Nous connaissons tous l’histoire de quelqu’un qui a réussi à survivre pendant plusieurs jours seul en mer. Il doit s’agir d’une expérience traumatisante, il n’y a pas de doute. Mais sait-on vraiment ce que peuvent ressentir ces personnes? C’est ce qu’a voulu nous montrer J.C. Chandor dans son dernier film « Seul en mer » (version française de « All is lost »).

Seul, vraiment seul

Un homme, dont nous ne connaissons pas le nom (Robert Redford), navigue sur l’océan Indien avec son yacht de 39 pi. Un beau jour, il se fait réveiller brutalement et réalise que son embarcation vient de percuter un conteneur qui dérivait. Il y a maintenant un grand trou dans la coque qui laisse entrer une grande quantité d’eau. Ne perdant pas son sang-froid, il va réussir à réparer tant bien que mal son bateau. Mais malheureusement, les ennuis ne font que commencer…

Muet

Ce n’est pas la première fois que l’on nous propose un scénario similaire. On n’a qu’à penser à L’Histoire de Pi ou encore Seul au monde. Cependant, contrairement à ces dernières productions, dans Seul en mer, il n’y a qu’un seul comédien. Pendant 106 minutes, le public est invité à assister, voire à vivre les aventures de cet homme solitaire qui essaie de survivre.

À la différence de beaucoup d’œuvres, J.C. Chandor (qui signe également le scénario) n’a pas senti le besoin de construire un personnage avec un background complexe. En fait, on ne connaît pas grand-chose de l’homme ni vraiment pourquoi il a décidé de naviguer seul en mer. Aucun retour en arrière vient non plus nous l'expliquer.

Les dialogues (ou monologues) sont également inexistants ou presque. Il n’y a que lors des premières minutes du film que le personnage parle un peu, se remet en question. Sinon, pendant tout le reste du film, il ne parle jamais ou presque (sauf quelques petites exceptions).

Muet… et captivant!

Un long métrage avec un seul acteur et sans paroles peut, à première vue, sembler ennuyant ou abstrait. Je suis d’accord avec vous. Mais ici, la réalisation est faite avec une si grande intelligence que l’on embarque instantanément et que l’on se soucie rapidement du sort de cet homme. D’ailleurs, même si on ne connaît que très peu de choses sur lui, on se rend vite compte qu’il est loin d’être un marin expérimenté. Ce choix permet au public de s’identifier plus rapidement au protagoniste.

Ce qui m’a particulièrement plu, c’est que ce « héros » n’est pas plus stupide ou intelligent qu’un autre. Il fait ce qu’il peut pour survivre, même si parfois il ne peut pas faire grand-chose et doit se contenter de faire preuve de résilience.

Seul en mer prend souvent des airs de documentaire avec sa mise en scène « naturelle ». Les séquences sous-marines sont magnifiques. Et que dire de la bande sonore discrète mais envoûtante.

Robert Redford porte le film sur ses épaules. Il m’arrive d’employer cette expression, mais dans ce cas-ci, c’est particulièrement vrai. L’acteur de 77 ans est criant de vérité et offre une prestation magistrale et d’un naturel déconcertant. Il s’agit de l’une de ses meilleures prestations depuis plusieurs années.

Verdict

Au final, même si Seul en mer sort le public de sa zone de confort en présentant un film avec un seul acteur et sans dialogue, il réussit à accomplir ce que peu de productions sont capables de faire, c’est-à-dire nous chambouler de fond en comble. 

Cote : 4,5 étoiles sur 5

Source image : Les Films Séville

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