La musique du temps de la Révolution française est plus riche que ce qu'on pourrait le croire. Le compositeur Étienne Nicolas Méhul (1763-1817) en est un bon exemple. Mathieu Lussier et l'ensemble Les Jacobins ont décidé de lui consacrer un disque pour tenter de sortir des oubliettes cet artiste français bourré de talents.

Méhul s'est d'abord fait connaître à l'opéra où on a rapidement reconnu ses qualités de symphoniste. Par contre, ce sont ses œuvres patriotiques qui ont évité que son nom soit totalement effacé des manuels d'histoire.
 
Le disque Méhul : Le Chant de départ reprend le meilleur des deux mondes. En effet, on y retrouve des pièces issues de l'art lyrique comme Mélidor & Phrosine, Stratonice et Ariodant, mais aussi plusieurs hymnes comme le fameux Chant du départ. Rappelons que ce morceau a été l'hymne officiel du Premier Empire. Ce n'est pas rien!
 
Les Jacobins, c'est qui?
 
Avant d'aller plus loin, il est peut-être opportun de présenter Les Jacobins. Il s'agit d'un projet composé de huit musiciens avec, à leur tête, le basson Mathieu Lussier. Les sept autres musiciens sont Anne Thivierge (flûte), Washington McClain (hautbois), Jane Booth (clarinette), Jean-François Normand (clarinette), Jean-Philippe Marsolais (cor), Louis-Pierre Bergeron (cor) et Lise Millet (basson).
 
Certains pourraient se demander où sont passés les violons et autres instruments de la famille des cordes. Il n'y en a pas puisque cet ensemble est un octuor à vent.
 
Ainsi, les musiciens ont dû procéder à l'arrangement des six ouvertures pour qu'elles puissent être interprétées par leur formation. Je vois déjà les puristes crier au scandale.
 
Personnellement, je ne suis pas un fan des arrangements, mais rappelons tout de même que c'était pratique courante à l'époque. On ne pouvait pas trimbaler partout un orchestre symphonique composé de dizaines de musiciens. Les compositeurs arrangeaient donc leurs œuvres pour qu'elles puissent être écoutées par un plus grand nombre de spectateurs.
 
Heureusement, les ouvertures ont été ici très bien arrangées. J'irais même jusqu'à dire que l'on a l'impression, en écoutant ce disque, de se retrouver baigné dans le Paris de la fin du 18e siècle. C'est fascinant!
 
Un programme riche et varié
 
La première œuvre au menu, Mélidor & Phrosine, a été bien choisie. Elle est solennelle et pleine de grâce. En l'écoutant, on a presque l'impression qu'on est en train d'attendre un personnage important, comme un monarque ou un empereur.
 
Ma pièce favorite est sans aucun doute La Chasse du jeune Henri. C'est la plus longue du disque; elle dure plus de 11 minutes. Comme son nom l'indique, elle décrit musicalement ce qui se passe pendant une partie de chasse. J'ai particulièrement apprécié les appels de cors. J'en frissonnais presque.
 
Les instruments à vent, surtout les cuivres, sont surtout reconnus comme mettant de la vivacité et certains pourraient penser qu'ils ne sont pas capables de grâce. Évidemment, cela n'est pas du tout vrai. Des ensembles à vent, comme celui-ci, sont également capables de délicatesse, comme en témoigne d'ailleurs le quatrième morceau, Stratonice.
 
La deuxième partie du disque est consacrée à quelques hymnes écrits par Méhul. C'est décidément la meilleure section de l'album. Durant souvent moins de trois minutes, les hymnes sont joués à la perfection. C'est comme si Les Jacobins connaissaient ce répertoire depuis des années. On dirait presque qu'ils arrivent du 18e siècle tant leur jeu est précis et adéquat pour ce genre d'œuvre.
 
J'aimerais par ailleurs souligner leur interprétation pleine de sérénité de l'Hymne pour la fête des époux.
 
Le disque se termine par Le Chant du retour, qui est en quelque sorte une danse joyeuse.
 
Verdict
 
Les Jacobins se décrivent avant tout comme un projet plutôt qu'un ensemble sérieux. Il faut dire que les membres proviennent de milieux différents. Malgré cela, ils ont pu établir entre eux une complicité solide leur permettant d'aborder, avec toute l'attention requise, des genres et des styles boudés par les grands orchestres. Ce disque consacré à Méhul en est l'exemple parfait.
 
Note : 7,5 sur 10
 
Merci à Atma Classique de nous avoir permis d'écouter ce disque.

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