Les films mettant en scène le fameux couloir de la mort sont quand même assez nombreux. L’un des plus populaires est sans aucun doute « Dead Man Walking » de Tim Robbins avec Susan Sarandon et Sean Penn. Si la plupart sont des drames, « Dead Man Talking », le nouveau long métrage de Patrick Ridremont, préfère la voie de la satire. Est-ce que la qualité est tout de même au rendez-vous? Consultez notre critique.

Parler pour sauver sa peau

William Lamers (Patrick Ridremont) est le dernier condamné à mort d’une prison désaffectée. Il a été condamné à la peine capitale par poison pour avoir commis des homicides. Avant l’injection fatale, il a le droit à une dernière déclaration. Cependant, la loi est muette quant à la durée de cette déclaration.

L’homme profite de ce vide juridique pour retarder le moment fatidique. Ainsi, comme Shéhérazade dans le conte Les mille et une nuits, il tient un monologue tous les soirs de 20 h à minuit.

De plus en plus de gens et de journalistes s’intéressent à son cas, si bien que le gouverneur Stieg Brodeck (Jean-Luc Couchard), avec l’aide de sa secrétaire Élisabeth Lacroix (Virginie Efira), prend la décision de transformer son exécution en émission de téléréalité.

Le cas de William Lamers prend des proportions démesurées. En effet, il devient rapidement l’enjeu principal de la campagne électorale en cours pour le poste de gouverneur.

Une critique de la peine de mort?

Dead Man Talking n’est pas, du moins à première vue, une critique de la peine de mort. Il reste tout de même qu’après son visionnement, il est difficile d’être favorable à cette pratique. Cela ne l'empêche pas de dénoncer une ou deux facettes de notre société. 

Même si la prémisse est absurde (un homme qui parle pour sauver sa peau), elle est drôlement efficace et assez bien exploitée par le scénario. Les premières minutes sont à ce propos puissantes et nous captivent immédiatement. Le rythme du film est par ailleurs assez soutenu, bien que l’on sente une légère baisse de la pression à mi-parcours. La fin ne surprend pas, mais ne déçoit pas non plus. 

Il est vrai que l’on est dans le satirique, mais jamais on ne tombe dans l’idiotie pure. Le personnage principal n’est pas un enfant de chœur et a été enfermé, car il a commis des meurtres horribles, du moins c’est ce que l’on nous laisse croire (jamais on ne va savoir exactement qui il a tué ni pourquoi il a fait ça). Il a « mérité » d’être là, si on peut dire.

Le « problème » se situe surtout autour de ce que va vivre ce condamné à mort. L’idée de filmer l’exécution d’un homme pour mousser sa candidature est tout simplement grotesque. Et pourtant, c’est ce que fait le gouverneur sans que personne ne se plaigne.

Un peu comme le public qui l’écoute tous les soirs, nous commençons à éprouver une certaine sympathie pour ce détenu (mais peut-être moins qu’on le devrait). Sans justifier les terribles gestes qu’il a commis, on comprend un peu mieux pourquoi il en est rendu là. Le long métrage comporte d'ailleurs quelques retours en arrière brillamment réalisés pour nous montrer certaines facettes de sa vie (une jeunesse difficile, un amour perdu, etc.).

La distribution de Dead Man Talking est, quant à elle, compétente. Certains personnages tombent dans le cliché, mais il ne s’agit pas ici d’un défaut. C’est plutôt justifié par le contexte du film. On peut faire le même constat avec les décors qui sont mornes et glauques.

Verdict

Avec Dead Man Talking, Patrick Ridremont nous permet de visiter le couloir de la mort sous un angle insolite qui ne plaira peut-être pas à tous, mais qui ne laissera personne indifférent.

Cote : 3,5 étoiles sur 5

Source image : Axia Films

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