Récemment, le site Gamasutra s'est entretenu avec Jade Raymond, directrice d'Ubisoft Toronto. Au cours de cet entretien, Raymond a déclaré que les demandes très élevées des joueurs d'aujourd'hui sont un handicap quant à l'innovation que les studios peuvent apporter à leurs créations. Voici un extrait des propos de celle qui est à la tête du studio ontarien d'Ubisoft :

« Auparavant, il n'y avait, disons, que deux millions de personnes qui jouaient à des jeux vidéo. Il s'agissait de vrais fans qui jouaient à tous les jeux. Ils étaient enclins à pardonner les bogues restants et à essayer des choses qui n'étaient pas aussi plaisantes parce qu'elles étaient différentes. Aujourd'hui, vous avez 30 millions de personnes achetant [des jeux vidéo] et elles achètent seulement ceux du top 5. Il n'y a pas beaucoup de pardon. Cela limite l'innovation parce que si quelque chose ne fonctionne pas alors que vous vous rapprochez du lancement, vous devez l'enlever ou bien revenir vers quelque chose que vous savez fonctionnel. »

Les propos de Raymond sont intéressants, mais méritent quelques nuances puisque ce n'est pas le fait que les joueurs soient impitoyables qui freine entièrement le manque d'innovation dans l'industrie du jeu vidéo.

Tout d'abord, il y a une pléthore de jeux sur le marché, encore plus depuis l'avènement des jeux sociaux et des jeux à petits prix pouvant s'acheter sur des appareils mobiles. Un consommateur ne s'y connaissant pas beaucoup en la matière peut être rapidement déboussolé devant cette mer de jeux, de sorte qu'il ne sait pas quoi se procurer. Ainsi, il est normal qu'il consulte le top 5 des jeux vidéo du moment afin de le guider dans son choix, question de ne pas dépenser son argent sur un produit qui n'en vaut pas la peine. C'est un peu comme celui qui ne s'y connaît pas en littérature et qui consulte le palmarès des ventes d'Archambault pour le guider dans ses achats de livres ou l'amateur de films qui se fie aux productions ayant engendré le plus de recettes pour décider quel film il ira voir au cinéma.

L'autre nuance concerne le coût de développement d'un jeu vidéo. Aujourd'hui, développer un jeu de gros calibre (un AAA dans le jargon de l'industrie) se chiffre en dizaines de millions de dollars, si ce n'est plus. Il faut désormais injecter beaucoup d'argent dans les ressources tant matérielles qu'humaines qui seront à la source de la production d'un jeu. De plus, pour s'assurer qu'un jeu ait un minimum de visibilité pour générer un minimum de dividendes, il faut investir des sommes considérables en marketing. Du coup, devant ces coûts astronomiques, il est normal qu'un studio et, surtout, un distributeur ne veuillent pas prendre autant de risques qu'auparavant. Se fier sur un concept ayant fait ses preuves et étant beaucoup plus sécuritaire en termes de revenus potentiels est une idée n'en devenant que plus alléchante lorsqu'on considère le coût de production d'un jeu vidéo. Par ailleurs, lorsqu'on regarde les jeux connaissant le plus de succès (je lance une flèche aux Call of Duty de ce monde), cela n'a pas de quoi encourager les studios à élaborer des jeux redéfinissant certains genres.

Qu'en pensez-vous? L'impitoyabilité des joueurs est-elle un facteur pouvant expliquer le manque d'innovation ou bien existe-t-il d'autres causes au manque d'idées révolutionnaires dans l'industrie du jeu vidéo?

Entrevue de Jade Raymond avec le site Gamasutra (en anglais) : http://www.gamasutra.com/view/news/175872/Why_todays_demanding_players_inhibit_innovation.php

Photo : Vivagora

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