BORNES ÉLECTRIQUES

Tous les médias en parlent. Non, pas de l'horrible guerre civile en Syrie qui a déjà fait plus de 100 000 morts, mais plutôt de Miley Cyrus au MTV Video Music Awards.

Lui était habillé comme Bételgeuse et elle, à peine habillée, se penchant devant lui, simulant une pénétration par l'arrière pendant qu'il chantait son succès de l'heure, Blurred Line. L'ex-idole de millions de jeunes qui incarnait jusqu'à tout récemment le personnage d'Hannah Montana, sortant sa langue pendant l'acte, puis se servant d'une main géante en mousse utilisée dans les matchs de sport signifiant le chiffre 1 de l'index, Miley l'a d'abord frotté sur son sexe et l'a ensuite glissé dans son entrejambe dans un mouvement de va-et-vient comme s'il s'agissait d'un énorme pénis. Il n'en fallait pas plus pour enflammer les réseaux sociaux avec près de 5 millions de mentions rien que sur Twitter et plus de 8 millions de vues sur Youtube. Les médias du monde entier en ont parlé, mais surtout les ventes de disques des deux artistes, 48 heures plus tard, se classaient en 2e et 4e positions des ventes de simples sur iTunes.

Comment faire lever le gâteau?

La recette est connue, la formule est éprouvée, il ne manquait que le moment approprié pour s'en servir et les MTV Music Video Awards ont toujours été une tribune de choix. Du baiser entre Madonna et Britney Spears en passant par les prestations sulfureuses de Rihanna et la fameuse robe de viande de Lady Gaga, ces soirées diffusées dans le monde entier servent de pubs monstrueuses si l'on sait en tirer parti. Si le sexe fait vendre, le scandale fait vendre encore plus et les machines promotionnelles derrière ces artistes le savent mieux que quiconque. La séquence choquante avec Miley Cyrus, qui n'a duré que 17 secondes, se traduira au cours des semaines, des mois et des années à venir par des millions de dollars en retombées. Si certains condamneront la jeune dévergondée de 20 ans, d'autres applaudiront son audace, mais tous, et c'était le but de l'opération, parleront de ce qu'elle avait fait au VMA en 2013.

Blurred Line… Où tracer la ligne?

Déjà la vidéo de Robin Thicke de cette chanson, en format non censuré, était d'un goût douteux puisque les femmes aux seins nus qui y apparaissent sont très accessoires; la chanson en elle-même, musicalement, n'en n'avait nullement besoin. Elle est d'ailleurs un véritable ver d'oreille. Si vous êtes comme moi et que la musique l'emporte sur les mots, sachez que les paroles de celle-ci n'y vont pas de main morte en matière sexuelle et font même à certains moments référence à la drogue. (Traduction en français) « Une chose que je te demande. Laisse-moi être le seul, ramène ce cul Yo, de Malibu, à Paris chérie. Ouais, j'ai eu une salope, mais elle n'était pas aussi canon que toi. Alors fais-moi de l'effet quand tu passes. Je te donnerai quelque chose d'assez gros pour avoir ton cul en deux. » Ironiquement, la chanson s'intitule Blurred Line (ligne floue) et c'est justement la question que cette prestation et les paroles de cette chanson soulèvent. Où l'industrie de la musique tracera-t-elle la ligne entre ce qui est provocant et carrément déplacé? Si on la laisse décider d'elle-même, on n'a pas fini d'en voir des vertes et des pas mûres, car pour ces gens, la fin (lire la faim) justifie tous les moyens!

Vendre son âme ou son corps?

Alors que tant d'artistes peinent à trouver leur public dans cette ère du piratage et de la gratuité, des multinationales à la morale aussi douteuse que des marchands d'armes n'hésitent plus à utiliser le sexe et les scandales pour engranger des dizaines et parfois des centaines de millions de dollars afin de vendre leurs produits à un jeune public qui, il n'y a pas si longtemps, idolâtrait cette même jeune fille. Influencés par les modes que dicte cette industrie omniprésente dans leur vie, les jeunes cherchent leur identité et leurs valeurs dans des produits musicaux, dont trop souvent les textes vont à l'encontre de l'égalité homme-femme. Il est désolant de constater que plus de 40 après la libération de la femme, celle-ci, et plus particulièrement les jeunes filles et jeunes femmes, n'a jamais été aussi peu respectée en images, en gestes et en mots. S'il vous vient à l'idée de dire qu'écouter une chanson est un choix personnel, vous avez en partie raison, mais lorsque celle-ci devient un succès planétaire et qu'elle tourne en boucle partout, avouez qu'il est difficile d'y échapper, à moins de vivre dans une bulle ou dans un endroit retiré de toute civilisation et de toutes technologies.

Les images valent mille maux

N'allez surtout pas croire que je suis contre l'utilisation du sexe dans la musique, j'ai moi-même connu mes premières chaleurs avec Jungle Love de Chaka Khan, Love to Love You de Donna Summer, Lady Marmelade de Nanette Workman et That's The Way (I Like It) de K.C. and the Sunshine Band. Cette relation sexuelle, au sens figuré du terme, entre la musique et l'être humain est plus que millénaire. Mais avant, on pouvait se faire pleins d'images dans notre tête en les écoutant, alors que de nos jours, on nous les montre et elles sont parfois, dépendant des âges de ceux qui les regardent, encore plus graphiques que ce qu'on aurait pu soi-même imaginer. Au même titre que l'on se questionne sur les valeurs nutritives du fast-food, qui est en train de faire des générations d'obèses ou même d'obèses morbides, nous devrions nous questionner sur les calories vides de certaines chansons qui faussent ou détournent les valeurs fondamentales de nos sociétés. Je ne prône pas le bannissement de ces chansons, la liberté d'expression est un droit inaliénable, mais au moment où nous avons tous entre nos mains, et plus particulièrement nos enfants, des récepteurs de cette culture, ne serait-il pas temps de tracer une ligne pour ne plus être dans le flou afin de mieux délimiter ce qui est de la culture et ce qui ne constitue que les trois premières lettres du même mot?

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