BORNES ÉLECTRIQUES

Impossible de ne pas avoir le béguin pour Mariana Mazza. Je pourrais vous parler longtemps de ce pour quoi elle est si populaire dans la relève en ce moment, mais en résumé, c'est une jeune humoriste rafraîchissante, prompte, « punchée », provocante, attachante et assumée. Derrière son joli minois naïf se cache une jeune comique qui, au fond, n'a pas peur de s'imposer. C'est un plaisir de vous la faire découvrir ce mois-ci. Un coup de cœur assuré!

Mariana, ton nom est sur toutes les lèvres en ce moment. Tu es clairement la nouvelle coqueluche de la relève au Québec. Pensais-tu, il y a deux ans, quand tu as commencé ta carrière d'humoriste, que tout se passerait si vite?

Merci, je rougis l'espace de ces quelques mots. Ça fait uniquement deux ans que je fais officiellement des blagues... et seulement un an que c'est drôle! C'est quand même intense tout ce qui arrive et je ne m'attendais pas à ce que ce soit aussi rapide, mais j'ai toujours eu espoir que ça allait « popper » à un moment donné. Je me suis toujours promise que si je fonçais dans quelque chose, tête et âme, j'allais pouvoir accomplir ce que j'envisageais. Tant qu'à avoir la chance de vivre sur la terre, pourquoi ne pas essayer de réaliser les choses les plus folles qui me passent par la tête.

C'est quoi le secret de son succès fulgurant? Au-delà du travail et du talent, as-tu un conseil à donner à un humoriste qui débute sa carrière dans le milieu?

Honnêtement, je pense qu’il faut trouver la raison du pourquoi. Dans le sens qu’il faut se demander : qu'est-ce qui me rend intéressant plus qu’un autre. Faire rire, ça fait partie du lot, mais il faut être intéressant. Il faut avoir quelque chose à dire. Mais, sinon, franchement...Travail! Travail! Et discipline! Souvent, on pense que travailler c'est de se lever le matin et écrire 5 heures en ligne. Au début, on écrit 200 idées en une semaine et au bout d'un mois on capote parce qu'on a le syndrome de la page blanche. Des fois, on ne s'en rend pas compte, mais de rien faire, c'est de tout faire. Juste d'être dans le métro et d'observer les gens, c'est beaucoup plus de travail que de s'asseoir devant son ordinateur en espérant avoir une idée de génie. Dans mon cas, je prends des notes de tout ce qui se passe dans ma tête en observant quelque chose de banal et je me surprends à attacher une émotion par rapport à la situation. Souvent quelques mois plus tard, « pouf » c'est un numéro. Qu'est-ce qui me rend intéressante? Faire réagir, être un reflet d'une idée collective, mais avec MA touche à moi. La clef c'est : travail, discipline et assumez ce qu'on fait.

Avant de faire carrière en humour, tu as déjà été professeure de langues pour des moines bouddhistes dans un village tibétain en Inde. Explique-nous donc ça? (Sourire)

« Tashidelek ! » Ça veut dire bonjour en Tibétain. Avoues que tu capotes hein? (Sourire) C'est complètement fou cette histoire parce que c'était dans une époque où je me rebellais contre la vie et je voulais me convaincre que je pouvais tout faire. Crois-moi, les petits moines m'ont vu pleurer plus d’une fois parce que je capotais ! Je suis allée en Inde pendant trois mois grâce au programme international du Cégep Marie-Victorin en collaboration avec Jeunesse Canada monde. Et l'idée c'était de faire une session d'immersion dans un pays étranger et de revenir trois mois plus tard avec des morpions dans le ventre et dans ses draps. (Rires) C'est pas vrai, je n’en avais pas dans mes draps! (Rires) Enfin bref, oui, je donnais des cours d'anglais à des moines tibétains réfugiés dans le Nord de l'Inde à l'Himashal Pradesh. Mais pour dire vrai, j'ai fini par leur montrer « F*ck all » de l'anglais ! On a fini par jouer au soccer pendant trois mois. (Rires) Et ç'a été le plus beau trois mois de ma vie parce que j'ai appris à fermer ma bouche à cause de la barrière linguistique.

Tu as participé à la dernière édition d'En route vers mon premier gala ce printemps et, depuis, tout à déboulé. Tu n'as pas remporté la première place, mais c'est tout comme, si on regarde l'engouement du milieu envers toi. Comment as-tu vécu ce concours télévisuel?

