BORNES ÉLECTRIQUES

« Le Cycle d'Elric » est une série de romans fantastiques écrite par Michael Moorcock, dont on a vu les premières traces au début des années 1960. Depuis, l'œuvre de l'écrivain anglais a été moult fois adaptée dans différents médias. Il y a quelques semaines est paru chez nous le premier tome d'une nouvelle adaptation, réalisée cette fois-ci par des Français, et qui aurait même reçue l'aval de l'auteur : « Elric : Le trône de rubis ».

Une guerre se prépare…
 
Elric est l'empereur de l'antique île aux Dragons de Melniboné. Malade, il a notamment recours aux drogues et à la magie sombre de sa compagne, la sorcière Cymoril, pour survivre. S'ennuyant à la cour et croyant que son monarque est faible, son cousin Yyrkoon souhaite secrètement s'emparer du trône de rubis. Il voit en l'annonce d'une attaque imminente de mercenaires sanguinaires le moment idéal pour voler la couronne à l'empereur albinos.
 
La meilleure adaptation?
 
Les fans des romans trouveront dans cette adaptation quelques différences avec l'œuvre originale. Les bédéistes l'avouent candidement. Inutile toutefois de crier au drame. Selon l'avant-propos signé par Moorcock lui-même, Elric : Le trône de rubis rejoint pleinement sa vision. « Le récit que vous vous apprêtez à lire ici est la saga de l'Albinos que j'aurais moi-même écrite si j'y avais pensé le premier », peut-on lire. Elle serait même la meilleure adaptation d'Elric jamais réalisée. Ce n'est pas peu dire!
 
Personnellement, je n'ai pas eu la chance de lire l'œuvre de Moorcock. Je ne pourrai donc pas vous dire si cette BD respecte fidèlement la vision du romancier. Mais si Moorcock lui-même assure qu'il s'agit d'une bonne adaptation, pourquoi ne pas le croire?
 
Tout le contraire d'un héros
 
Elric est sans aucun doute l'exemple parfait de l'anti-héros. Évidemment, ce nouvel album n'est pas le seul à mettre en scène un héros qui n'entre dans aucune case. Pour s'en convaincre, on n'a qu'à citer le tome 1 et le tome 2 de Silas Corey, Le réseau Aquila. Cependant, dans ce cas-ci, on va encore plus loin; tellement loin en fait qu'on semble franchir de nouvelles limites dans le domaine. Un exemple parmi tant d'autres : Elric se nourrit du sang de jeunes vierges vraisemblablement encore vivantes pour se « régénérer ». Si ce geste vous dégoûte, vous n'avez encore rien vu!
 
Ne passons pas par quatre chemins, le monde d'Elric : Le trône de rubis choque plus d'une fois. Rarement j'ai vu un univers aussi décadent. Oubliez d'ailleurs les belles illustrations colorées des bandes dessinées fantastiques. Ici, c'est gothique, voire très sombre. Malgré cet univers bien particulier, on est heureux de retrouver une histoire (le scénario est de Julien Blondel) qui sait nous captiver dès les premières cases. L'intrigue va crescendo et se complique pour notre plus grand bonheur. Les personnages secondaires sont peu nombreux, si bien qu'il est assez facile de les différencier et de les reconnaître.
 
Du point de vue visuel, Elric : Le trône de rubis est une vraie réussite. Comme on le voit rarement dans le domaine, trois dessinateurs ont travaillé sur les images. Didier Poli a fait la version crayonnée, Robin Recht s'est occupé de la version encrée, alors que Jean Bastide a retouché tout ce qu'il croyait pouvoir améliorer. Au final, cette collaboration a été bénéfique pour l'ouvrage. Les décors, quoiqu'un peu flous, servent bien le scénario et contribuent à créer une ambiance lugubre. Les personnages offrent un beau contraste. D'apparence gracieuse, ils tiennent pourtant des propos qui sont loin d'inspirer la gentillesse et la candeur.
 
Verdict
 
Elric : Le trône de rubis fait partie de mes plus belles découvertes de 2013. C'est vrai que son anti-héros pas comme les autres évoluant dans un monde tout aussi unique dérange. Mais c'est justement ça qui fait son charme : proposer une œuvre rafraîchissante qui ne comporte pas de clichés ou presque.
 
Cote : 4,5 sur 5 étoiles  

Elric tome 1 : Le trône de rubis
64 pages
Glénat

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