Alors que dans la plupart de mes articles, je vous conseille de vivre pour vous, de vivre selon votre propre code de vie, de faire ce que vous voulez et ce que vous aimez, de ne pas vous fier à l'opinion des autres et de vous foutre de ce que les gens pensent, cela ne veut pas dire que vous devez devenir des brutes épaisses, complètement égoïstes et inaptes socialement. Il y a un juste milieu entre le vivre et le laisser-vivre, et il peut parfois être facile de tomber du mauvais côté de la force.

Aujourd'hui, je vous parle de respect. Du respect de l'autre et du respect de soi. Parce que dès lors qu'on fout le pied en dehors de notre maison, il faut prendre conscience de ce qui nous entoure. Et ce qui nous entoure, ce sont des gens, avec des bagages, des attentes, des appréhensions et des valeurs. On ne peut simplement pas se permettre de vivre notre vie à huis clos, enfermés dans notre monde, dans nos pensées définies et inadaptables. Se respecter soi-même, c'est aussi respecter l'être humain, tous les êtres humains. Il est important de vivre sa propre vie selon nous, selon nos propres attentes et nos propres désirs, mais il est également important, puisque nous vivons en société, de savoir non pas se limiter ou se freiner, mais plutôt se nuancer, s'adoucir, savoir être malléable et adaptable, lorsque nous sommes en interaction avec les autres.

La méthode « Je-Tu-Il »

La méthode « Je-Tu-Il » est une technique efficace, facilement applicable et ô combien utile dans la plupart des entretiens à deux ou à plusieurs. Parce que quand on parle, on ne s'écoute pas toujours, on ne se voit jamais réellement et on ne sait pas vraiment ce qu'on communique, sans le savoir, aux autres.

La méthode est simple. Je vous explique.

La plupart du temps, les gens sont en mode « Je », c'est-à-dire qu'ils observent, qu'ils entendent et qu'ils perçoivent le monde selon eux-mêmes. Ils sont enfermés, sans nécessairement le vouloir ni même se rendre compte qu'il y a autre chose, dans leur corps, dans leur tête, dans leur réalité. Vivre sa vie selon sa propre réalité doit être un choix à prendre, et non un état dont on ne peut sortir. Par exemple, quelqu'un est stressé pour une raison quelconque, est frustré pour une autre raison, aussi quelconque. Tout au long de sa journée au travail, il sera bête, énervé, désagréable et à la limite méprisant avec ses clients et ses collègues. Il est prisonnier de sa réalité, du « Je ». Il perçoit le monde entier selon son petit point de vue personnel, selon ses émotions et son ressenti personnel, et il évacue tout ça sur ses clients et ses collègues, qui n'ont rien fait pour mériter une attitude aussi lamentable.

Ça ne marche pas. C'est pour ça que le « Tu » existe. C'est une aptitude qu'il faut apprendre à développer en nous, pour bien interagir avec le monde qui nous entoure. C'est ce que certaines personnes appellent de l'empathie, un terme bien gentil dans un livre de développement personnel ou dans un discours de beau parleur, mais bien peu concret lorsque vient le temps de travailler pour de vrai sur soi. Parce que peut-être que la personne devant vous a perdu sa mère, ce matin, et que votre comportement désagréable envers elle va la détruire beaucoup plus que vous ne le pensez.

Évidemment, on ne peut pas lire dans les pensées des gens; c'est un fait. Par contre, l'impossibilité de lire mot pour mot ce qui se passe dans la tête des gens à qui vous parlez ne doit pas vous empêcher d'essayer. Il ne faut pas se dire : « De toute façon, je ne peux pas savoir ce que les gens pensent, donc tant pis. » Ça, c'est une pensée égoïste et centrée sur soi. C'est le genre de pensée que vous devez éliminer si vous voulez mieux vous assumer. Ça semble contradictoire, je l'avoue, mais c'est vrai. Ce n'est qu'en apprenant à respecter les autres autant que vous-même que vous développerez une confiance en vous saine. Non pas un sentiment de supériorité, mais bien une égalité. La confiance en soi, ce n'est pas se sentir meilleur qu'un autre, ce n'est pas se foutre de les blesser ou de leur faire du mal; la confiance en soi, c'est se sentir égal à l'autre. C'est regarder l'autre comme on se regarde soi-même, et se regarder soi-même comme on regarde l'autre. Et donc, il faut s'efforcer de se mettre à la place des autres. Pensez à l'annonce de Familiprix : « On se met à votre place ». Sortez un moment de votre ego, de votre réalité personnelle et tentez d'entrer dans celle de la personne qui est devant vous. Comment vous perçoit-elle? Que lui faites-vous sentir? Votre comportement est-il justifié? Votre comportement est-il adéquat? De quoi avez-vous l'air, selon elle?

Pour le reste, il y a le « Il ».

Il faut être capable de prendre une distance avec nos propres émotions, notre propre perception du monde, notre petite réalité personnelle, et avoir une opinion plus objective sur nous-même. Il faut être capable de voir plus large. Être capable de se regarder en pleine face et réaliser que notre comportement désagréable vis-à-vis de nos clients et de collègues est tout à fait injustifié. Il faut être capable de mettre de côté notre ego et réaliser que nous ne sommes pas seuls au monde. Pour vous donner une image, c'est comme avoir une webcam qui flotterait constamment devant nous, constamment en train de nous filmer, nous et les autres, tout au long de la journée. Avoir un feedback en temps réel de nos paroles et de nos actions, c'est ce qui peut vous permettre de comprendre et de voir que la petite chicane de couple que vous avez avec votre blonde sur l'emplacement du carton de lait est stupide et que, tous les deux, vous devriez arrêter maintenant. Lorsqu'on réussit à sortir de notre ego, de notre perception du monde, on peut prendre de meilleures décisions parce qu'on n'est pas constamment influencés par la drogue la plus puissante qui existe : les émotions.

Maîtriser la méthode « Je-Tu-Il » nécessite toute une vie. Sortir de notre ego, comprendre les autres, observer sans filtre ce que nous faisons et ce que nous disons... tout cela est très difficile. Ajoutez à cela la calibration entre les trois « modes » (respecter les autres, se voir comme ils nous voient, mais ne pas s'oublier et oublier de se respecter soi-même), qui est un dur labeur. Mais personne n'a dit que c'était facile. Devenir un meilleur gars, un meilleur homme, c'est un emploi à temps plein, sept jours sur sept, vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Mais ça en vaut la peine, croyez-moi.  

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