BORNES ÉLECTRIQUES

Mon partenaire et moi sommes d’abord des coureurs. Je fais aussi un peu de vélo et Vincent a du millage en kayak, mais disons que ce ne sont pas nos activités principales des dernières années. Avant le raid, je comptais une seule sortie de vélo de montagne cette année; quant à Vincent, il a emprunté un vélo à son frère la veille de notre départ, vélo qu’on a ajusté dans la chambre du motel… Pour le kayak, ni lui ni moi n’avions pagayé cet été!

La veille de la course, Vincent et moi préparons nos différentes pièces d’équipement qui seront utilisées le lendemain. Que met-on dans le kayak? Les palmes pour la nage aventure, on les met sur le vélo? On apporte un wetsuit ou non? Qui transportera quoi? Etc. Par contre, aucune question concernant la course à pied! Ce bout-là, on sait comment ça fonctionne : tu mets un pied devant l’autre et tu recommences.
 
Le matin de la course, nous sommes prêts et nous nous rendons à la réunion des coureurs, où on nous remet les cartes (très sommaires) du parcours ainsi que le road book contenant, à la manière des rallyes automobiles, des informations pour relier les 18 PC (points de contrôle). Nous avons environ une heure pour préparer notre trajet en fonction de ces informations. Ici, je dois mentionner que, lorsque vous vous lancez dans une course impliquant de l’orientation, un partenaire géomaticien est un atout majeur… Je lis donc les infos de la course, alors que Vincent annote les cartes en indiquant les distances à parcourir, les azimuts à prendre et autres infos utiles et rapides à consulter.
 
Le départ se donne sur la plage de Saint-Donat, dans une atmosphère fort joyeuse et au son de l’hélicoptère utilisé pour filmer le départ! Nous courons 20 m jusqu’à nos embarcations, que nous poussons rapidement vers l’eau en tentant de ne pas trop nous mouiller, car nous devrons ensuite rouler en vélo alors que la température est plutôt froide (autour de 10 ºC).
 
Nous avançons assez bien compte tenu de notre embarcation et de notre absence totale d’entraînement à pagayer! Nous utilisons un kayak fourni par Endurance Aventure. Il s’agit d’un kayak gonflé de grande qualité, une embarcation assez large et sécuritaire… donc assez peu rapide! Quelques équipes ont apporté des kayaks de mer et en les voyant nous dépasser comme si nous ramions à reculons, je suis atteint d’une crise aigüe de jalousie. Je me fais donc la promesse que, si un jour je me relance dans un raid où un kayak de mer est permis, j’en aurai un.

Nous devons contourner une première bouée qui correspond au PC1, puis atteindre le PC2 situé de l’autre côté d’une pointe. Plutôt que de la contourner au complet, nous tentons notre chance en accostant sur un côté de la pointe puis en portageant notre kayak jusque de l’autre côté. Dans un raid aventure, il y a le mot « aventure »… Sans nous faire perdre des positions, cette manœuvre ne nous a pas vraiment permis de gains, sinon de changer le mal de place en nous dégourdissant un peu les jambes!
 
Après plus d’une heure de kayak, nous accostons et filons vers la zone de transition où nos vélos et des chaussures sèches nous attendent. Nous roulons assez bien et rejoignons le PC3 sans difficulté. S’ensuit une montée plutôt raide où nous alternons le vélo et le pousse-vélo. Nous avions choisi de porter des souliers de course combinés à des pédales plateformes plutôt que des pédales « à clip », sachant que nous serions plus à l’aise de pousser les vélos que de rouler dessus dans les sections techniques. Un bon choix. Pour rejoindre le PC4, nous laissons les vélos et courons quelques centaines de mètres. Jusqu’à la fin du raid, à chaque section de course à pied, nous dépassons quelques équipes…
 
Les PC5 et PC6 se font en vélo. La descente rendue très glissante par les pluies de la veille nous oblige à refaire du pousse-vélo, mais cette fois, en descendant! Le PC6 donne des maux de tête à bien des équipes. Nous arrivons à l’endroit présumé; Vincent examine attentivement la carte et nous mène directement au PC qui se trouvait juste un peu plus bas sur un sentier perpendiculaire à la route.
 
