Cette année marque le 70e anniversaire de la mort de Camille Claudel, l'une des plus grandes sculptrices de tous les temps. Pour lui rendre hommage, le réalisateur français Bruno Dumont a décidé de consacrer sa dernière œuvre à la vie de cette grande artiste : « Camille Claudel, 1915 ». Le film prend l'affiche ce vendredi.

Trois jours importants
 
La date dans le titre est très importante. En effet, Camille Claudel, 1915 n'est pas à proprement parler une biographie complète de la sculptrice. Le réalisateur a préféré se concentrer sur une toute petite période de la vie de l'artiste.
 
L'action se déroule ainsi en 1915 pendant trois jours d'hiver. Camille Claudel (Juliette Binoche) est internée à l'asile d'aliénés de Montdevergues et attend son frère, le poète Paul Claudel (Jean-Luc Vincent), qui est censé lui rendre visite dans quelques jours. Son internement psychiatrique a commencé en 1913 et s'est terminé en 1943, l'année de sa mort.
 
Donc, le long métrage se concentre sur l'un des moments les plus sombres de la vie de cette femme. Elle n'a plus de relation avec Auguste Rodin et ne sculpte plus. Elle erre sans but précis dans les couloirs et les cours extérieures de cet établissement de soins. Elle rêve de retourner à Paris et de revoir les siens, ce qui, malheureusement, n'arrivera jamais.


 
Austère, mais beau
 
Camille Claudel, 1915 nous offre un portrait unique d'une période de la vie de cette artiste, mais également des gens souffrant de maladies mentales que l'on plaçait en institution. Dès les premières secondes, on découvre toute l'austérité qui régnait dans cet établissement; les chambres sont peu meublées (tous comme le reste d'ailleurs), les murs semblent froids et peu accueillants, tandis que tous sont habillés de noir ou de gris.
 
En revanche, la direction photo du film est irréprochable, alors que la mise en scène est épurée. En fait, chaque plan possède un souci du détail que l'on ne voit que trop peu au cinéma. Tout semble avoir sa place, que ce soit les personnages jusqu'à la simple fourchette. Camille Claudel, 1915 offre donc tout un paradoxe : réussir à nous émerveiller avec des images austères et froides.
 
Les religieuses ne semblent pas particulièrement méchantes. Elles sont même plutôt attentionnées avec les pensionnaires, quoiqu'un peu froides. Bruno Dumont n'a pas voulu nous montrer une quelconque forme de maltraitance provenant du personnel chargé de s'occuper des patients.
 
Cela ne veut pas dire pour autant que c'est le paradis. Très tôt, on sent que les pensionnaires auraient besoin d'un encadrement supplémentaire, voire simplement d'un traitement quelconque. Le meilleur exemple est lorsque Camille Claudel rencontre le médecin de l'hôpital. Elle se vide le cœur (merveilleux monologue de Juliette Binoche) et tout ce que le docteur trouve à lui dire, c'est qu'ils vont se revoir la semaine prochaine.
 
Juliette Binoche porte littéralement le film sur ses épaules. Elle s'exprime souvent davantage par son visage que par ses mots. Et c'est d'ailleurs de là que provient la force de son interprétation. Très vite, nous ressentons de la sympathie pour elle et nous nous demandons ce qu'elle fait entourée de gens qui semblent être bien plus mal en point qu'elle. Il serait, à ce propos, injuste de ne pas parler du travail exceptionnel fait par les autres pensionnaires.
 
Verdict
 
Bref, avec Camille Claudel, 1915, Bruno Dumont accomplit ce que peu de réalisateurs sont capables de faire : nous émouvoir au plus haut point avec une simplicité déconcertante. 

Cote : 4 étoiles sur 5

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