Les gens ne savent pas, mais participer à ce genre d'émission, la pression peut parfois être tellement forte quand la caméra roule que, dans ton corps, ton cœur hurle. Tes reins pleurent et ta tête roule comme un Américain obèse qui va au gym après avoir englouti trois trios Big Mac ! C'est « f*cking » éprouvant. Autant mentalement que physiquement! Parce que si tu te plantes, ce n’est pas devant 40 personnes entre deux shoots de Tequila, c'est devant toute une province. C'est clairement une belle école de faire cette émission parce que tu repousses tes limites de tolérance de stress. Par contre, l’équipe de tournage était géniale. L'expérience était vraiment enrichissante et je suis très reconnaissante d'avoir des amis humoristes autour de moi qui sont aussi talentueux et courageux. Enfin, En route vers mon premier gala a été une preuve personnelle qui m'a mise à ma place. Je suis fière de moi et fière de voir que  je suis capable de ne pas craquer quand je me fais juger devant la province au complet. C'est quand même courageux de faire des auditions télévisées, des numéros où t'es jugé et d'essayer de vendre ta salade aux gens pour qu'ils nous sauvent. Chapeau à tous mes collègues drôles qui ont participé à l'émission, je ne le dirai jamais assez, ça prend du culot!

L'émission permet de mettre en vedette de nouveaux visages en humour à découvrir. Mais en coulisse, on doit certainement ressentir la pression et la compétition entre les concurrents. Comment as-tu fait pour garder la tête froide?

Tout dépend de comment tu vois les choses. C'est sûr que si tu vois l'émission comme une compétition, tu vas te mettre dans un esprit compétitif et ton but, ça va être de battre les autres. Mais si tu te dis : « moi, je suis prête, j'ai trois bons numéros et je suis confiante de ce que je vais faire », ce n’est plus une compétition, c'est un concours de circonstances. La seule personne qui a le contrôle sur ta performance, c'est toi. Le reste, c’est entre les mains du destin. Tout dépend aussi de ta place sur le show, de qui est sur ton émission, de comment les juges se sentent, de l'humeur du public... Il y a tellement de facteurs que tu ne contrôles pas. C'était la même chose avec Virginie Fortin, quand on est arrivées en finale, on se faisait dire : « C'est une année de filles, vous ne vous sentez pas en compétition? » Jamais de la vie! Au contraire! Tant mieux qu'on soit deux filles. Aujourd’hui, Virginie et moi on a un show ensemble et on se voit presque que tous les jours.

Depuis, les demandes arrivent de partout. Tu as en autre participé au spectacle-bénéfice au profit du Fond Avenir Lac-Mégantic au Centre Bell, avec les plus grandes pointures de l'humour. Comment se sent-on de partager sa loge avec nul autre que Louis-José Houde et Rachid Badouri?

Je n’arrive toujours pas à réaliser que j'ai fait cet événement! Tu te dis : « y'a fallu que plein de gens soient en deuil pour accomplir un fantasme. C'est complètement ridicule ! » C'était tout un honneur de participer à un show où t'es la seule personne que personne ne connaissait ! (Rires) Bref, partager sa loge avec Rachid et Louis-José, c'est vraiment enrichissant parce que tu te rends compte qu'ils sont humains après tout! Eux aussi stressaient et étaient fébriles. Sorry guys, je viens de révéler le secret !

Quand tu as annoncé à ta famille que tu étais déjà rendu à faire ton premier Centre Bell, comment ont-ils réagi? As-tu dû asseoir ta maman avant de lui dire?

Elle ne me croyait pas la sorcière! (Rires) Elle l'a réalisé quand je lui ai dit que je lui avais acheté un billet pour le Centre Bell. Elle n’a pas capoté quand je lui ai annoncé, mais quand elle m'a vue à la télé, elle a braillé pendant trois jours. Elle a réalisé que j'avais fait le Centre Bell après que tout soit terminé. Tsé quand tu vieillis, la notion du temps change! (Rires) Je l'aime tellement ma mère. C'est ma plus grande fan.

Depuis tu fais maintenant la première partie des spectacles de Peter Macleod. Comment as-tu fait sa connaissance?

En fait, je me cherchais une main miniature pour l'Halloween ! (Fou rire) Mais non c'est simple on a le même gérant et P-A Methot, qui faisait déjà ses premières parties, commençait le rodage de son premier one-man-show. Donc par la force des choses, j'ai commencé à les faire. Mais, je pense que j'étais rendue là. J'aime vraiment faire des salles pour voir ce qui m'attend au-delà des bars. C'est très cool, mais aussi éprouvant.