Après cette deuxième section de vélo, nous arrivons à une partie de la course que j’avais hâte de parcourir, car il s’agit principalement de course en sentiers. Nous grimpons jusqu’au Cap de la fée où se trouve le PC7. De là, une bonne descente nous amène au Lac Coutu pour une section de nage aventure qu’un seul de nous deux doit effectuer pour recueillir deux PC. Vincent s’est porté volontaire et je l’en remercie encore… Nous avions apporté un wetsuit, une veste de flottaison et des palmes, matériel qui a été utile, mais qui ne donnait pas plus de limpidité à cette eau marécageuse que Vincent semblait absolument content de quitter. Dès sa sortie de l’eau, Vincent a été pris de tremblements causés par le froid et qui ont rendu l’habillage un peu difficile, mais dès que nous nous sommes remis à courir vers le PC8, Vincent s’est immédiatement réchauffé. Les PC8 et 11 ont été un peu plus difficiles à trouver. Nous avons probablement perdu une dizaine de minutes à chercher ces endroits en même temps qu’une autre équipe qui, depuis le début de la course, était nez à nez avec nous.
 
Encore une balade à vélo nous mène cette fois jusqu’au mont Garceau où d’autres sections de course et des épreuves de cordes nous attendent. Le départ de cette section se fait sur une piste de ski que l’on monte en ligne droite. C’est raide mais nous nous débrouillons encore bien dans ce terrain. Les PC13 et PC14 sont rapidement trouvés et nous filons vers la section des cordes où cette fois, je suis le volontaire pour récupérer les PC15 et PC16. Bien décidé à utiliser mon expérience d’escalade pour réaliser cette section rapidement, j’enfile un harnais en vitesse et je me lance sur le parcours. Peu de compétences d’escalade sont nécessaires finalement. J’avais dit à Vincent qu’à son tour il pourrait se reposer un peu pendant que je ferais seul cette section, mais ce fut bref comme repos! Alors que la nage exigeait une bonne vingtaine de minutes d’efforts, je réalisais le parcours de cordes en 5 minutes environ! En terminant cette section, on m’aide à enlever le cuissard puis quelqu’un m’enlève le casque d’escalade que je porte. Je réalise à ce moment-là que je n’ai jamais eu connaissance que quelqu’un m’avait coiffé d’un casque ni même que je portais un casque! Aussitôt, nous repartons au pas de course ou presque puisque des crampes aux mollets me ralentissent. Nous apprenons, en retrouvant nos vélos, que nous sommes la huitième équipe à arriver à ce point. Une bonne nouvelle pour nous qui n’avions pas d’expérience de ce type de course.
 
C’est à vélo que nous atteignons le PC17 situé près de la plage du départ de la course. À cet endroit et selon nos souvenirs de la réunion d’avant-course, un bénévole devait nous dire si nous pouvions continuer sur le parcours extrême selon notre heure de passage. En raison de notre inexpérience, nous n’avons pas posé de question au bénévole, tandis que lui ne nous a rien dit puisque nous étions 1 h avant le temps limite. Décidés, de toute façon, à relier le dernier PC, nous remontons à vélo une petite côte par un sentier.

Maintenant heureux d’avoir trouvé tous les PC du raid disons « normal », nous trouvons un peu bizarre que les instructions de course nous félicitent d’avoir terminé alors que nous ne sommes pas à la ligne d'arrivée et qu’aucune information n'indique où elle se trouve… En regardant attentivement les cartes, nous trouvons la ligne d'arrivée sur la carte du parcours extrême. Sans trop discuter, nous reprenons nos vélos pour nous diriger vers la marque de fin de course. À notre grande surprise, les officiels à la ligne d’arrivée nous informent que nous sommes les premiers du raid à arriver! L’incompréhension est totale puis nous comprenons que toutes les autres équipes avant nous ont passé droit à la ligne d'arrivée pour se lancer à la recherche des quatre PC supplémentaires. On se regarde, Vincent et moi, en se demandant si on s’arrête ou si on repart mais c’est l’évidence : après avoir passé le fil d’arrivée, c’est fini! Ni l’un ni l’autre n’ont vraiment le goût d’enfourcher les vélos; l’idée de se changer et de relaxer en applaudissant les autres équipes est bien plus forte.
 
Au final, nous avons mis 5 h 36 min pour compléter le parcours, alors que les grands gagnants ont pris à peine une heure de plus pour aller chercher les quatre PC supplémentaires. En plus de ces parcours, un plus court trajet, appelé le Fou-raid, avait aussi été organisé ce jour-là. Ce parcours plus accessible accueillait une catégorie parent-enfant. Quelle belle façon de montrer à des jeunes que les adultes savent aussi s’amuser en jouant dehors.
 
Vincent et moi avons adoré goûter à ce type de compétition où les équipes s’entraident et où le plaisir et l’aventure sont les priorités. Pour sortir de sa zone de confort en toute sécurité, les raids aventures sont tout indiqués!
 
 

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