Dans le cadre de la 10e campagne « Adoptez un musicien » du Conseil québécois de la musique, qui propose aux médias d’adopter un musicien, nous avons décidé d’interviewer le pianiste Derek Yaple-Schobert.

L'importance des professeurs

Comme beaucoup de musiciens professionnels, il a commencé très tôt l’apprentissage du piano, soit vers l’âge de 6-7 ans. Jusqu’à l’âge de 13 ans, son professeur est un Russe qu’il trouve très strict. À cette époque-là, il n’a pas encore la « piqûre ». C’est son deuxième professeur qui l’a fait accrocher. Il propose, en effet, une approche sensiblement différente. Très tôt, il l’expose aux 32 sonates de Beethoven.

Les professeurs semblent d’ailleurs avoir eu une grande importance dans la vie de musicien de Derek. « J’ai toujours été influencé par les professeurs », confie-t-il.

Plus tard, il a également eu de bons professeurs, notamment à l’université, qui lui ont permis de devenir un meilleur pianiste. Lui-même est resté longtemps à l’école. Il a, par exemple, obtenu un doctorat en musique en interprétation piano de l’Université de Montréal.

Contrairement à une certaine croyance, ce n’est pas parce qu’on a un doctorat que l’on doit cesser de pratiquer; lui-même pratique de 2 à 5 heures par jour. Ces séances sont souvent séparées par périodes de 30 minutes, notamment pour éviter le suremploi des muscles.

On n’en prend peut-être pas conscience, mais beaucoup de muscles sont sollicités lorsqu’un pianiste joue. Derek avoue même avoir eu des tendinites lorsqu’il interprétait du nouveau répertoire. Cela fait un peu penser à un athlète qui essaie de nouveaux mouvements.

Doit-on forcément avoir de longs doigts pour devenir pianiste de concert? Pas nécessairement. Il faut respecter un minimum, selon Derek, mais il y a des pianistes avec de petits doigts. À son avis, les gens qui ont des petites mains s’en sortent parfois mieux techniquement, car ils ne peuvent pas faire de grands écarts.

Lorsqu'on désire mener une carrière professionnelle de musicien, on parle souvent du talent. Mais que représente le talent pour Derek?

« Pour moi le talent, c’est quelqu’un qui a quelque chose à dire avec sa musique. Qu’est-ce que le compositeur veut communiquer? Moi, je suis seulement le moyen entre le compositeur, le noir et blanc sur le papier et les gens. »

Musique classique vs musique populaire

On ne vous apprend rien en affirmant que la musique classique rejoint moins de gens que la musique populaire. Il suffit d’allumer la radio pour s’en convaincre. Derek est conscient de cet aspect, mais apporte une nuance : « La musique classique n’a jamais été pour les masses comme la musique populaire. » À moins d’avoir baigné dans un univers musical ou d'avoir été initié par quelqu’un, il est plus difficile d’entrer en contact avec la musique classique. « La musique classique, elle est là. C’est nous qui devons faire l’effort pour aller l’écouter. La musique populaire a tendance à être plus envahissante », précise-t-il.

D’ailleurs, avec sa série Accro du piano, c’est un peu ce qu’il souhaite faire. En effet, il tente de faire connaître la musique classique à des gens qui ne pensent pas aimer ça. Son programme inclut des œuvres connues du répertoire comme Claire de lune de Debussy, Für Elise de Beethoven et Rondo alla Turca de Mozart, mais également des œuvres que le grand public n’a pas l’habitude d’entendre au complet, par exemple la fameuse Sonate Claire de lune de Beethoven.

De plus, pendant le récital, Derek présente les pièces qu’il va interpréter. Cet aspect est très important pour lui. Même dans les concerts où le public est composé de moins de néophytes, il aime adresser quelques mots aux spectateurs. D’après lui, ça aide entre autres les gens à mieux saisir certains aspects de la partition.

