans les fêtes de quartiers, d'autres sont en famille pour aller voir les feux d'artifice proposés par chaque comité de la Saint-Jean dans nos différentes municipalités. Certains se réunissent pour les grands spectacles sur les plaines d'Abraham ou à Montréal, alors que plusieurs regardent ces spectacles à la télévision. Des gens diront que la Saint-Jean est devenue une beuverie, une occasion de boire comme s'il n'y avait pas de lendemain, mais d'aussi loin que je me souvienne, il me semble que ça n'a pas tellement changé... d'ailleurs, me semble aussi que plusieurs ont de la difficulté à se rappeler leurs fêtes nationales...

Il y a aussi toujours des souvenirs mémorables qui se créent chaque année, des anecdotes qui seront racontées pour les 10 ou 20 années suivantes, comme un ami « légèrement en boisson » qui tombe dans un feu de camp, l'autre qui se réveille le lendemain dans une tente avec des gens qu'il ne connaît pas; bref, tout le monde en a de ces histoires, n'est-ce pas?

Questionnement

Cela dit, de plus en plus, tout évolue, mais pas nécessairement en ce qui concerne la Saint-Jean. De fait, on a parfois l'impression que cette fête est restée prisonnière des années 70 et qu'elle n'est pas très inclusive. On dit qu'il s'agit de la fête nationale des Québécois, vraiment? De TOUS les Québécois? Est-ce qu'en musique, TOUS les artistes du Québec sont considérés comme Québécois et pourraient y chanter leur répertoire?

Quand on pense Saint-Jean, on pense d'abord Vigneault, Piché, Beau Dommage, Harmonium, Charlebois, Ferland, Séguin, Offenbach, Gerry et, bien sûr, le grand Plume pour ne nommer que ceux-là. Mais qu'en est-il des autres? Qu'en est-il des autres genres musicaux... et dans d'autres langues?

Bon, bien entendu, lors des dernières décennies, d'autres noms se sont ajoutés : Les Colocs, Jean Leloup, Marjo, Les Cowboys Fringants, Marie-Chantal Toupin, Éric Lapointe (surtout grâce à Bobépine...), Vincent Vallières, Mes Aïeux, Loco Locass, Arianne Moffat et j'en passe encore.

Mais je pense que vous voyez où je veux en venir. Il y a beaucoup d'artistes qui chantent en français, sont Québécois, mais qu'on n'entend jamais, pourquoi? Parce que leur style est différent? Parce qu'on ne les associe pas aux racines traditionnelles? Parce qu'ils sont trop pop? Parce que leur musique n'est nullement inspirée par le folk? Je ne nommerai personne, car il y en a beaucoup trop qui se trouvent dans cette situation.  

Et si on pousse plus loin pour le plaisir, un artiste Québécois, né ici chez nous, mais qui fait carrière en anglais et qui nous représente, qui représente le Québec aux quatre coins du monde, peut-il être invité à chanter à la Saint-Jean? Peut-il chanter ses chansons en anglais? Bon, voici comme ça quelques noms au hasard : Arcade Fire, Simple Plan, Céline Dion, etc. Qui dicte les règles?

Est-ce que la Saint-Jean est une commémoration de 1 fois 5 pour toujours, une fête pour se rappeler l'esprit qui régnait dans les années 70 à tout jamais? Est-ce que la Saint-Jean-Baptiste est la fête d'une option, d'une conviction politique? Est-ce vraiment une fête inclusive de tous les Québécois?

Je m'explique avec une mise en situation en conclusion. Un Québécois de souche, né à Québec, mais qui ne s'identifie pas au folk, qui ne parle pas joual, qui ne se sent pas interpellé par la ceinture fléchée, qui n'est pas séparatiste, mais qui adore sa langue, qui la possède et qui l'écrit bien, mais qui préfère écouter Arcade Fire à Paul Piché (mais qui n'a rien contre celui-ci faut-il préciser), qui ne trippe pas trop politique mais qui veut fièrement représenter le Québec, où se situe-t-il à la Saint-Jean, est-il inclus? Et on pourrait dresser plusieurs portraits comme ça, sans oublier le Québécois anglophone, né ici, qui parle aussi très bien le français, ça se peut...

L'idée derrière ce texte n'est pas d'offusquer personne dans ses convictions, mais simplement de soulever une réflexion, d'abord sur la musique. Je crois qu'il y a un pas à faire dans ce sens et que tous les styles et artistes d'ici devraient pouvoir célébrer le Québec en présentant leur matériel respectif. Dans un deuxième temps, ce texte peut nous faire réfléchir à des façons de rendre simplement plus inclusive, pour tous les Québécois, la fête nationale du Québec. Ce n'est que mon opinion, remarquez bien.

BONNE SAINT-JEAN !


Commentaires