L'abus dont sont victimes les hommes, qu'il soit psychologique, physique ou sexuel, est tabou. Ce n'est pas une opinion que j'émets, mais bien un fait. Très peu d'hommes osent en parler et encore moins savent où s'adresser afin de demander de l'aide, vivant dans une société où l'abus de l'homme est tout bonnement difficile à réaliser. Pourtant, ce phénomène existe et il est important de non seulement en parler, mais aussi de le démystifier.

Selon les données du Centre d'aide aux victimes d'actes criminels (CAVAC), un homme sur six est victime d'agression sexuelle avant d'avoir atteint l'âge de 18 ans. Pire, un homme sur trois affirme avoir subi des gestes non voulus à caractère sexuel durant sa vie. C'est énorme quand on pense que 17 % des hommes ont été victimes d'agressions sexuelles avant d'avoir atteint la majorité et que 33 % affirment avoir été violés.

Par ailleurs, selon des études nord-américaines datant de 2006 et 2007, de 8 à 10 % des hommes sont victimes de violence conjugale. De plus, une autre étude nord-américaine affirme qu'en 2006, 31 hommes sont morts après avoir encaissé les coups de leur conjointe violente!

Pourquoi parle-t-on aussi peu de ces agressions envers les hommes? Pourquoi, lorsqu'on parle d'agressions, pensons-nous automatiquement aux femmes victimes? Même lors de formations axées sur le phénomène criminel et les conséquences d'actes criminels, on a très peu parlé de ces hommes victimes, tant dans mes cours universitaires que dans les formations auxquelles j'ai assistées. Et les raisons sont bien simples...

En fait, comme je l'ai mentionné, nous vivons dans une société où l'abus envers une femme est bien plus facile à imaginer qu'envers un homme. Même si les conséquences sont semblables d'un sexe à un autre, on a peine à imaginer qu'un homme puisse être violenté, peu importe comment. De ce fait, plusieurs hommes n'osent pas avouer qu'ils sont victimes, par peur de se faire ridiculiser. À cela s'ajoute la culpabilité ressentie après avoir été victime d'une agression, cette honte à l'effet de ne pas s'être défendu, d'avoir « accepté » l'agression tout en devant vivre avec ce corps que l'on perçoit, parfois, comme l'objet de sa souffrance. Vivre en ayant été agressé est très difficile, mais l'avouer l'est également, surtout en tant qu'homme.

À tout cela s'additionnent les nombreux mythes auxquels les hommes sont confrontés. Car des mythes sur les agressions envers les hommes, il y en a, aussi puérils et pathétiques puissent-ils être. Par exemple, l'un des mythes les plus répandus est qu'un homme ne peut être victime d'une agression sexuelle ou physique puisqu'il est plus fort et qu'il n'a qu'à se défendre, surtout si l'agresseur est une femme. Or, ce ne sont pas tous les hommes qui peuvent ou veulent se défendre. Et si, effectivement, l'homme se défend, que croyez-vous qu'il se passera? L'homme frappera la femme, la femme portera plainte et il y aura une forte probabilité que l'on croit la femme victime de violence conjugale. Du coup, l'homme risque de faire face aux tribunaux et à une sanction pénale. Cette réflexion, elle doit sans aucun doute traverser l'esprit de nombreux hommes victimes d'abus. Dans ces conditions, comment ne pas se sentir délaissé et désabusé ?

Je salue ces hommes qui osent briser la barrière du tabou et avouer l'abus dont ils sont victimes. Je salue leur courage qui aide à fracasser des mythes que la société entretient sur ce sujet. Je salue leurs efforts afin d'avouer que comme quiconque victime d'un abus, eux aussi souffrent. L'agression n'a pas de sexe, ne l'oublions jamais.

D'autres articles sur ce sujet paraîtront dans le futur afin que nous puissions réaliser l'ampleur et les impacts de cette problématique. Qui sait, peut-être ouvrirons-nous les mentalités et briserons-nous ensemble les mythes nourris par ceux croyant que l'agression sous toutes ses formes ne fait pas de victimes chez la gente masculine.

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