Pour Derek, la musique est quelque chose d’abstrait. En tout cas, plus que les autres arts, notamment parce qu’on ne peut pas avoir de support visuel comme au théâtre ou au cinéma. Il reste que dans leur musique, les compositeurs expriment des émotions et l’expérience humaine. On comprend ainsi que lorsqu’il joue, les émotions sont importantes. Il essaie de voir quel est le message derrière la partition.

Que ce soit en concert ou sur disque, Derek essaie d’être très fidèle à la partition. « J’essaie toujours d’être très authentique », dit-il. Il ne fait pas comme certains pianistes qui tentent d’améliorer le compositeur ou d’enjoliver la partition. Il affirme humblement qu’il est très mal placé pour modifier l’œuvre de grands compositeurs : « Ce n’est pas moi qui ai écrit la musique. Je ne suis que le serviteur. »

C’est aussi pour cette raison qu’il joue sans partition. « Ça démontre qu’on l’a vraiment assimilée », explique-t-il. C’est pour mieux servir l’œuvre. Pour lui, jouer avec une partition, ce serait comme si on allait au théâtre et que les acteurs tenaient leurs textes dans leurs mains. Ainsi, jouer de mémoire est fait surtout dans un esprit d’authenticité, plutôt que dans le but d'impressionner le public.

Repas gourmet et musique scandinave

Lorsqu’il monte un programme, il le fait un peu comme un chef cuisinier qui prépare un repas gourmet. En d’autres mots, il fait en sorte que le public quitte la salle avec l’impression d’avoir un repas complet et équilibré.

Il ne peut pas offrir pendant deux heures des pièces hautement techniques, car il croit que le public va atteindre un point de saturation. C’est un peu comme si on ne mangeait qu’un repas constitué de desserts.

Derek est spécialisé entre autres dans la musique scandinave. Il a toujours été attiré par les pays nordiques, notamment parce que son beau-père est Danois. Il a aussi eu la chance d’apprendre le danois et d’aller au Danemark pour étudier. Il faut dire que peu de pianistes canadiens peuvent se vanter d’être des experts dans ce répertoire. « C’est bien de faire quelque chose que nos collègues ne font pas », croit le pianiste.

En concert, il avoue qu’il sent la présence du public. Que ce soit un public mélomane ou néophyte, la qualité est la même. « Je joue pour une personne, comme membre du public extrêmement sévère », confie-t-il.

Pianiste et constructeur de camp

Malgré ce que l’on pourrait croire, Derek ne passe pas tout son temps devant un piano. Il s’affaire notamment à reconstruire son camp en Abitibi, qui a brûlé l’année dernière lors d’importants feux de forêt. L'aspect écologique est très important pour lui. Il utilise notamment des retailles de portes et de la tôle de piscine. 

« J’ai toujours eu une fascination pour travailler le bois », lance-t-il avec un large sourire. Quand il n’avait que 5 ans, il demandait à sa grand-mère s’il pouvait aller couper du bois. À 11 ans, il voulait avoir une vraie scie sauteuse.

Être dans le bois lui procure un grand bien. Il aime écouter le silence. En ville, il y a toujours un bruit de fond, mais en Abitibi c’est différent. « C’est assourdissant le silence », pense-t-il. Et lorsqu’il revient dans la métropole, il n’entend pas les choses de la même façon : « Quand je reviens à Montréal, j’entends un autre niveau, une autre dimension sonore que je n’entendais pas. » 

Rencontre enrichissante 

Bref, nous avons eu beaucoup de plaisir à discuter avec Derek. Nous le remercions d'avoir été si généreux de son temps et lui souhaitons beaucoup de succès pour l'avenir!

Pour obtenir plus de renseignements sur Derek Yaple-Schobert et pour connaître les dates de ses prochains concerts, visitez son site Internet : http://www.yaple-schobert.com/dyspassionnordique.htm

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