BORNES ÉLECTRIQUES

Dans beaucoup de bandes-annonces et dans le domaine publicitaire, les narrateurs sont majoritairement des hommes. Dans son film « In a World », Lake Bell a voulu explorer cet aspect qui, vaut-il la peine de le préciser, n'a pas encore beaucoup été traité dans le monde du 7e art.

Une pionnière
 
Ce qui m'a plu dans In a World, c'est que même si c'est une comédie, le film aborde des thèmes sérieux comme le sexisme et le féminisme. Je dois avouer, non sans honte, qu'avant d'avoir vu ce long métrage, je ne m'étais jamais réellement demandé pourquoi on prenait presque juste des voix masculines pour faire la narration.
 
In a World ne souhaite pas non plus répondre directement à cette question. Il met plutôt en scène une coach vocale, Carol Solomon (Lake Bell), qui vit encore chez son père Sam Sotto (Fred Melamed), une sommité dans les voix hors champ. Sa vie prend un nouveau tournant lorsque son paternel décide de la mettre dehors du domicile familial pour y installer sa jeune petite amie (Alexandra Holden).
 
Avec les encouragements de l'ingénieur du son Louis (Demetri Martin), elle décide de braver le sexisme qui fait rage dans l'industrie et de devenir le voix de la prochaine génération. Ça ne fait pas l'affaire de son père ni de Gustav Warner (Ken Marino), le bad boy de l'industrie.


 
Les femmes oubliées de l'industrie?
 
Le titre du film est un clin d'œil à Don LaFontaine, un acteur qui aurait doublé plus de 5 000 bandes-annonces. Il est mort en 2008. Certains le surnommaient « Le roi des bandes-annonces de films » ou encore « La voix de Dieu ». L'une de ses formules célèbres était « In a World ». En fait, elle a tellement été utilisée qu'elle est devenue un cliché.
 
De nos jours, lorsqu'on pense à des emplois où les femmes sont moins présentes, on pense en premier à des métiers « plus physiques » comme la construction. Par contre, il existe encore beaucoup de secteurs où les femmes sont sous-représentées et qui ne nécessitent pas pourtant d'avoir des gros bras.
 
Sous ses airs de « film léger », In a World nous montre qu'il reste encore beaucoup de travail à faire. Mais comme je l'ai dit, le récit de Lake Bell a le mérite de divertir son public. La majorité des blagues et des gags sont d'un niveau plus élevé que ceux de la concurrence. Sans être particulièrement recherchées (on ne tombe pas non plus dans les blagues scatologiques), elles ont le mérite de nous faire rire presque chaque fois.
 
L'un des meilleurs exemples est lorsque Carol se réveille dans une pièce « secrète » après avoir fait l'amour et qu'elle tente, tant bien que mal, de sortir de la salle sans réveiller l'homme qui dort à côté d'elle. Il n'y a rien de nouveau ici, mais la façon originale dont la scène nous est présentée (et le jeu convaincant de la comédienne) provoque en nous immédiatement des fous rires.

Lake Bell, qui signe également le scénario, a aussi installé une belle dynamique familiale. En plus du père, on retrouve la sœur Dani (Michaela Watkins) et son conjoint (Rob Corddry). Leur couple va être éprouvé. Pour ne pas vous gâcher la surprise, je n'évoquerai pas la cause ici.

Toutefois, j'ai adoré la relation qu'il y avait entre le père et la fille; assurément l'un des points les plus réussis. Le père est si égoïste qu'il est prêt à nuire à sa fille pour ne pas perdre sa place dans l'industrie. On assiste à un bel affrontement entre les deux (on n'est pas non plus dans La guerre des étoiles…).

Verdict
 
In a World montre qu'une comédie ne doit pas forcément être stupide pour plaire. Si vous en avez marre des grosses comédies insipides qui mettent l'accent sur les blagues de pipi-caca, allez voir ce long métrage. Une vraie petite perle.
 
Cote : 4 étoiles sur 5

In a World prend l'affiche le 16 août prochain à Montréal au cinéma Cineplex Forum.

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