Le journal d’un récit fictif
                                                (une histoire tirée de l’imaginaire de Bruno Laliberté)
                                                                         brunolaliberte.com
 
 
                                                          Une disparition sur le chemin croche
 
                                                                                   Finale
 
 
 
         …Je m’enfonce carré dans la mousse pis j’tombe dans une caverne noire, sale et humide. J’pense ben que personne ne savait qu’a l’existait s’ta caverne là. Je me suis écrasé au sol assommé ben dur. Y faisait noir comme chez loup quand j’me su réveillé, pis j’avais mal partout, tout beurré et c’est là que je me su rendu compte que j’me souvenais pu de rien. Je me secoue la tête et pis j’regarde dans noir pour voir que d’un côté de la caverne j’pouvais voir temps en temps dé flash de lumières pis des bruits chars qui résonnaient. Sans savoir pourquoi j’ai suivi la lumière au bout du tunnel. Le tunnel a fini par aboutir su bord de l’autoroute à l’autre bout du village. La sortie est ben camouflée par une branche de cèdre. En sachant pu qui j’étais pis d’où je venais, j’me su mis à marcher sur l’autoroute en regardant les autos qui s’en venaient.
 
         Après vingt minutes y’a un pick-up qui s’arrête, pis chauffeur me demande : « tu veux-tu un lift mon homme, y fait ben trop frette pis noir pour marcher à soir? » « ben, merci ben »que j’yé répondu. Cé là qu’a commencé l’histoire du gars pu mémoire. Le gars y me demande mon nom. J’regarde dehors juste comme une pancarte passe à côté du truck, pis au lieu d’y répondre que j’savais pu j’ai dit, en hésitant : « Cède ». Y’a continué en disant : « Cédric, pour moé t’as pris un coup mon chum » et c’é comme ça que pendant presque un an j’me suis promené dans grande ville parmi les sans-abri à quêter dans le bas de la ville. Y mon surnommé Cédric le renfermé, cé vrai que j’parlais pas beaucoup. J’ai, jamais, dit à personne que j’me rappelais de rien, pis frottais souvent la grosse bosse que j’avais su la tête en m’disant : « est p’être là-dedans ma mémoire!
 
         Pis su la fin l’été, la bosse est allée en diminuant, pis ça m’donnais des flashs de mémoire. Au début, j’me voyais juste la face éffoirée dans la mousse, pis par p’tits coups des bouts de l’histoire revenaient. Ben du monde mon demandé : « Qu’es que tu as rire tu seul Cédric? », mais ne répondait pas, j’faisais juste rire plus fort. Quand l’histoire m’é tout revenu, cé là que tout le reste m’é remonter dans cerveau. Chu sorti de la ville su pouce pour revenir icitte.
 
« J’ai mon voyage, a dit l’inspecteur Binette, v’là les clefs de ton appartement. Cé moi qui les avaient pour les besoins de l’enquête. Prends le temps de te nettoyer, j’va avoir des questions et j’veux absolument voir la caverne. »
 
         L’inspecteur Binette ne savait pas, mais en cette journée de faux été, il a créé, sans le savoir, un guide touristique dans la personne de Félix Mac’Cord, pis la caverne cé appelé : le trou mémoire de Cédric le renfermé.
L’plus drôle dans toute l’histoire cé que Mac’Cord a appris à rire pis on dirait que ça là rendu moins enragé. Y'faut croire qu’une mémoire toute neuve ça te change son homme.
 
 
 
À la prochaine pour une nouvelle enquête de l’inspecteur Georges Binette.             

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