Le journal d’un récit fictif
                                                                   (une histoire tirée de l’imaginaire de Bruno Laliberté)
                                                                                            brunolaliberte.com
 
 
                                                                            Une disparition sur le chemin croche
 
                                                                                                      2e partie
 
 
 
         Le sac de pommes avait été retrouvé à 3 mètres de l’érable dans le bas du talus. Il a été dur à voir parce qu’il s’était enchevêtré dans une talle de framboisiers bien dense. « Pourquoi ce sac de pommes? » a été la première question de l’inspecteur Binette à l’épicier. Pis l’épicier de lui répondre : « À ce temps-ci Mac’Cord y nourri ses chevreuils, pis au lieu de jeter les pommes "passées date", aussi ben d’y donner. » L'inspecteur note le commentaire dans son calepin bleu.
 
 Au casse-croute du village, installé à une banquette dans un coin Georges Binette a interviewé tous les ennemis de Félix Mac’Cord. Il a du vider deux silex de café et autant de sacs de jujubes. Tous le haïssaient, mais aucun ne pouvait être placé sur la scène du crime. Ils ont tous dit à peu près la même rengaine : « Si tu ne veux pas de trouble, teins toi loin de Mac’Cord, cé toé qui pourrais le regretter si tu le fais enragé! » Encore une fois le tout soigneusement noté dans le calepin bleu. À la fin de chaque rencontre, une rature de plus dans son calepin noir. Y’é resté trois semaines à fouiller les appartements du disparu et tous les recoins des sous-bois  entourant le chemin croche. Ses beaux souliers en ont pris pour leur rhume. Y cé même poigné le pied dans un des pièges du trappeur du coin, ça a ben fait rire vendredi soir au bar. Y’é ben venu me questionner trois fois à la maison, en ouvrant et en fermant à tour de rôle ces maudits calepins bleu et rouge.
 
Un des soirs où, ses trois calepins devant lui, l’inspecteur se morfondait sur sa banquette habituelle du p’tit resto; y venait juste de finir son souper et l’assiette gisait encore sur la table, quand le curé Blanchette de la paroisse est venu le rencontrer. Le grand Binette, comme on avait fini par le surnommer, se lève et avec une révérence digne de grands bals et invite ben poliment monsieur le curé à s’asseoir. « Un p’tit café, Monsieur le Curé; quel bon vent vous fait sortir par un soir d’hiver aussi désagréable? » a dit l’inspecteur. Le curé, de répondre : « Par un frette pareil un thé bien chaud ne serait pas de refus. Pendant que le grand Binette commandait le thé à la "waitrisse", le curé a entrepris un discours qu’il semblait avoir mijoté longtemps : « Monsieur Binette, à la grande ville c’est peut être différent, mais ici dans le monde rural, (y parle instruit M. le curé) le diable est présent dans tous les replis de coins sombres. Le chemin croche est noir et maléfique à souhait en novembre; en plus c’est le mois des morts, vous savez. Vous pouvez arrêter de chercher une explication dans ce monde, je vous le dis Félix Mac’Cord a été descendu aux enfers pour tous les péchés non confessés qu’il a faits. Je lui ai dit souvent de venir me voir pour une confession. Le diable l’a affaibli par le whisky puis il l’a attiré au coin le plus sombre pour le descendre à jamais en enfer. Les preuves sont indéniables. Il fallait que je vous le dise!»
 
L’inspecteur à ouvert son calepin noir et y griffonne quelque notes, pis y dit : « Votre idée est notée M. le curé, mais moi, voyez-vous j’en déduis qu’un péché plus terre-à-terre à un rôle à jouer dans cette disparition... »
 
Pis la porte c’est ouvert en coup de vent et le postillon a couru vers M. le curé, pis tout essoufflé, y a dit : «Le père Jalin se meurt y veut recevoir les derniers sacrements, ça fait vingt minutes que je vous cherche. Pouvez-vous venir tu suite M. le curé?
 
«Excusez-moi M. l’inspecteur, nous continuerons notre discussion plus tard.»
 
Le curé est parti. Le grand Binette a haussé les épaules et a continué à feuilleter ses calepins et à boire son café…
 
                   
À suivre

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