BORNES ÉLECTRIQUES

Tim Brady est un compositeur montréalais très prolifique. Actif depuis les années 1980, on lui doit plus d'une centaine d'œuvres. Sa plus récente est « Atacama : Symphonie no 3 », une œuvre hétéroclite parue chez ATMA Classique et mélangeant guitare électrique, chant « a cappella » et orchestre de jazz.

Une symphonie, vraiment?
 
La nouvelle création de Brady est donc une symphonie. Mais attention! Oubliez les symphonies classiques de Mozart ou de Haydn. Nous sommes ici en présence d'une œuvre contemporaine qui s'assume pleinement.
 
Pour cette symphonie, le compositeur s'est inspiré de poèmes de Elías Letelier, un poète chilien engagé politiquement durant l'ère Pinochet. Ennemi du régime, il a été emprisonné et torturé.
 
Chacun des six mouvements de cette Symphonie no 3 contient donc des poèmes de l'artiste qui sont chantés par l'ensemble vocal professionnel VivaVoce. Les poèmes sont, soit dit en passant, très beaux et descriptifs. Ils évoquent les thèmes de la tendresse et de la cruauté. Il y a souvent un combat perpétuel entre le bien et le mal, la lumière et les ténèbres.
 
L'album commence par Sonata di Pintor (Sonate d'un peintre). Ici, Brady s'est clairement inspiré des chants a cappella du Moyen Âge. Les voix, qui sont très bien exploitées, sont remplies d'une sorte de solennité. C'est puissant.
 
La seconde pièce, El Baile de la Red (La danse du filet), est tout le contraire. C'est une véritable danse où se côtoient batterie, clarinette et autres instruments tirés d'un orchestre jazz. Étonnamment, le texte colle bien à la musique. Malgré toute cette animation, on sent, en arrière-pensée, un sentiment d'oppression.
 
Funeral Descalzo (Funérailles déchaussées) est décidément le mouvement le plus lugubre de l'œuvre. Elle commence par des bruits de cloche, probablement joués par un piano. On dirait presque qu'on assiste à une messe des morts.
 
Les percussions s'en mêlent dans Telegrama (Télégramme) en venant apporter un peu de rythme, mais contrairement à la seconde pièce du CD, on n'a pas envie de se lever pour danser. En fait, c'est plutôt dérangeant. On est très loin de la sérénité. 
 
Atacama, la cinquième pièce, est la plus longue (plus de 13 minutes) et la plus réussie de cette œuvre. Le chœur est ici très serein, voir méditatif. On se réjouit d'entendre les échos de la guitare électrique (l'instrument de prédilection de Brady). Il faut dire que l'instrument avait été plutôt discret jusqu'ici. Globalement, c'est très contemplatif, mais quelques passages nous rappellent que la tourmente n'est pas loin.
 
La dernière partie de la symphonie Where are you from? est la plus atonale et la plus étrange. On a l'impression d'écouter de la musique tout droit sortie d'un film de science-fiction. Malgré cela, la pièce rassemble plusieurs bons éléments, comme la séquence où la guitare électrique se déchaîne. À ce propos, Tim Brady fait preuve d'une dextérité exceptionnelle.
 
Verdict
 
Atacama : Symphonie no 3 est une œuvre unique en son genre qui a su s'approprier plusieurs genres dont rien à la base ne pouvait les unir. Il est quasiment impossible de la définir en un seul mot, tant elle est complexe. Elle s'éloigne du cadre strict de la symphonie pour faire vivre à l'auditeur une expérience auditive unique.   
 
Cote : 8 sur 10

Merci à Atma Classique de nous avoir permis d'écouter ce disque.

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