BORNES ÉLECTRIQUES

Après « Partir », Catherine Corsini s'attaque aux différentes couches sociales de la société et aux dilemmes humains dans « Trois mondes », un film criant de vérité.

Trois personnages unis par le malheur
 
Trois mondes, c'est l'histoire d'un type comme les autres, Al (Raphaël Personnaz), qui a travaillé très dur pour se faire une place dans la société et être respecté des autres. Il va se marier dans moins de deux semaines avec Marion (Adèle Haenel), la fille de son patron (Jean-Pierre Malo). Celui-ci le considère comme un fils, si bien qu'il est prêt à lui donner des parts dans son entreprise et à le nommer gérant. Bref, rien ne pourrait être plus beau pour cet homme qui est parti de rien.  
 
Sa vie va toutefois être complètement chamboulée lorsqu'il va frapper accidentellement un homme alors qu'il est au volant, après une soirée arrosée avec ses amis d'enfance, Franck (Reda Kateb) et Martin (Alban Aumard). Poussé par ses copains, il prend la fuite et laisse l'homme par terre au milieu de la rue, sans secours. Il aurait pu s'en tirer sans embûches et continuer sa vie paisible, sauf que Juliette (Clotilde Hesme) a tout vu du haut de son balcon.
 
À l'instar du dernier Roche, papier, ciseaux, ce long métrage réalisé et scénarisé par Catherine Corsini raconte trois univers totalement différents. Les trois protagonistes ont la trentaine, mais ont eu un parcours différent. Mis à part les mondes d'Al, le travailleur et banlieusard, et de Juliette, l'instruite, la réalisatrice nous présente le monde de l'épouse de la victime : Vera (Arta Dobroshi), une immigrée moldave sans le sou. Évidemment, on comprend que les trois personnages vont être unis malgré eux par ce terrible accident de voiture.
 
Des dilemmes moraux
 
Trois mondes aurait pu être un film d'action ou un thriller classique. Al aurait pu être le méchant que l'héroïne Juliette aurait tenté de coïncer par tous les moyens. Mais ce long métrage est beaucoup plus complexe que cela. Il nous présente l'humain sous son vrai jour, c'est-à-dire un être en perpétuel questionnement.
 
Tout au long du film, Al est rongé par le doute et la culpabilité. Il serait tellement facile d'ignorer ce qu'il a fait et de passer à autre chose, mais il ne peut pas. Il a subi un traumatisme.
 
D'un autre côté, Juliette veut connaître le chauffard. En le rencontrant, elle va se rendre compte qu'il n'est pas tout à fait comme elle l'imaginait. Va-t-elle le dénoncer? Va-t-elle en parler à la femme de l'homme qui a été fauché?

Enfin, il y a Vera, qui ne sait trop comment vivre avec cela. Elle a cruellement besoin d'argent et ne peut plus compter sur la principale source de revenus de la famille. Même si elle a le soutien de ses proches, elle souffre énormément.
 
Des décors réussis
 
Les décors en disent souvent plus que les acteurs dans un film. Personnellement, c'est l'une des choses que je remarque en premier. Dans Trois mondes, beaucoup de scènes se passent dans les rues, en banlieue. J'avoue qu'il n'y a pas vraiment de nouveautés ici.
 
Par contre, le décor le plus imagé est celui du concessionnaire de voitures où travaille Al. À première vue, il n'y a rien d'extraordinaire, mais si on gratte un peu, on découvre pas mal de choses. On peut voir, en effet, toutes les couches de la société. Il y a Al, le cadre toujours sur son 36, qui trône au-dessus de la salle des ventes. Martin, le vendeur de la classe moyenne, est, quant à lui, au rez-de-chaussée avec un costume de moins bonne qualité. En bas, dans le sous-sol, on retrouve finalement le garage, avec Franck le mécanicien et son habit d'ouvrier.
 
Un personnage principal rongé par les remords 
 
Raphaël Personnaz interprète avec brio un homme rongé par le remords qui voit son univers s'écrouler autour de lui. Il a rarement besoin de parler pour que l'on sente toute l'anxiété qui l'habite. Son corps est là, mais son esprit est ailleurs. Même s'il est difficile d'entrer totalement au cinéma dans la tête d'un personnage, on sent que ça tourne à cent milles à l'heure entre ses deux oreilles. Comment va-t-il s'en sortir?
 
Tôt ou tard, dans la vie, les gens vivent des moments stressants et je suis persuadé que beaucoup d'hommes pourront se reconnaître en lui. Même si on a tout ce qu'il faut pour être heureux, si le cerveau est malade et ne peut apprécier le bonheur, tout est foutu. C'est un peu ce qui arrive à notre « héros ».
 
Verdict
 
Avec Trois mondes, Catherine Corsini réussit à mettre un visage à la culpabilité et au remord, des sentiments qui nous habitent tous à un moment ou à un autre dans notre vie. Certains individus sont assez « puissants » pour passer au travers, alors que pour d'autres, comme le personnage principal de cette production, c'est tout simplement impossible. Et si cela vous arrivait, comment arriveriez-vous à réparer l'irréparable?
 
Cote : 4 étoiles sur 5
 

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