BORNES ÉLECTRIQUES

Comme à toutes les saisons ou presque, l’Opéra de Montréal a décidé de présenter un opéra de Giuseppe Verdi. Mais cette fois-ci, elle a un peu voulu sortir du moule (et surprendre le public québécois) en proposant une œuvre rarement montée à Montréal : « Falstaff ».

N’ayez pas peur de rire!

Verdi, contrairement à d’autres compositeurs italiens, comme Rossini, n’est pas connu pour ses opéras comiques. Ce dernier le trouvait d’ailleurs « trop mélancolique et grave » pour écrire des opéras bouffes. Il faut dire que la très grande majorité de son œuvre est composée d’opéras dont la fin est tragique. On n’a qu’à penser à Aïda, La traviata ou encore Macbeth.

Falstaff, son dernier opéra, est un peu l’exception qui confirme la règle. Avec Un giorno di regno (qui fut un véritable fiasco lors de sa création en 1840), il s’agit principalement du seul opéra abordant un thème joyeux et qui ne se termine pas dans le sang et les larmes. Malgré cela, Falstaff est une œuvre riche et sublime et est même considéré par plusieurs mélomanes comme l’ultime chef-d’œuvre du grand maître de l'opéra italien. 

L’argument est simple et est inspiré d'une comédie de Shakespeare. L’opéra raconte l’histoire de Sir John Falstaff, un vieux et gros bedonnant à court d’argent qui croit tellement en ses qualités de séducteur qu’il décide non pas de séduire une jeune femme, mais bien deux : Alice Ford et Meg Page. Le seul problème c’est qu’elles vont découvrir que le vieillard leur a envoyé la même lettre d’amour. Pour lui donner une bonne leçon, les deux dames, aidées d’autres gens, vont lui tendre un piège.

Une distribution impeccable

Le rôle-titre était assuré par Oleg Bryjak. Sans aucun doute, on peut dire qu’il s’agissait de l’homme de la situation. En plus d’avoir une voix forte, riche et puissante, le baryton kazakh est un comédien chevronné, ce qui n’est pas donné à tous. Il était difficile de ne pas rire quand on le voyait faire ses mimiques exagérées (mais voulues pour le rôle) sur scène. Il est clair que cette production n’aurait été aussi drôle avec un autre chanteur. 

Par ailleurs, il n'était pas le seul chanteur/comédien de la soirée. C’est avec un grand plaisir que nous avons retrouvé la charismatique Marie-Nicole Lemieux en Mistress Quickly. La dernière fois que je l’avais vu sur scène à Montréal, c’était lors de la représentation de Gianni Schicchi de Puccini en 2009, qui était justement un autre opéra comique! À l’époque, la contralto québécoise en avait mis plein les yeux (et surtout plein les oreilles) aux spectateurs. Quatre ans plus tard, la chanteuse n’a rien perdu de sa fougue. Elle prouve, encore une fois, qu’elle excelle dans les rôles comiques.

Il n’y a rien de négatif à dire non plus sur les autres membres de la distribution qui ont offert une prestation irréprochable. Mention spéciale au duo Antonio Figueroa et Aline Kutan.

L’Américain David Gately a signé une mise en scène épurée, mais assez respectueuse de l’œuvre. Rappelons que l’action se déroule à Windsor sous le règne d'Henri IV d'Angleterre (1399-1413). Les décors ne prenaient pas toute la place et permettaient de se concentrer sur l’action et spécialement sur les chanteurs. Malgré cela, je les ai trouvés très jolis. Les costumes d’époque, quant à eux, n’étaient pas aussi flamboyants que ceux de Lakmé  (le contraire m’aurait de toute façon étonné puisque le contexte historique n'est pas du tout le même), mais valaient le détour.

À la direction musicale, on retrouvait l’Italien Daniele Callegari qui a fait un travail irréprochable en compagnie des musiciens de l’Orchestre Métropolitain. Les cuivres raisonnaient très bien.

Bref, l'Opéra de Montréal n'aurait pas pu rendre un meilleur hommage au bicentenaire de la naissance de Verdi. Il y a longtemps que je n’avais pas autant ri à la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts!

Falstaff est présenté à l’Opéra de Montréal les 9, 12, 14 et 16 novembre 2013. 

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Source(s) image(s):
Opera de Montreal

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