Statistique Canada a déposé cette semaine son plus récent rapport concernant la criminalité au Canada. Le constat est frappant : le taux de criminalité (nombre de crimes par 100 000 habitants) est à son plus bas au pays depuis le début des années 70! Concrètement, il s'est commis 77 000 crimes de moins en 2010 qu'en 2009. Il s'agit donc d'un rapport optimiste donnant un solide coup aux mesures répressives mises en place par le gouvernement Harper afin de contrer la criminalité.

Quelques types de crimes violents ont notamment connu une baisse importante. Ainsi, le nombre de tentatives de meurtres a chuté de 14 % pour atteindre un creux qui ne s'est pas vu depuis 1977. Le nombre de meurtres a aussi diminué de façon importante. En fait, il n'y a jamais eu aussi peu d'homicides au Canada depuis le milieu des années 60. La criminalité chez les jeunes a aussi diminué de 6 %, tandis que la gravité des crimes commis par les 12-18 ans a chuté de 7 %.

Par ailleurs, les vols d'autos ont chuté de plus de 37 % en cinq ans au pays. Même s'il se vole en moyenne une voiture toutes les 21 minutes et que 24 410 véhicules ont été rapportés volés l'an dernier, les solutions mises en place par les propriétaires de voitures, les policiers ainsi que les constructeurs d'automobiles (identification des pièces, leurres dans les stationnements, installation d'immobilisateurs, etc.) semblent porter fruit.

Malgré tout, certaines formes de crimes ont connu une hausse. Ainsi, les crimes reliés à la pornographie juvénile ont grimpé de 36 %, tandis que ceux reliés aux infractions relatives aux armes à feu ont bondi de 11 %. Notons aussi une hausse de 5 % en matière de harcèlement criminel et d'agressions sexuelles. D'ailleurs, à Montréal, il y aurait eu 81 agressions sexuelles de plus en 2010 qu'en 2009, soit une hausse de 7,5 %.

En soi, les hausses de ces types particuliers de crimes ne sont pas étonnantes. En fait, il ne faut pas nécessairement croire qu'il y a plus de crimes de ce genre qui sont commis, mais tout simplement qu'ils sont davantage rapportés à la police. En effet, Statistique Canada base ses données sur les crimes rapportés à la police. Ainsi, si un crime est commis, mais pas signalé, il ne sera pas compilé. Puisqu'il y a énormément de sensibilisation et de campagnes afin de dénoncer le harcèlement criminel et les agressions sexuelles, les hausses observées pour ces crimes ne sont pas surprenantes.

Rappelez-vous seulement du cas de Nathalie Simard. À la suite de la médiatisation de son histoire, une hausse a été observée dans le nombre d'agressions sexuelles rapportées puisqu'on encourageait les victimes à dénoncer leurs agresseurs. Lorsqu'un cas est fortement médiatisé ou lorsque le gouvernement fait d'un type particulier de crimes son cheval de bataille (le gouvernement Harper traque notamment avec une grande férocité les délinquants sexuels et les pédophiles), une hausse de ces crimes s'observe généralement par la suite.

Aussi, je tiens à souligner que ces données ne présentent pas un portrait très précis ni juste à 100 % de la réalité. Le taux de criminalité est la mesure la plus fiable et précise qu'on ait en ce moment, mais il n'en demeure pas moins qu'il se base sur les crimes rapportés à la police. Selon les rapports de victimisation des dernières années, environ 70 % des crimes ne seraient pas signalés, souvent par crainte de représailles, par peur de ne pas être pris au sérieux par les forces de l'ordre ou parce que le conflit se règle autrement entre les parties. Le chiffre noir de la criminalité (crimes non rapportés) demeure un élément qu'il faut garder en tête lorsqu'on consulte les données sur la criminalité au pays. Il y a certes une baisse marquée de la criminalité au Canada depuis les dernières années, mais il y aura toujours des crimes qui demeureront inconnus des policiers et, donc, cachés aux yeux du public.

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