Tu fais partie nouvellement de l'agence artistique et de production Entourage. Après cette année remplie de succès, la décision de choisir une boîte de gérance plutôt qu'une autre a dû être difficile. Comment as-tu réussi à arrêter ton choix?

J'ai suivi mon instinct. Quand j'ai rencontré Eric Young, mon gérant, ça m'a pris cinq minutes et je savais que c'était avec lui que je voulais collaborer. Je ne voulais même pas signer avec personne à cette époque parce que je ne voulais pas que ça se fasse à cause du mini buzz qu'il y avait autour de moi. Je voulais attendre encore un peu. Mais Eric ne m'avait même pas vue sur scène encore. C'est Jean-Michel Anctil qui m'avait vu roder dans un bar avant avec P-A Methot. Il a communiqué avec Eric et il lui a dit qu'il fallait absolument qu'il me rencontre. Il ne m'avait jamais vue encore, car il ne suivait pas trop En Route. Donc, il est venu me voir une fois aux Mercredi Juste pour Rire et on a jasé. C'était censé être un 5 a 7 et, finalement, ça a été un 5 à 9 (Rires). Ça a été un coup de foudre artistique et professionnel.

Nous avons parlé beaucoup de ta carrière, mais sinon dans un autre ordre d'idée, comment vont tes amours Mariana? Avec toute cette visibilité, comment gères-tu la demande?

(Rires) Tu veux vraiment le savoir? Ma vie amoureuse est aussi le fun que....RIEN! (Rires) C'est l'histoire de ma vie ça! J'en parle d'ailleurs dans un de mes nouveaux numéros. Être une fille comme moi et faire un métier majoritairement masculin, avec une voix de Rocky, des tattoos jusqu'à tête, ça fait plus peur que ça attire. Et je ne suis pas facile à suivre parce que je suis dans un moment de ma vie où je dois me concentrer sur mon travail et quand je tombe en amour, j'oublie tout autour de moi. Et on ne se le cachera pas, je suis intense comme personne, alors c'est demandant! Moi-même je ne me supporte pas par bouts! (Rires)

Tu es nouvellement à la barre de l'émission Alors on jase avec Joël Legendre comme collaboratrice sur les ondes de Radio-Canada. Comment aimes-tu ta nouvelle expérience télé?

J'adore parler à des « petites mesdames » le matin! Ça s'appelle Alors on jase... et pour une fille qui aime parler comme moi, tu ne peux pas demander mieux. C'est une belle expérience de travail avec Joel Legendre et Élyse Marquis parce qu'ils sont des idoles de jeunesse. C'est bien aussi parce que ça me permet de m'ajuster à une clientèle qui n’est pas nécessairement ce dont je suis habituée quand je fais du stand up. Je dois me priver de dire certaines choses et ça me pousse à en dire d'autres. Tu vois le genre de réflexion que j'ai, c'est profond de même. (Rires) Je suis contente que Radio-Canada me laisse faire tout ce que j'ai envie de faire, à ma façon, tant et aussi longtemps que c'est dosé! (Sourire) Je suis bien heureuse et j'espère que ce n'est que le début d'une belle collaboration. En plus, je travaille avec Aladdin (Joël Legendre), tu ne peux pas demander mieux! (Rires) 

Mariana, qu'est-ce qu'on te souhaite pour les prochaines années? Ne me réponds pas « dominer la terre », car je risque de te croire rire! (Rires) Mais peux-tu nous partager un rêve de carrière que tu as?

Mmmm... C'est une bonne question! Parce qu'en fait, mon plus grand rêve c'est de dominer la terre! (Rires) En fait, je ne sais pas ce que vous pouvez me souhaiter, mais j'espère seulement que je vais être meilleure et que je ne vais pas perdre la flamme. J'aime faire rire les gens et j'aime sentir qu'ils passent un bon moment avec moi. L'humour c'est une façon de me libérer de tous les tourments dans ma tête et ça évite que je tombe en dépression nerveuse! La scène, c'est plus qu'un rire, c'est une thérapie pour moi et pour les gens qui veulent en consommer. Je me souhaite de garder le cap et de ne pas tomber dans le côté obscur de la chose, comme de devenir « tête enflée », faire des crises de vedette et consommer de la cocaïne. (Rires) C'est tellement facile de partir dans une bulle et de partir loin, loin, loin. Je me souhaite de toujours rester les pieds sur terre, de ne jamais arrêter de rêver et surtout d'avoir autant d'amour du public!

 

Merci Mariana !


 

 

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