BORNES ÉLECTRIQUES

Les meurtres de célébrités frappent l’imaginaire puisqu’il s’agit d’assassinats éliminant des icônes et, bien souvent, des idoles du grand public. On n’a qu’à penser à ceux de John F. Kennedy, Martin Luther King, Sharon Tate (dont j’ai parlé dans l’article consacré à Charles Manson) ou bien John Lennon. Or, lorsqu’on regarde l’assassinat de cet ancien Beatles, on remarque que tout semblait écrit pour qu’il croule sous les balles de Mark David Chapman le soir du 8 décembre 1980.

Un meurtre écrit dans le ciel

Le 8 décembre 1980, vers 17 h, John Lennon et Yoko Ono sortent du Dakota Building afin de rejoindre leur limousine, garée à proximité. Comme à l’habitude, des fans se pressent vers le couple afin d’obtenir des autographes. Parmi ces admirateurs se trouvent un agent de sécurité de 25 ans originaire d’Honolulu, Mark David Chapman. Peu expressif, ce dernier tend à Lennon un exemplaire du disque Double Fantasy, que l’auteur-compositeur-interprète lui dédicace. Puis, poliment, l’ancien Beatles demande à Chapman si c’est tout ce qu’il désire. Surpris, Chapman lui répond par un signe de tête affirmatif et tourne les talons.

Lennon et sa femme se rendent par la suite au studio Record Plant, où le chanteur désire enregistrer les derniers morceaux de son nouvel album. Malgré les protestations de sa conjointe, Lennon insiste pour terminer l’enregistrement en affirmant que quelque chose le pousse à enfoncer les derniers clous dans les planches de l’album. Puis, le couple décide d’aller dîner dans un restaurant avant de renoncer à cette sortie. Il est, après tout, 22 h 50 et le musicien se sent fatigué. Il gare la voiture sur la 72e rue, juste devant le Dakota Building, plutôt que dans le stationnement intérieur plus sécuritaire du bâtiment.

Lennon et Ono ignorent alors que Chapman a attendu toutes ces heures sous l’arche menant à la résidence. Alors que Ono franchit l’arche, Chapman fait irruption devant Lennon et lui tire cinq balles à bout portant. Une balle manque le chanteur, mais deux vont se loger dans le côté gauche de son dos et deux autres pénètrent son épaule gauche. Lennon est gravement blessé, mais parvient à gravir les marches menant au poste de sécurité de l’édifice. Puis, il déclare au gardien :  « Je me suis fait descendre » et s’écroule. Il ne reprendra jamais conscience.

Un crime assumé

Chapman n’a jamais fui la scène du crime. En fait, après que le portier du Dakota Building l’a désarmé, le tueur a ôté son manteau et son chapeau afin de montrer qu’il n’avait pas d’autres armes. Puis, il s’est assis sur le bord du trottoir en attendant calmement la police. Lorsque le portier lui a crié :  Sais-tu ce que tu viens de faire?  », Chapman a déclaré sans émotion : « Oui, je viens de tuer John Lennon. » Il est arrêté et accusé du meurtre de l’ex-Beatles.

En juin 1981, contre l’avis de ses avocats qui voulaient plaider la folie, Chapman plaide coupable à l’accusation de meurtre au 2e degré de John  Lennon. Il est condamné à la prison à perpétuité, mais puisqu’il a plaidé coupable, le tribunal n’impose qu’une peine d’incarcération obligatoire de 20 ans avant qu’il puisse demander une libération conditionnelle. Cette dernière lui a été refusée à sept reprises à ce jour.

La tête de Chapman a été mise à prix de nombreuses fois et des menaces ont été proférées à l’effet que s’il venait à être libéré, il connaîtrait rapidement le même sort que sa victime.

Un tueur en quête d’identité

Pourquoi Chapman a-t-il tué Lennon, et ce, en toute connaissance de cause, sans qu'un élément de folie passagère ne soit en cause? En regardant son profil, on se rend compte que Chapman était un véritable obsédé des Beatles et spécialement de John Lennon. Il était tout simplement fanatique de ce dernier, ayant même été jusqu’à marier une Hawaïenne d’origine japonaise afin d’avoir l’impression d’être le couple Lennon-Ono. L’admiration sans borne d’un assassin pour sa victime peut le mener à vouloir tout ce qu’elle possède, incluant ce qu’elle a de plus précieux : sa vie.

Par ailleurs, Chapman a accusé Lennon d’être à l’origine de ses problèmes personnels. Puisqu’il faisait tout pour que sa vie ressemble à celle de Lennon et parce que sa situation se dégradait au fil du temps, Chapman a transformé son idole en l’auteur des malheurs de sa vie. En 1980, Lennon n’était plus un modèle pour Chapman, mais bien un traître et un hypocrite. Il a d’ailleurs expliqué la soi-disant hypocrisie de Lennon lors d’une entrevue accordée à Lynne Schultz en 2006 en déclarant que « Lennon nous dit d’imaginer un monde sans possessions, et le voilà avec des millions de dollars, des yachts, des propriétés et investissements immobiliers, se moquant des gens comme moi qui crurent ses mensonges et achetèrent ses disques, en construisant une grande partie de nos vies autour de sa musique. »

Enfin, Chapman n’était pas qu’un homme instable, mais aussi un individu en quête d’identité. Il a notamment avoué avoir tué Lennon pour être célèbre et pour que son nom soit définitivement lié à la gloire du musicien. De plus, Chapman s’associait beaucoup au personnage de Holden Cauldfield du livre L’Attrape-Cœurs de J.D. Salinger, affirmant que sa vie était semblable à celle du protagoniste du bouquin. D’ailleurs, lors de son arrestation, on a retrouvé un exemplaire du livre sur Chapman avec le message « Pour Holden Cauldfield. De Holden Cauldfield. Voici mon témoignage. » sur la page de garde.

Même si ce fut pour de très mauvaises raisons, Mark David Chapman a réussi l’un de ses objectifs. En effet, il est connu à travers le monde et la culture populaire lui a consacré quelques œuvres. En outre, deux films relatant l’assassinat de John Lennon ont été produits, tandis que le groupe Mindless Self Indulgence a intitulé l’une des pièces de l’album If du nom du tueur. Quoi qu’il en soit, l’histoire retiendra surtout qu’il est l’auteur d’un horrible assassinat ayant enlevé au monde l’un des plus grands musiciens du 20e siècle.

Vidéos :

Entrevue avec Chapman en 1992

Entrevue de Larry King avec Chapman

Documentaire sur la mort de Lennon

Source(s) image(s):
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