Eugenie Bouchard est devenue, lundi soir, la première Canadienne à atteindre les demi-finales d’un tournoi majeur depuis Carling Bassett en 1984. Pour y parvenir, la Montréalaise a vaincu Ana Ivanovic, ex-numéro 1 au monde en quarts de finale de l’Open d’Australie en trois manches de 5-7, 7-5 et 6-2.

Depuis, je ne cesse de voir et d’entendre des commentaires de gens qui s’émerveillent de la prestation de leur joueuse locale et qui considèrent sa demi-finale en Australie comme un exploit exceptionnel.
 

Il doit assurément y avoir des gens qui la voient dans le top 10 de la WTA dès cette année et même au sommet du classement du circuit d’ici les prochaines années.
 

Calmez-vous, voyons!
 

Sans vouloir minimiser la présence d’Eugenie Bouchard au sein du carré d’as des Internationaux d’Australie, j’estime qu’il vaut mieux évaluer certains des facteurs suivants avant de s’exciter :
 

Commençons avec le match de la nuit dernière…
 

Premièrement, Ana Ivanovic est peut-être la 14e meilleure joueuse de tennis de la planète, mais n’en reste pas moins qu’elle a évolué avec une blessure durant son match face à Bouchard. Inutile de vous dire que cela procurait déjà une longueur d’avance considérable à la Québécoise, elle qui était toujours fraîche comme une rose.
 

Sa blessure à la hanche gauche lui a posé de nombreux problèmes dans ce match : ses déplacements étaient compromis et ses services, eux, perdaient en puissance, mais l’aspect de son jeu qui fut le plus affecté est certainement ses retours de services. La Serbe peinait à remettre des premières balles d’à peine 140 km/h dans les limites du terrain!
 

Cette blessure était loin d’être minime, car la Serbe a déclaré forfait en vue de l'Open GDF-Suez après sa défaite d’hier, ce tournoi aurait débuté le 27 janvier.
                                    

De plus, Ivanovic était visiblement fatiguée de son match face à Serena Williams qu’elle avait disputé une poignée d’heures avant son duel face à Bouchard, étant donné que celui-ci a débuté tôt le matin en Australie.
 

Deuxièmement, soyons francs, les quatre premières adversaires de la Québécoise n’étaient tout simplement pas de calibre.
 

Au premier tour, la Chinoise Hao Chen Tang, 487e raquette mondiale, n’était qu’un réchauffement pour la Québécoise.
 

Son deuxième duel ne semblait pas non plus beaucoup plus relevé, devant la Française Virginie Razzano, présentement au 100e rang du classement de la WTA.
 

Ensuite, elle se mesurait à Lauren Davis, 68e mondiale. La logique étant respectée, ce fut une victoire facile pour Eugenie Bouchard.
 

Son quatrième match, lui, l’opposait à la 120e joueuse mondiale, Casey Dellacqua, une joueuse peu habituée à se rendre aussi loin dans les tournois. Ça s’annonçait comme une victoire facile, mais Bouchard a tout de même perdu la première manche au bris d’égalité.
 

Grosso modo, la Montréalaise n’aura pas eu à affronter aucune joueuse du top 50 jusqu’en quarts de finale, ce qui représente une situation assez inusitée, surtout pour un tournoi du Grand Chelem. Si, par exemple, elle avait enregistré ces quatre victoires consécutives dans un tournoi de type Challenger, car ce sont des adversaires de ce niveau qu’elle y rencontrerait, aurait-on autant glorifié son parcours? Certainement pas.
 

Troisièmement, historiquement, l’Open d’Australie est l’un des tournois où surviennent le plus de surprises, car il démarre la saison et beaucoup de joueuses n’y sont tout simplement pas préparées convenablement.
 

Eugenie Bouchard a notamment profité de cette réalité par le fait qu’elle n’a affronté qu’une seule joueuse possédant un meilleur classement qu’elle depuis le début de la quinzaine, tout en évitant Serena Williams.
 

En bref, Eugenie Bouchard a été très chanceuse pour se rendre jusqu’en demi-finales de l’Open d’Australie et la réaction du public québécois me laisse sans mot, étant donnée de toute la chance que celle-ci a méritée depuis une semaine. Si elle réussit à vaincre Na Li lors de son prochain match, je serai obligé de retirer mes paroles, mais avant, je demeure sceptique quant à la réelle valeur de ces victoires de la Montréalaise à Melbourne.
 

Compétitive, mais jamais première mondiale

Si je vois des gens vanter à profusion les mérites d’Eugenie Bouchard, j’en entends d’autres la placer comme imminente candidate au trône de la WTA.
 

Tout d’abord, le jeu de la Québécoise est encore à des années-lumière de celui de Serena Williams.
 

Les chances de voir Eugenie Bouchard atteindre le top 4 de la WTA ne sont pas très élevées, par déduction se rendre jusqu’au sommet et porter l’étiquette de numéro un au monde est probablement inatteignable pour l’athlète originaire de Westmount.
 

Voici les deux raisons principales :
 

  • ● Les meilleures joueuses au monde, actuellement, comme Serena Williams, Maria Sharapova, Victoria Azarenka ou Agnieska Radwanska ont toutes commencé à s’imposer dans le top 10 mondial à 18 ans ou moins. Eugenie Bouchard, elle, malgré son respectable 31e rang dans la WTA, n’a jamais percé le top 30 à 19 ans.
     
  • ● La Québécoise n’est pas assez puissante, surtout au service. Ses « mises en jeu » à  155 km/h en moyenne n’ont rien de quoi impressionner les plombs de 180 à 200 km/h de Serena Williams.
     

Pour le reste, il est difficile d’en juger pour le moment…
 

Somme toute, je respecte Eugenie Bouchard en tant que joueuse de tennis et je crois qu’elle représente très bien la nouvelle vague de jeunesse canadienne qui s’impose de plus en plus sur la scène mondiale. Milos Raonic, Vasek Pospisil et elle forment un trio dont plusieurs pays seraient jaloux!
 

Le but de cette réflexion était davantage de calmer les ardeurs des partisans qui s’émerveillent peut-être trop facilement devant la performance de Bouchard en Australie jusqu’à maintenant.

Source(s) image(s):
Agence QMI

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