L'excision du clitoris se pratique surtout dans les pays d'Afrique. Malgré le fait que cette pratique soit interdite, dans la plupart des États du monde, certaines femmes subissent encore cette mutilation. Elles seraient près de 2 millions par année, alors que plus de 100 millions de femmes auraient été excisées. « Les manèges humains », le premier film subventionné de Martin Laroche, raconte justement la vie de l'une de ces femmes.

Une image intimiste
 
M. Laroche n'est pas le premier à toucher à ce sujet délicat. Par contre, contrairement à ce qui a été fait auparavant, le réalisateur et scénariste a voulu montrer une image beaucoup plus personnelle et intime des femmes qui doivent vivre tous les jours avec cette mutilation.
 
Les manèges humains raconte l'histoire de Sophie (Marie-Evelyne Lessard), une jeune femme d'origine africaine qui est arrivée au Québec quand elle était toute jeune. Maintenant dans la vingtaine, elle travaille dans un parc d'attractions ambulant pour rembourser ses prêts et bourses.
 
Apprenant qu'elle vient d'obtenir un baccalauréat en cinéma, son patron lui demande de faire un petit documentaire sur son entreprise qui pourrait éventuellement lui servir de publicité.
 
Comme dans un vrai documentaire, on voit tout ce qui se passe par les yeux du caméraman, dans ce cas-ci de Sophie. La plupart des scènes sont donc filmées en caméra sur l'épaule. Si au début, elle fait vraiment son travail en filmant la vie du parc, elle va rapidement se détourner de son chemin et capter la vie privée de ses collègues et, par ricochet, la sienne. 
 
On apprend assez vite que Sophie a subi une excision quand elle avait quatre ans. Jusque-là, elle avait plutôt réussi à cacher son secret en ayant toujours refusé de faire l'amour avec les hommes qu'elle fréquentait.
 
Sa rencontre avec son collègue Frédéric (Marc-André Brunet) lui fait, petit à petit, commencer à changer d'idée. Elle aimerait bien passer à l'étape supérieure avec lui, mais ce n'est pas aussi facile qu'elle le pensait. Ses vieilles blessures ne sont pas encore tout à fait cicatrisées.
 
Entre documentaire et fiction
 
En ayant adopté l'approche du documentaire-fiction, le réalisateur nous permet d'entrer beaucoup plus facilement dans le scénario et de vivre ce que ressent Sophie. On en oublie presque par moment que c'est de la fiction.  
 
Beaucoup de scènes se déroulent en tête-à-tête. Elles prennent souvent la forme de questions-réponses, comme dans un vrai documentaire. Le rythme du film est par conséquent plutôt lent. Certaines scènes sont assez longues, mais, heureusement, elles passent très bien à l'écran. Le jeu des acteurs y est pour quelque chose. À ce propos, Normand Daoust est tout simplement époustouflant dans son rôle.
 
On ne va pas voir Les manèges humains pour rire un bon coup. C'est vrai que certains dialogues font sourire, mais bien souvent, on ressent un malaise en voyant Sophie se préparer du mieux qu'elle peut à sa première relation sexuelle avec Frédéric. Malgré cela, le scénariste ne fait pas l'erreur de tomber dans le sentimentalisme et la lourdeur.
 
Verdict 
 
Les manèges humains nous fait voir d'un œil nouveau cette abomination qu'est l'excision. On se rend vite compte que même si elle est pratiquée toute jeune, cette mutilation peut avoir des répercussions à long terme sur la vie de la victime. Même si sa nouvelle production est parfois difficile à regarder, on peut dire que Martin Laroche a atteint son objectif en réussissant à dénoncer cette pratique barbare de façon audacieuse. 
 
3,5 étoiles sur 5.

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